La BCE entame ses achats d'obligations privées

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    FRANCFORT, 8 juin (Reuters) - La Banque centrale européenne 
(BCE) doit commencer ce mercredi à acheter sur les marchés des 
obligations émises par des entreprises privées dans l'espoir 
d'encourager celles-ci à emprunter et à investir, et ainsi 
d'alimenter l'inflation dans la zone euro.  
    Cet élargissement du programme d'assouplissement quantitatif 
(quantitative easing, QE) de 1.740 milliards d'euros de la BCE 
risque cependant de se heurter à plusieurs obstacles, notamment 
le fait que l'encours des titres éligibles à ses achats, s'il 
représente 500 à 600 milliards d'euros, est dominé par les 
émetteurs français et néerlandais, qui disposent déjà d'un accès 
facile au crédit et ne bénéficieront donc qu'à la marge du 
nouveau programme.  
    Le succès de ce "programme d'achats de titres du secteur des 
entreprises" (corporate sector purchase programme, CSPP) 
dépendra donc en grande partie de la capacité de la BCE à 
attirer de nouveaux émetteurs et à favoriser la transmission de 
la baisse des coûts d'emprunts à des pays tels que l'Italie et 
l'Espagne, dans lesquels le financement reste relativement 
onéreux. 
    "A ce stade, la BCE elle-même ne connaît sans doute pas avec 
certitude le montant qu'elle sera en mesure d'acheter", explique 
Michal Jezek, analyste de Deutsche Bank. "On pourrait par 
exemple avoir des mois animés, avec neuf à dix milliards d'euros 
d'achats, et d'autres, comme août, à un ou deux milliards, avec 
la majeure partie des mois entre les deux." 
    Il prévoit des volumes d'émissions sans précédent cette 
année sur le marché de la dette en zone euro, avec 250 milliards 
d'euros d'émissions brutes et 100 milliards d'émissions nettes, 
dont la moitié environ du montant net pour les émissions 
d'obligations "corporate", à la faveur des achats de la BCE.  
    
    DOUTES SUR LE MONTANT DES ACHATS MENSUELS 
    La banque centrale ne se fixera aucun objectif d'achats de 
dette d'entreprise et elle devrait les entamer prudemment. Des 
sources proches de la banque centrale ont déclaré à Reuters que 
la BCE serait satisfaite si elle atteignait cinq à dix milliards 
d'achats mensuels en suscitant de nouvelles émissions. 
  
    Si ses espoirs sont déçus et que les volumes d'émissions 
n'augmentent pas, ses achats pourraient être plus réduits, 
certaines sources évoquant une fourchette de deux à trois 
milliards d'euros mensuels. 
    Ces montants sont à comparer aux 80 milliards d'euros  
d'actifs, très majoritairement des emprunts d'Etat rachetés au 
total par la BCE, un rythme qui doit être maintenu au moins 
jusqu'en mars 2017, même si la faiblesse persistante de 
l'inflation risque, pour beaucoup d'observateurs, de la 
contraindre à prolonger ce programme au-delà de cette échéance. 
    Cette prolongation ne serait toutefois pas non plus dénuée 
de risques, puisqu'elle pourrait se traduire par une raréfaction 
des titres éligibles aux achats de la banque centrale et la 
conduire à atteindre les limites qu'elle s'est elle-même fixées, 
par exemple en terme de part d'une émission donnée qu'elle peut 
détenir.  
    "Le moment choisi (pour commencer les achats) suggère que la 
BCE veut vraiment tirer parti au maximum de la période d'achats 
qui va précéder la trêve estivale", explique Morgan Stanley dans 
une note.  
    La banque américaine table sur des achats de titres 
d'entreprise de trois à cinq milliards d'euros par mois en 
moyenne sur la durée totale du programme, marchés primaire et 
secondaire confondus.  
     
 
 (Balazs Koranyi; Marc Angrand pour le service français, édité 
par Wilfrid Exbrayat) 
 
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