La BCE entamera prudemment ses achats de dette d'entreprise

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    par Balazs Koranyi et Francesco Canepa 
    FRANCFORT, 25 mai (Reuters) - La Banque centrale européenne 
(BCE) a l'intention de démarrer en douceur ses achats 
d'obligations d'entreprise le mois prochain, avec pour objectif 
d'attirer de nouveaux émetteurs avant de porter très 
progressivement le montant mensuel de ses achats entre cinq et 
dix milliards d'euros, a-t-on appris de plusieurs sources de 
banques centrales. 
    Les obligations "corporate" notées en catégorie 
d'investissement (investment grade, IG) doivent s'ajouter en 
juin à l'éventail d'actifs que la BCE rachète dans le cadre de 
son programme d'assouplissement quantitatif (quantitative 
easing, QE) de 1.740 milliards d'euros, censé soutenir la 
croissance dans la zone euro en réduisant le coût du crédit. 
    La difficulté est que le marché concerné, évalué à 600 
milliards d'euros, est constitué en majorité de grandes 
entreprises françaises et néerlandaises qui disposent déjà d'un 
accès facile au crédit.  
    La BCE compte toutefois sur un effet de cascade qui 
bénéficierait au final aux emprunteurs de plus petite taille, 
pour lesquels l'accès aux financements reste problématique. 
    Ce processus prendra forcément du temps, raison pour 
laquelle la BCE n'augmentera ses achats que graduellement et ne 
fixera aucun objectif chiffré, ont dit à Reuters sept sources 
impliquées dans les discussions en cours ou proche de celles-ci. 
    "Il pourrait y avoir d'importantes fluctuations en termes 
d'achats mais si nous parvenons à favoriser les émissions, cela 
permettra naturellement d'assouplir le marché", a dit l'une de 
ces sources.  
    Les obligations françaises et néerlandaises, qui 
représentent 57% des titres éligibles au nouveau programme selon 
Fitch Ratings, seront les premières concernées au début de la 
mise en oeuvre du nouveau programme, ont ajouté les sources.  
Mais la banque centrale espère pouvoir étendre ses achats à des 
titres d'autres pays, comme l'Espagne et l'Italie.  
    Elle souhaite aussi encourager les entreprises de taille 
moyenne, qui se financent majoritairement par le recours à 
l'emprunt bancaire, à émettre des obligations, ce qui 
permettrait de libérer des liquidités et d'inciter les banques à 
se tourner vers des entreprises plus petites.  
     
    RISQUES ET CRITIQUES  
    Ce mécanisme, s'il se met en oeuvre, sera la clé du succès 
du programme et de la réponse de la BCE aux critiques sur sa 
stratégie, accusée de favoriser des entreprises qui n'ont aucune 
difficulté de financement.  
    Fitch note par exemple que les émissions obligataires 
réalisées en Europe au premier trimestre l'ont été à des niveaux 
de taux sans précédent, certaines des entreprises les mieux 
notées trouvant à se financer à moins de 2% à dix ans ou plus.  
    D'ores et déjà, la seule annonce par la BCE début mars de sa 
volonté d'acheter des titres d'entreprise a eu un effet sur 
l'offre, les émissions d'obligations en euros par des sociétés 
non-financières ayant atteint 61 milliards d'euros environ 
depuis, soit 50% de plus que sur la même période l'an dernier, 
selon les données Thomson Reuters.  
    Certains critiques craignent par ailleurs que le nouveau 
programme ait des conséquences indésirables sur le marché des 
obligations dites "junk", jugées les plus risquées, dont elles 
sont pourtant exclues.  
    Ce compartiment a en effet attiré de nouveaux investisseurs 
prêts à prendre plus de risques pour obtenir un meilleur 
rendement face à la chute des coupons en catégorie "investment 
grade". Si ce mouvement contribue à l'amélioration globale des 
conditions de financement, la BCE craint qu'il ne revienne à 
maintenir en vie des entreprises vouées à la cessation de 
paiement. 
    "Pour certaines de ces sociétés, cela reviendrait simplement 
à éviter un défaut pour qu'elles ne meurent pas tout de suite", 
résume Mitch Reznick, co-responsable du crédit chez Hermes 
Investment Management.  
    L'une des sources de banques centrales a déclaré que la BCE 
était consciente de ce risque mais qu'elle privilégiait le 
soutien à l'économie, citant les effets désastreux de l'inaction 
de la Réserve fédérale américaine avant la "Grande Récession" de 
1929-1932. 
    De nombreuses modalités du nouveau programme restent à 
finaliser, ont ajouté les sources, parmi lesquelles les critères 
de sélection des titres achetés et le traitement éventuel d'un 
défaut ou d'une dégradation des émetteurs concernés.  
    "La BCE procèdera naturellement à un examen approfondi mais 
elle s'appuiera en premier lieu sur les notes de crédit et 
l'évaluation par les agences de notation", a dit l'une des 
sources. 
 
 (Marc Angrand pour le service français, édité par Benoît Van 
Overstraeten) 
 
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