La BCE étudie un partage des risques en cas de QE-sources

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par Eva Taylor et Paul Taylor FRANCFORT, 9 janvier (Reuters) - La Banque centrale européenne envisage une approche en deux phases en matière d'assouplissement quantitatif qui associerait des achats de dettes souveraines avec partage des risques par l'ensemble de la zone euro couplés à des achats par les banques centrales nationales dont chacune assumerait le risque associé, a-t-on appris de sources proches des discussions. De tels achats de dette d'Etat figurent parmi les instruments d'assouplissement quantitatif (quantitative easing, QE) que la BCE a mis à l'étude dans la perspective de sa réunion du 22 janvier, dans l'éventualité d'un nouvel assouplissement de sa politique destinée à répondre à la baisse des prix à la consommation et au risque de déflation dans la zone euro. Plusieurs projets de QE sont en discussion et rien n'a été décidé à ce jour. Les dirigeants de la BCE doivent notamment prendre en considération les réticences marquées de l'Allemagne. Le Conseil des gouverneurs a débattu du dossier lors d'un dîner mercredi après une réunion dont l'ordre du jour n'incluait pas la politique monétaire. Une source de la banque centrale a déclaré que les débats avaient été marqués par "un consensus clairement plus marqué qu'auparavant" sur la nécessité de mesures d'assouplissement quantitatif. "Pour le reste, il y a encore des opinions assez divergentes sur l'ensemble des questions: le volume, la nature illimitée ou limitée, le partage ou pas des risques, des conditions éventuelles et lesquelles. Cela reste très ouvert", a dit la source. LES RÉTICENCES ALLEMANDES MOINS MARQUÉES Selon une autre source, l'une des options à l'étude prévoit que la BCE procède elle-même à une partie des achats de dettes et qu'en cas de défaut, le risque soit partagé entre les banques centrales nationales au prorata de leur part dans son capital. Le reste des achats serait réalisé par les banques centrales nationales, chacune assumant les risques associés à ses propres achats. "Il n'y a eu aucune opposition de fond à cette option mercredi", a dit cette source. "Cela pourrait être une option dont la Bundesbank pourrait s'accommoder." Mais elle a ajouté qu'aucune décision n'avait été adoptée. Un porte-parole de la BCE a déclaré que l'institution ne commentait pas les débats du Conseil des gouverneurs. La Bundesbank allemande est l'un des principaux opposants au lancement par la BCE d'un programme d'achats de dettes souveraines sur le modèle de ceux mis en oeuvre ces dernières années par la Réserve fédérale américaine, la Banque d'Angleterre et la Banque du Japon. L'une des sources a déclaré que les réticences allemandes diminuaient "dans une certaine mesure". "Dans la mesure où cela n'implique pas de partage des risques, c'est plus facile pour les Allemands", a-t-elle dit. Mais les critiques notent qu'un plan de QE qui marquerait une rupture avec le principe d'une politique monétaire unique pour les 19 pays de la zone euro équivaudrait à une remise en cause de l'union monétaire. 500 À 1.000 MILLIARDS D'EUROS ? Le Programme pour les marchés de titres (SMP) lancé pendant la crise prévoyait que la BCE et les banques centrales nationales achètent des obligations souveraines des pays en difficulté, comme la Grèce, l'Irlande et le Portugal, avec la promesse d'un partage des futurs profits ou pertes sur la base de la participation de chaque pays au capital de la banque centrale. Cette option reste valide aujourd'hui mais elle est difficilement acceptable pour la Bundesbank, qui a suggéré que chaque banque centrale nationale puisse acheter la dette de son propre pays en assumant seule le risque. Des économistes doutent de l'efficacité de cette seule option, qui risquerait d'être mal perçue par les investisseurs. Mais une solution de compromis pourrait être plus efficace. La première source a précisé que la part des achats assumée par la BCE pourrait se situer entre 20% et 40%. Elle a évoqué un montant de 500 milliards d'euros pour l'ensemble du programme mais a ajouté que les calculs visant à déterminer le montant à mettre en oeuvre pour faire remonter les anticipations d'inflation n'étaient pas achevés. Selon d'autres sources, la BCE pourrait fixer un plafond d'achats mensuels sans pour autant limiter dans le temps la durée totale du plan ni annoncer un montant global. Une étude publiée l'an dernier par la BCE concluait que 1.000 milliards d'euros d'achats d'actifs sur un an n'augmenteraient le taux d'inflation dans la zone que de 0,2 point mais un autre modèle estimait l'impact potentiel à 0,8 point. La BCE pourrait aussi devoir prendre en compte des obstacles juridiques. Un avocat général de la Cour européenne de justice doit présenter mercredi prochain ses conclusions sur un recours allemand contre les "opérations monétaires sur titres", l'un des dispositifs d'achats de titres lancés ces dernières années par la banque centrale. (avec Noah Barkin à Berlin et Frank Siebelt à Francfort, Marc Angrand pour le service français)

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