La BCE divisée sur ses options face à l'appréciation de l'euro

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LA BCE PARTAGÉE SUR LA CONDUITE À TENIR FACE À L'APPRÉCIATION DE L'EURO
LA BCE PARTAGÉE SUR LA CONDUITE À TENIR FACE À L'APPRÉCIATION DE L'EURO

par Sakari Suoninen

FRANCFORT (Reuters) - La hausse de l'euro à des plus hauts de deux ans complique la tâche de la Banque centrale européenne (BCE) dont le conseil des gouverneurs est divisé quant aux réponses à apporter à cette appréciation de la devise européenne.

La vigueur de l'euro, en grande partie reflet d'un dollar affaibli par la politique de la Réserve fédérale américaine (Fed), est source de préoccupation pour les responsables monétaires européens aux prises avec une reprise fragile et une inflation faible et en ralentissement.

A seulement 1,1% en rythme annuel, la hausse des prix est bien en-deçà de l'objectif de la BCE d'une inflation à moyen terme inférieure à 2% mais proche de ce seuil.

La vigueur de l'euro, en pesant sur les prix à l'importation, pourrait accentuer un peu plus encore le ralentissement de l'inflation.

Trois écoles de pensée coexistent parmi les 23 membres du conseil des gouverneurs quant à la réponse à apporter, selon des sources au fait des débats au sein de l'instance décisionnaire en matière de politique monétaire.

L'une privilégie l'option d'une nouvelle opération de refinancement à long terme des banques, une autre favorise une baisse des taux directeurs tandis que les tenants de la troisième préconisent l'attentisme.

Tout en estimant que l'appréciation de l'euro n'est pas bienvenue, Ewald Nowotny, membre du conseil des gouverneurs de la BCE, a ainsi déclaré mardi à l'agence financière MNI qu'il ne voyait pas quels instruments elle pourrait employer pour la contrer.

"Je ne pense pas que le problème ait atteint une dimension qui appelle une réponse, donc nous devons faire avec", a-t-il ajouté.

Ces débats trouvent leur écho au sein de certains exécutifs européens comme l'ont illustré les récentes déclarations de membres du gouvernement français.

LA PAROLE AVANT LE GESTE

Alors que les investisseurs ne s'attendent pas à un ralentissement des achats d'actifs par la Fed avant l'année prochaine, l'euro a atteint la semaine dernière son plus haut niveau depuis novembre 2011, restant toutefois loin de son record d'environ 1,60 établi en 2008.

Dans une contribution publiée la semaine dernière sur le site internet dédié à l'analyse et au commentaire économique Vox, Peter Praet, membre du directoire de la BCE, a souligné qu'elle disposait de moyens d'action. "Nous ne sommes pas à court de munitions", a-t-il dit.

"De nouvelles baisses des taux directeurs demeurent une option pour la BCE si les perspectives en matière de stabilité des prix le justifient."

Le principal taux directeur de la BCE est à un plus bas record de 0,5% après la dernière baisse intervenue en mai. A l'époque, certains membres du conseil des gouverneurs avaient plaidé pour une baisse plus importante que celle de 0,25% qui avait finalement été décidée.

L'euro ne s'apprécie pas seulement contre le dollar comme en témoigne son taux de change pondéré par les échanges extérieurs, à un plus haut de près de deux ans.

Cela commence à affecter les entreprises ainsi qu'en ont témoigné les résultats du troisième trimestre de plusieurs groupes européens.

Un abaissement des taux directeurs pourrait contribuer à affaiblir l'euro.

Avant une éventuelle baisse de taux, il est probable que la BCE tentera d'user de la magie du verbe. Son président Mario Draghi, qui a pris ses fonctions en novembre 2011, y a déjà recouru non sans succès.

En février, alors que l'euro était pratiquement aussi fort qu'actuellement, Mario Draghi avait déclaré que la BCE considérait cette vigueur comme un facteur baissier pour l'inflation.

EN ATTENDANT LA FED

Des propos qui avaient pour partie contribué au renversement de tendance pour la monnaie unique européenne sans nécessiter d'autres actions. A contrario, les déclarations d'Ewald Nowotny l'ont brièvement propulsé mardi au-dessus de 1,38 dollar.

A l'issue du conseil des gouverneurs du 2 octobre, Mario Draghi avait déjà déclaré: "le taux de change est important pour la croissance et la stabilité des prix". Il avait ajouté que la BCE suivait "avec beaucoup d'attention ces développements".

"La BCE va certainement enrichir sa rhétorique lors de la prochaine réunion (du conseil des gouverneurs) du fait de la devise et peut-être du fait de l'évolution de la liquidité", estime Greg Fuzesi, économiste chez JP Morgan dans une récente note de recherche.

La prochaine réunion du conseil des gouverneurs se tiendra le 7 novembre.

Une nouvelle opération de refinancement à long terme, sur le modèle de celles conduites fin 2011 et début 2012 et qui s'étaient traduites par l'injection de 1.400 milliards de liquidités, constitue aussi une option envisageable pour la BCE.

Un responsable monétaire européen, s'exprimant sous le sceau de l'anonymat, ne cache pas le scepticisme qu'elle lui inspire, la liquidité n'étant plus un problème pour de nombreuses banques. Pour un autre décideur monétaire, elle est toutefois plus probable qu'une baisse des taux mais elle est loin d'être imminente.

Mario Draghi, lui même, continue de mentionner une opération de refinancement à long terme comme une possibilité alors que la BCE étudie encore l'impact sur les marchés des deux opérations précédentes.

Une poursuite de la hausse de l'euro accentuerait la pression sur la BCE pour qu'elle agisse. Mais le problème pourrait aussi trouver une solution avec un début de ralentissement des rachats d'actifs de la Fed au début de l'année prochaine qui ferait monter le dollar.

Marc Joanny pour le service français

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