« La BCE en territoire inconnu » par Véronique Riches-Flores du Cercle des analystes indépendants

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La réduction programmée des achats d'actifs de la Fed devrait entraîner des rapatriements d'investissements sur le sol américain. La BCE doit donc s'y préparer en recourant davantage à des mesures non conventionnelles selon Véronique Riches-Flores, économiste (Riches-Flores Research) et membre du Cercle des analystes indépendants.

C'était écrit, la BCE devrait faire davantage au fur et à mesure qu'approcherait l'heure de la fin du QE de la Fed. Nous y sommes. Que cette dernière passe ou non à l'acte, l'anticipation d'une réduction de ses achats d'actifs a déjà des effets massifs sur les marchés et l'allocation de capitaux à travers la planète. En asséchant le marché des T-bonds, les interventions de la Fed ont, en effet, détourné depuis plus d'un an, les flux de capitaux des marchés américains vers de nombreux autres actifs, aux premiers rangs desquels les actifs souverains des pays émergents et ceux de la zone euro. En réduisant son QE, la Fed redonnerait au marché américain toute sa place, créant ainsi les conditions pour un vraisemblable rapatriement de ces investissements sur le sol américain. Les marchés émergents et les marchés souverains de la zone euro sont donc particulièrement exposés à tout changement d'orientation de la politique monétaire de la Fed.

Les tensions enregistrées durant l'été sur les marchés souverains des pays du sud de l'Europe ont constitué un premier avertissement du risque encouru par une telle évolution et permis à la BCE de préparer ses armes pour faire face à une telle éventualité. Sans doute, ce contexte n'est-il pas étranger à sa décision d'abaisser à 0,25 % le niveau de ses taux directeurs début novembre, quand bien même la forte baisse des taux d'inflation pouvait suffire à justifier sa décision. Il est toutefois assez évident que même le bas niveau présent des taux de refinancement ne suffira pas à prévenir un regain de tensions si la Fed passait effectivement à l'acte dans les prochains mois. La BCE doit donc penser à faire davantage. Or, ses marges d'action conventionnelle étant épuisées, c'est bien en territoire inconnu qu'elle évoluera dorénavant.

C'est dans ce contexte que sont apparues ces derniers jours les spéculations sur l'établissement d'un taux de dépôt négatif sur l'excès de réserves des banques. A l'instar de ce que pratique le Danemark, il s'agirait en quelque sorte d'appliquer une pénalité de 0,1 % sur les dépôts réalisés par les banques auprès de la BCE dans le but de réduire leur incitation à laisser leurs liquidités dormir et de les inciter à prêter davantage à l'économie ou à investir plus massivement sur les marchés souverains locaux.

Difficile d'imaginer qu'une telle mesure puisse, toutefois, suffire à contrer le risque de hausse des taux à long terme qu'accompagnerait une réduction éventuelle du QE de la Fed. Au-delà du fait que l'offre de crédit bancaire puisse être assez rigide aux incitations, dans un contexte économique encore très incertain, elle pourrait également être négativement impactée par la réduction des marges bancaires qu'impliquerait l'instauration d'un taux négatif de rémunération de leurs réserves excédentaires. Quelle sera donc la prochaine étape que devra franchir la BCE, sinon, sous une forme ou sous une autre, celle d'un quantitative easing, à savoir le passage à l'achat d'actifs qu'elle s'est refusée de pratiquer ces dernières années ? L'histoire est donc loin d'être terminée et la BCE n'a vraisemblablement pas fini de nous surprendre dans cette stratégie qui in fine devrait parvenir à faire sauter, les uns après les autres, les verrous de son action.

Véronique Riches-Flores

Le Cercle des analystes indépendants est une association constituée entre une douzaine de bureaux indépendants à l'initiative de Valquant, la société d'analyse financière présidée par Eric Galiègue, pour promouvoir l'analyse indépendante

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  • talens le vendredi 22 nov 2013 à 09:56

    La BCE en territoire inconnu ou plutôt "à bout de souffle"? En 2009, les banques ont passé le mistigri aux états, qui l'on passé aux banques centrales, qui le passe à.... tient il n'y a plus personne! que fait-on maintenant?

  • Ouakal le jeudi 21 nov 2013 à 22:22

    Des méthodes non conventionnelles ? Les taux bas ne fonctionnent pas,la planche à billets ça ne marche pas,l'endettement et les déficits ça ne marche pas.Alors la méthode non conventionnelle c'est la fuite en avant.Il n'y a pas de solutions il faut que ce système explose et qu'on reparte sur de nouvelles bases,il ne peut pas en être autrement.L'histoire se répète...

  • mlaure13 le jeudi 21 nov 2013 à 19:35

    L’histoire est donc loin d’être terminée et la BCE n’a vraisemblablement pas fini de nous surprendre dans cette stratégie qui in fine devrait parvenir à faire sauter, les uns après les autres, les verrous de son action?...Si une chose est sure...C'est bien celle la ?!!!...