La BCE à l'épreuve des déboires des banques italiennes

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    * Les retards dans les fusions imputés à la BCE 
    * La banque centrale surveille la liquidité, les fonds 
propres 
    * Rome veut une restructuration du secteur cette année 
    * Chute de plus de 25% des valorisations depuis le début 
2016 
 
    par Silvia Aloisi et Valentina Za 
    MILAN, 21 mars (Reuters) - La Banque centrale européenne 
veut contraindre les banques italiennes à nettoyer leur bilan et 
elle menace d'exercer un contrôle direct des établissements en 
difficulté pour mener à bien l'assainissement du système 
bancaire du pays et relancer la distribution de crédit à 
l'économie. 
    Un an et demi après la publication des tests de résistance 
conduits sous l'égide de la BCE avant qu'elle n'assure la 
supervision directe des grandes banques européennes, les banques 
italiennes, qui avaient affiché les plus mauvais résultats, 
n'ont guère avancé dans la mise en oeuvre des changements qui 
leur ont été demandés. 
    Leurs atermoiements représentent l'un des plus grands défis 
auxquels la BCE est confrontée depuis qu'elle assure la 
supervision des banques de la zone euro et ils menacent la 
fragile reprise de l'économie italienne. 
    La BCE a adressé des courriers aux banques les plus en 
difficulté, leur demandant d'augmenter leur capital, de 
s'adosser ou de céder leurs portefeuilles de créances douteuses. 
    Elle surveille aussi quotidiennement les niveaux de 
liquidités de certains établissements comme Carige  CRGI.MI  et 
Monte dei Paschi di Siena  BMPS.MI .  
    "Ils téléphonent, ils envoient des courriels et ils viennent 
directement sur place. Ils sont constamment présents. Pour une 
raison ou pour une autre, il y a toujours une inspection. Je 
dirais qu'ils sont là deux mois sur trois", a dit une source 
dans une banque italienne. 
    Les courriers de la BCE, rendus publics par les banques 
concernées, les menacent de toutes les mesures prévues par la 
directive européenne sur la résolution bancaire, y compris la 
destitution de l'équipe dirigeante en place et la prise en main 
directe de la banque par les équipes de supervision de la BCE. 
    La fusion très attendue entre Banca Popolare di Milano 
 PMII.MI  et Banco Popolare  BAPO.MI  a valeur de test pour la 
BCE car elle aboutira à la création de la troisième banque 
italienne en termes de taille de bilan et constituera le premier 
rapprochement majeur entre deux établissements depuis que la 
banque centrale assure la supervision des banques. 
     
    "C'EST UN PEU LE MÉDECIN QUI TUE LE PATIENT"  
    Après des mois de négociations, l'opération a failli 
achopper, les conditions imposées par la BCE pour l'approuver 
étant si strictes que les deux banques ont sérieusement envisagé 
d'y renoncer, ont dit des banquiers au fait du dossier. 
    Certains banquiers italiens estiment que la fermeté 
manifestée par les régulateurs risque d'avoir des effets 
contraires à ceux recherchés en plaçant les banques sur la 
défensive et en empêchant la consolidation du secteur de se 
concrétiser. 
    "Si cette fusion échoue, la BCE devra en assumer la 
responsabilité", a dit un banquier conseil d'une des deux 
banques, exaspéré. "C'est un peu le médecin qui tue le patient." 
    La BCE n'a pas souhaité faire de commentaire. 
    Elle a réclamé une gouvernance simplifiée, une structure 
financière solide et un modèle économique pour le nouveau groupe 
sous un mois.  
    Le projet de fusion initial prévoyait un conseil composé de 
19 membres pour la nouvelle entité, deux sièges sociaux, aucune 
augmentation de capital et le maintien de l'autonomie de 
Popolare di Milano avec son propre conseil pendant une période 
de six ans. 
    Il a fallu l'intervention du président du Conseil, Matteo 
Renzi, qui a pris l'année dernière un décret pour favoriser les 
rapprochements bancaires, pour convaincre les deux banques de 
mener le projet à bien, ont dit les banquiers. 
    Si les régulateurs européens veulent que les éventuelles 
fusions se fassent dans des conditions appropriées, la chute des 
valorisations des banques italiennes et la fuite des dépôts  
dans les plus fragiles poussent le gouvernement à faire vite. 
    "2016 est l'année au cours de laquelle l'Italie doit régler 
une fois pour toutes le problème de ses banques", a dit Renzi 
vendredi.  
    Les conseils d'administration de Banco Popolare et BPM se 
réunissent mercredi et pourraient annoncer des mesures 
permettant de respecter les exigences de la BCE, notamment en ce 
qui concerne le niveau de fonds propres du nouvel ensemble. 
    Un éventuel accord devra encore obtenir l'aval des 
actionnaires des deux groupes, dont leurs puissants syndicats 
qui redoutent les conséquences sur l'emploi.  
     
    LA BCE VEUT ASSEOIR SA CRÉDIBILITÉ 
    La BCE veut de son côté s'imposer comme un superviseur 
crédible, capable d'assurer la solidité du secteur bancaire 
européen et de faire rentrer dans le rang les éventuels 
réfractaires. 
    Après les banques grecques, ce sont désormais les 
établissements italiens qui absorbent l'essentiel de son temps. 
    "Le régulateur est extrêmement prudent et particulièrement 
sévère et actif quand il s'agit des banques italiennes mais la 
situation le justifie", a dit Andrea Resti, conseiller auprès de 
Parlement européen sur les questions de supervision bancaire. 
    Après trois années de récession, le secteur bancaire italien 
est plombé par 360 milliards d'euros de créances douteuses, un 
tiers du total en Europe et l'équivalent d'un cinquième du PIB 
italien. 
    Les banques sont réticentes à céder rapidement leurs 
portefeuilles de créances douteuses, craignant que l'impact sur 
leurs comptes ne les oblige à lever des capitaux dans des 
marchés agités. 
    Le caractère très fragmenté du système bancaire italien, qui 
compte quelque 650 établissements, explique en partie sa 
fragilité. 
    "Ce n'est pas que les banques dans d'autres pays n'ont pas 
de problèmes, mais en Italie c'est plus diffus parce qu'il y a 
beaucoup de petites banques qui n'ont pas la capacité 
d'absorption des chocs qu'ont de plus grands établissements", a 
dit Nicolas Véron, spécialiste se services financiers au sein du 
groupe de réflexion Bruegel. 
    "Un tiers des banques qui ont échoué aux tests de résistance 
de la BCE étaient italiennes, et il ne s'est pas passé grand 
chose depuis." 
     
    MAUVAIS SOUVENIRS 
    Les problèmes en suspens du secteur bancaire italien 
résultent aussi des choix faits par Rome au plus fort de la 
crise de la zone euro.  
    L'Italie, qui avait alors refusé un plan de sauvetage du 
secteur bancaire - à la différence de Madrid, doit désormais en 
passer par les dispositions résultant du mécanisme de résolution 
unique adopté par les Européens pour prévenir une nouvelle crise 
financière. Elles prévoient en particulier que d'éventuelles 
pertes soient imputées d'abord aux actionnaires des banques, 
puis à leurs créanciers et enfin à leurs plus gros déposants 
avant une éventuelle aide publique. 
    Les Italiens en ont fait l'amère expérience lorsque le 
gouvernement a organisé en novembre dernier le sauvetage de 
quatre petites banques, au cours duquel quelque 12.000 petits 
porteurs d'obligations émises par les établissements concernés 
ont perdu leur mise.  
    Même si le rapprochement entre BPM et Banco Popolare 
intervient, d'autres banques pourraient se montrer moins 
enclines à se lancer dans des discussions de fusion, a ajouté 
Nicolas Véron. 
    "Il y a un climat de méfiance et (la BCE) pense que les 
banques italiennes ont été laissées la bride sur le cou trop 
longtemps par les superviseurs nationaux", a dit un banquier 
conseil impliqué dans les discussions de fusion. 
    "La BCE nous donne vraiment du fil à retordre."  
 
 (avec Paola Arosio à Milan, Stefano Bernabei à Rome et 
Francesco Canepa à Francfort, Marc Joanny pour le service 
français, édité par Véronique Tison) 
 

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