La BCE en soutien à Mario Draghi après la déception de jeudi

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PLUSIEURS DIRIGEANTS DE LA BCE DÉFENDENT MARIO DRAGHI
PLUSIEURS DIRIGEANTS DE LA BCE DÉFENDENT MARIO DRAGHI

par John O'Donnell et Francesco Canepa

FRANCFORT (Reuters) - La Banque centrale européenne (BCE) s'est employée vendredi à convaincre des investisseurs sceptiques du bien-fondé des décisions annoncées la veille, dont l'effet sur les marchés a été très vite occulté par les déclarations de son président, Mario Draghi, laissant entendre que les taux d'intérêt ne baisseraient plus.

Plusieurs dirigeants de la BCE ont exprimé - en public ou en coulisse - leur soutien aux mesures dévoilées jeudi, même si certains ont admis que la BCE avait elle-même brouillé son message aux marchés.

Peu après l'annonce des mesures adoptées par le Conseil des gouverneurs, qui incluent une baisse des trois taux directeurs de l'institution, une augmentation de ses achats mensuels sur les marchés et de nouveaux prêts à long terme aux banques, Mario Draghi a surpris les marchés en semblant exclure toute réduction supplémentaire des taux.

Ses propos ont déclenché un rebond rapide des rendements obligataires et de l'euro, soit le mouvement inverse à celui qu'auraient dû provoquer les décisions du Conseil, une partie des observateurs en ayant déduit que la BCE était désormais à court de munitions.

Vendredi, le vice-président de la BCE, Vitor Constancio, a pris une initiative inhabituelle en publiant sur le site internet de l'institution une tribune intitulée "Plaidoyer pour la politique monétaire", dans laquelle il souligne qu'il existe des limites aux taux négatifs, tout en ajoutant qu'une banque centrale dispose d'autres moyens d'action.

LE SOUTIEN SE POURSUIVRA, ASSURE LIIKANEN

"Bien entendu, toute politique a ses limites", écrit-il.

"S'agissant des instruments auxquels nous recourons actuellement, c'est particulièrement vrai pour les taux d'intérêt négatifs de notre facilité de dépôt", ajoute-t-il en référence au taux appliqué aux dépôts des banques commerciales auprès de la banque centrale, abaissé jeudi à -0,4%.

Plus direct encore, Vitor Constancio estime qu'"il est non seulement erroné de commencer à critiquer la politique monétaire, mais également dangereux".

De son côté, Erkki Liikanen, le gouverneur de la banque centrale finlandaise, a assuré que la BCE n'avait pas épuisé tous les instruments à sa disposition et qu'elle continuerait de soutenir l'économie jusqu'à ce qu'elle atteigne son objectif d'une inflation proche de 2%.

"Nous avons fait ce qui était indispensable dans la situation actuelle mais il est clair que la capacité de la BCE à agir n'est pas épuisée", a-t-il dit à la chaîne de télévision finlandaise MTV. "Nous disposons de la capacité et des instruments si nécessaire."

"Nous continuerons d'agir jusqu'à ce que l'inflation soit proche de mais inférieure à 2% à moyen terme. C'est un engagement fort et nous maintiendrons les taux d'intérêt aux niveaux actuels ou en dessous pendant une période prolongée."

Sur la même ligne, une source informée des réflexions au sein de la BCE a dit que celle-ci pouvait encore assouplir sa politique monétaire et qu'elle s'employait à aider les investisseurs à mieux comprendre les mesures déjà mises en oeuvre.

LA BCE "AU BOUT DE LA ROUTE" ?

Mario Draghi a aussi trouvé un soutien inhabituel en la personne d'Ilmars Rimsevics, le président de la banque centrale lettone, l'un des membres du Conseil des gouverneurs les plus ouvertement sceptiques sur la politique actuelle.

"L'argent est devenu moins cher", a-t-il déclaré à la télévision lettone en parlant d'un ensemble de mesures positif. "Il s'agit d'une situation sans précédent, dans laquelle la Banque centrale européenne (...) prête de l'argent aux banques commerciales à un taux d'intérêt nul."

Si les marchés actions sont repartis à la hausse vendredi tandis que l'euro abandonnait face au dollar une partie du terrain gagné la veille, les efforts des dirigeants de la BCE n'ont pas encore convaincu tous les observateurs sceptiques.

"La réaction (...) montre que ces types commencent à perdre de leur pouvoir sur le marché", estime ainsi Stewart Richardson, directeur du gestionnaire de fonds RMG Wealth Management.

"C'est une évolution réellement préoccupante car s'ils perdent le contrôle du marché, la partie sera perdue. Nous sommes au bout de la route en terme de gestion par les banques centrales."

Des doutes s'expriment aussi, y compris au sein de la BCE, quant à la capacité de l'institution à faire remonter l'inflation vers son objectif d'un taux inférieur à mais proche de 2%.

"La BCE doit se demander si une inflation de 2% est réaliste", a ainsi déclaré Luc Coene, un ancien membre du Conseil des gouverneurs, au quotidien économique belge De Tijd.

Quant à Ilmars Rimsevics, il a laissé entendre que le plan annoncé jeudi pourrait constituer la dernière dose de stimulants injectée dans l'économie de la zone euro.

"Espérons qu'il permettra au moins de stabiliser la situation", a-t-il dit. "Malheureusement, il n'y a plus d'autre médicament indolore."

(Francesco Canepa, Marc Angrand pour le service français, édité par Marc Joanny)

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  • ccondem1 il y a 9 mois

    La capacité de nuisance est décidément sans limite

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