La BCE de plus en plus critiquée en Allemagne

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    BERLIN, 10 avril (Reuters) - Plusieurs responsables 
politiques allemands ont critiqué ces derniers jours la 
politique monétaire menée par la Banque centrale européenne 
(BCE), l'accusant entre autres de nuire aux retraites des 
Allemands ordinaires, de favoriser la création de bulles 
financières ou encore de doper l'extrême droite.  
    Selon le Wall Street Journal, le ministre des Finances, 
Wolfgang Schäuble, a ainsi attribué en partie à la BCE le succès 
d'Alternative pour l'Allemagne (AfD) lors des récents scrutins 
régionaux.  
    Le quotidien écrit que Wolfgang Schäuble a déclaré au 
président de la banque centrale, Mario Draghi: "Vous pouvez être 
fier: on peut attribuer 50% des résultats d'un parti qui semble 
nouveau et talentueux en Allemagne au contenu de cette politique 
(monétaire)".  
    Un porte-parole du ministère des Finances s'est refusé à 
confirmer ces propos.  
    La BCE a annoncé en mars de nouvelles mesures 
d'assouplissement de sa politique monétaire visant à favoriser 
le crédit et l'activité économique, parmi lesquelles une baisse 
de son taux de dépôt, déjà négatif, l'augmentation de ses achats 
de titres sur les marchés et des prêts à long terme aux banques. 
    "La BCE emprunte un chemin très risqué", a jugé le ministre 
des Transports, Alexander Dobrindt, au Welt am Sonntag, ajoutant 
que la politique monétaire actuelle revenait à dire aux citoyens 
qu'épargner pour sa retraite ne servait à rien.  
    "La disparition des intérêts creuse un trou béant dans 
l'épargne retraite des citoyens et les efforts qu'accomplissent 
un grand nombre d'entre eux pour assurer leur prospérité pendant 
leur vieillesse pourraient être purement et simplement 
anéantis", a dit Dobrindt, un membre de la CSU, l'Union sociale 
chrétienne, parti frère bavarois de la CDU d'Angela Merkel.  
     
    DES CRITIQUES AUSSI DANS LE SECTEUR BANCAIRE 
    Le quotidien cite des calculs de DZ Bank selon lesquelles 
les épargnants allemands ont perdu 343 milliards d'euros 
d'intérêts sur leur épargne entre 2010 et 2016. Dans le même 
temps, les économies réalisées, par exemple grâce à la faiblesse 
des taux du crédit immobilier, ont représenté 144 milliards 
d'euros, ajoute-t-il.  
    Un haut responsable de la CSU, Andreas Scheuer, a dit à Welt 
am Sonntag que la politique de la BCE représentait "une attaque 
contre les petits épargnants", ajoutant que les taux quasi-nuls 
pouvaient conduire à la formation de bulles financières et à un 
endettement excessif. 
    Avant ces déclarations, plusieurs responsables de droite 
avaient déjà jugé que la politique de taux négatifs de la BCE 
l'avait conduite aux limites de son mandat.  
    Samedi, le ministère des Finances avait démenti des 
informations selon lesquelles il envisageait un recours 
juridique dans l'hypothèse où la BCE se lancerait dans une 
politique de "monnaie hélicoptère", c'est à dire de distribution 
d'argent directement aux citoyens de la zone euro, une forme 
extrême d'assouplissement monétaire.  
    Les banques allemandes ne sont pas en reste pour dénoncer 
les problèmes liés à la politique de la BCE. Hans-Walter Peters, 
le président de la banque Berenberg, a ainsi déclaré au 
quotidien Frankfurter Allgemeine Sonntagszeitung que cette 
politique générait "des risques importants", l'adoption de taux 
négatifs revenant à sanctionner les établissements financiers 
qui disposent des 'réserves les plus importantes. 
    "De ce point de vue, la BCE met en péril la stabilité du 
système financier", a-t-il ajouté.  
 
 (Michelle Martin; Marc Angrand pour le service français) 
 
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