La BCE fixe le cadre de l'évaluation bancaire

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LA BCE FIXE LE CADRE DE L'ÉVALUATION BANCAIRE
LA BCE FIXE LE CADRE DE L'ÉVALUATION BANCAIRE

par Eva Taylor et Jonathan Gould

FRANCFORT (Reuters) - La Banque centrale européenne (BCE) a présenté mercredi les grandes lignes de l'évaluation des principales banques de la zone euro qu'elle doit conduire avant d'en assurer la supervision, un exercice crucial pour sa crédibilité et le rétablissement de la confiance dans le système bancaire.

La BCE veut identifier les risques potentiels dans les bilans des banques dont elle doit reprendre aux autorités nationales la responsabilité de la supervision en novembre 2014.

Présentant les principales caractéristiques de cette évaluation de la qualité des actifs des 128 principales banques européennes, la BCE a dit qu'elle utiliserait de nouvelles définitions plus strictes proposées par l'Autorité bancaire européenne (ABE), notamment en ce qui concerne les prêts douteux.

"Une évaluation complète unique de l'ensemble des banques importantes, représentant quelque 85% du système bancaire de la zone euro, est une avancée importante pour l'Europe et pour l'avenir de l'économie de la zone euro", a déclaré le président de la BCE Mario Draghi.

"Nous espérons que cette évaluation renforcera la confiance du secteur privé dans la solidité des banques de la zone euro et la qualité de leurs bilans", a-t-il ajouté.

La BCE a dit qu'elle aurait terminé son évaluation en octobre 2014, un mois avant d'assumer la supervision des principales banques de la zone euro, un calendrier dont certains responsables ont estimé qu'il pourrait être difficile à tenir.

REGLES PLUS STRICTES SUR LES PRÊTS DOUTEUX

Si des besoins de renforcement des fonds propres sont identifés, les banques devront les combler, a indiqué la BCE. Mario Draghi a déjà dit que des "fonds de secours publics" devraient aussi être mis en place le cas échéant.

Une liste provisoire des banques soumises à évaluation comprend 24 établissements en Allemagne, 16 en Espagne, 15 en Italie, 13 en France, 7 aux Pays-Bas, cinq en Irlande et quatre en Grèce, à Chypre et au Portugal, respectivement.

En Allemagne, la Bundesbank et la Bafin, qui assument conjointement la supervision du secteur bancaire, ont déclaré que les banques du pays se "préparaient déjà intensivement pour l'évaluation complète".

Dans la présentation des principales caractéristiques de son évaluation, la BCE a dit qu'elle utiliserait la définition de l'ABE selon laquelle des prêts nantis d'arriérés de plus de 90 jours sont considérés comme douteux.

Les fonds propres des banques devront représenter au moins 8% de leurs actifs pondérés des risques, un niveau qui aurait pu être supérieur mais qui pourrait déjà se révéler difficile à atteindre pour certains établissements.

L'évaluation de la qualité des actifs examinera "les portefeuilles souverains et institutionnels, les engagements sur les entreprises et les ménages, et aussi bien les portefeuilles d'investissements que de trading."

La Bundesbank a plaidé pour des niveaux de risques différenciés sur les dettes souveraines en fonction des Etats émetteurs.

"Nous attendons tous de voir si l'Allemagne est parvenue à surmonter les difficultés supposées au sein de son système bancaire", a déclaré à Reuters la présidente de l'influente commission des Affaires économiques et monétaires du parlement européen.

"Il est clair que l'union bancaire n'a pas déconnecté les banques (des risques) souverains. Cela apparaîtra encore plus clairement avec la divulgation par les banques de leurs engagements souverains", a ajouté Sharon Bowles.

UN EXERCICE A DOUBLE TRANCHANT

L'exercice d'évaluation de la BCE est toutefois à double tranchant. Il doit permettre de restaurer la confiance perdue après l'échec des deux séries de tests réalisés ces dernières années. La première avait ainsi donné son feu vert aux banques irlandaises quelques mois seulement avant que celles-ci conduisent leur pays au bord du gouffre financier.

Mais en appliquant des critères plus rigoureux qu'auparavant, il risque aussi de mettre au jour des faiblesses coûteuses à compenser alors que la zone euro ne dispose toujours pas d'un mécanisme commun de recapitalisation des établissements les plus fragiles.

"Pour assurer le succès de l'opération, il est critique que des fonds de secours (publics) soient disponibles ex ante", a prévenu la BCE en ajoutant que les besoins éventuels de fonds propres devraient être comblés prioritairement et principalement par le secteur privé.

De 5 à 10 banques qui seront passées au crible par la BCE pourraient ne pas passer les nouveaux tests et se trouver contraintes de lever un montant combiné de fonds propres additionnels de 50 milliards d'euros, selon une étude réalisée ce mois-ci par Morgan Stanley auprès d'investisseurs.

Certains établissements ne pourront pas lever eux-même les capitaux nécessaires et la crise de la zone euro a montré que les Etats eux-mêmes peuvent parfois ne pas être en mesure de le faire sans aide internationale.

Les tests pourraient ainsi se révéler douloureux pour certains pays: le fonds monétaire international (FMI) estime par exemple à 230 milliards d'euros les créances douteuses des banques italiennes et espagnoles pour les deux prochaines années.

Marc Joanny pour le service français, édité par Wilfrid Exbrayat

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