La BCE forcée de s'adapter au ralentissement des prix

le
1
LE RALENTISSEMENT DES PRIX RISQUE DE PESER SUR LA POLITIQUE DE LA BCE
LE RALENTISSEMENT DES PRIX RISQUE DE PESER SUR LA POLITIQUE DE LA BCE

par Paul Carrel

FRANCFORT (Reuters) - Créée sur le modèle de la Bundesbank allemande, la Banque centrale européenne (BCE) a longtemps fait de la lutte contre l'inflation sa priorité. Mais aujourd'hui, c'est à un autre risque qu'elle doit veiller: celui d'une hausse trop lente, voire d'une baisse des prix.

Ses responsables ont commencé à intégrer dans leur réflexion le fait que l'inflation dans la zone euro s'éloigne peu à peu de leur objectif d'un taux "inférieur à, mais proche de 2%", même s'ils assurent que la déflation proprement dite ne menace pas les Dix-Sept.

Cette évolution, susceptible d'accroître la pression en faveur d'une baisse des taux d'intérêt ou de l'adoption de nouvelles mesures d'assouplissement monétaire, a été mise en évidence cette semaine par les chiffres de l'inflation en Grèce, passés en territoire négatif pour la première fois depuis 45 ans.

Bien sûr, l'économie grecque est un cas à part, mais la tendance au ralentissement de l'inflation s'observe aussi dans d'autres pays "périphériques" de la zone euro comme le Portugal ou l'Espagne. Et même en France, où la hausse de l'indice des prix harmonisé aux normes européennes (IPCH) est tombée à 1,1% seulement en mars selon les statistiques publiées jeudi par l'Insee.

"Avec la récession, la montée du chômage et le durcissement des politiques budgétaires dans ces pays, il ne serait pas surprenant du tout d'observer des taux négatifs pendant au moins quelques mois cette année", estime Holger Sandte, analyste de la banque Nordea.

La BCE n'est évidemment pas près d'emboîter le pas à la Banque du Japon, qui a annoncé la semaine dernière des injections massives de liquidités dans le système financier pour tenter d'en finir avec la déflation -bien réelle, celle-là- qui plombe l'économie nippone depuis 20 ans.

En effet, les anticipations d'inflation dans la zone euro telles que les traduisent les cours des obligations d'Etat n'intègrent aucun risque de déflation à un horizon de dix ans.

Pour autant, l'institution de Francfort est bien consciente de la faiblesse de la demande intérieure, forcément porteuse de tensions déflationnistes.

"Regardez les taux de chômage actuels et les politiques budgétaires qui s'annoncent: c'est dur et c'est en train de se durcir encore. C'est porteur de risques déflationnistes pour l'avenir", estime Andrew Bosomworth, de Pimco, le premier gestionnaire de fonds obligataires du monde.

DES MOYENS NON-CONVENTIONNELS À L'ÉTUDE

Dans son bulletin mensuel publié jeudi, la BCE redit prévoir une reprise économique progressive dans la zone euro à partir du second semestre de cette année mais elle ajoute que les risques entourant cette prévision sont surtout orientés à la baisse et qu'elle "suivra très attentivement" l'évolution des indicateurs économiques.

L'expression "suivra très attentivement" était l'un des "codes" utilisés par le prédécesseur de Mario Draghi, Jean-Claude Trichet, pour signaler la possibilité d'une modification prochaine de la politique monétaire, même si son utilisation présageait plus souvent d'une hausse des taux à un horizon de deux mois.

Plusieurs dirigeants de la BCE ont par ailleurs laissé entendre qu'une réduction des tensions inflationnistes pourrait inciter la banque centrale à l'action.

Autre élément à prendre compte: les marges de manoeuvre très étroites dont disposent les gouvernements pour relever encore la fiscalité indirecte, un autre moteur régulier de l'inflation.

"Cela pourrait bien augmenter la pression sur la BCE", estiment les analystes de Credit Suisse, aux yeux desquels l'évolution des tensions inflationnistes rend le statu quo monétaire de plus en plus difficile à justifier.

A 0,75%, le principal taux d'intérêt de la BCE est certes à son plus bas niveau historique, mais c'est le plus élevé des taux directeurs des grandes banques centrales du monde.

Mais la banque centrale est surtout préoccupée par le fait que la faiblesse de ses taux ne se transmet pas uniformément dans l'ensemble de la zone euro en faisant baisser le coût du crédit bancaire pour les ménages et les entreprises.

D'où sa volonté d'étudier des moyens "non-conventionnels", c'est à dire autres qu'une baisse des taux, qui pourraient passer par l'achat d'obligations d'Etat ou par des opérations de refinancement exceptionnelles telles que les prêts à trois ans -de 1.000 milliards d'euros au total- accordés aux banques fin 2011 et début 2012.

"La probabilité que la BCE mette en oeuvre de nouvelles mesures de politique monétaire non-conventionnelles, comme l'a laissé entendre le président Draghi lors de la conférence de presse, semble élevée", explique Credit Suisse dans une note de recherche intitulée "La dérive vers la déflation".

Marc Angrand pour le service français, édité par Benoît Van Overstraeten

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
  • gnapi le jeudi 11 avr 2013 à 19:04

    On a v uque baisser les taux ne servait pas à grand chose. CT ça va moins mal. Mais LT cela empire la situation (argent pas cher = spéculation peu risquée et plus rémunératrice que la vraie économie). En plus cela dédouanne les pays de faire des efforts.

Partenaires Taux