La bataille pour l'UMP réveille le débat sur la "droitisation"

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LE DUEL FILLON/COPÉ RÉVEILLE LE DÉBAT SUR LA "DROITISATION" À L'UMP
LE DUEL FILLON/COPÉ RÉVEILLE LE DÉBAT SUR LA "DROITISATION" À L'UMP

par Sophie Louet

PARIS (Reuters) - Le duel entre François Fillon et Jean-François Copé pour la présidence de l'UMP, réduit jusqu'ici à des escarmouches, se raidit sur le fond, ravivant la controverse sur la "droitisation" qui avait marqué la campagne de Nicolas Sarkozy.

L'ancien Premier ministre et le secrétaire général de l'UMP évoquaient de simples "nuances" dans leurs projets politiques.

Ils ont mis en exergue mercredi des divergences sur le positionnement idéologique du parti néo-gaulliste dont il brigueront la direction les 18 et 25 novembre.

Dans un livre programme à paraître le 3 octobre, "Manifeste pour une droite décomplexée", Jean-François Copé, député-maire de Meaux, décrit le "choc de la réalité" qui a modelé son expérience et ses convictions face à "la France des beaux quartiers et des élites". Une critique en creux de François Fillon, député de la 2e circonscription de Paris, qui recouvre notamment les quartiers cossus du VIIe arrondissement.

Jean-François Copé dénonce dans son ouvrage le "racisme anti-Blanc", "ces phénomènes impossibles à voir depuis Paris".

Il en tire un enseignement pour les échéances électorales à venir, notamment les municipales de 2014 : "On peut faire baisser la gauche et le Front national et les battre tous deux en conduisant une politique de droite claire et moderne".

"La droite que je défends est républicaine, moderne et libérée du politiquement correct, cet ordre établi imposé par la gauche bien-pensante pour assurer sa domination", écrit-il.

"PERSONNE N'EST PROPRIÉTAIRE DES IDÉES"

L'argumentaire, dénoncé comme un "grave dérapage" à gauche, réveille dans les rangs de l'UMP de douloureux souvenirs après les débats internes sur la stratégie de Nicolas Sarkozy durant la campagne présidentielle, une ligne "droitière" flirtant avec les thématiques du FN que Jean-François Copé avait endossée sans états d'âme et François Fillon déclinée avec réserve.

Le clivage entre les deux hommes s'était accentué lors des législatives, où François Fillon, comme lors des cantonales de 2011, s'était dissocié du "ni Front national-ni Front républicain" décidé par Nicolas Sarkozy et Jean-François Copé.

Le secrétaire général de l'UMP s'est défendu mercredi de puiser dans le discours du FN, qui l'a accusé, par la voix de Florian Philippot, de "manipulation électoraliste", dans la droite ligne de "l'école sarkozyste de l'enfumage".

"Personne n'est propriétaire des mots et des idées", a-t-il répliqué lors de son point de presse hebdomadaire. "Nous nous sommes toujours opposés et nous nous opposerons toujours à une alliance électorale avec le FN. Mais pour autant (...), cela ne nous empêchera pas de traiter les sujets qui engagent, qui concernent, qui indignent, qui exaspèrent, qui inquiètent les Françaises et les Français".

François Fillon, rompu à la tactique de l'adversaire qui tente de la dépeindre en héraut d'une "droite molle", en "Hollande de droite", a défendu en contrepoint "une opposition ferme et responsable" mais "rassembleuse", lors de la présentation de son projet pour l'UMP.

"La question n'est pas de savoir si l'UMP doit être au centre, à droite ou plus à droite, car on ne peut entraîner le peuple français dans sa diversité en se repliant sur une case politique et idéologique", peut-on lire dans son manifeste à lui, intitulé "Ensemble, soyons les militants de la France".

"ÇA PROFITE AU FN"

L'ancien Premier ministre réaffirme en outre son refus "des alliances partisanes de circonstance qui ne tiendraient ni par des valeurs partagées ni par un programme commun".

Dans les domaines régaliens, François Fillon marque sa fermeté et s'inscrit dans les pas de Nicolas Sarkozy, dont il partage plusieurs des thèmes avec Jean-François Copé (TVA compétitivité, suppression des 35 heures, pas d'aides sociales sans contrepartie...), en proposant notamment la généralisation des peines planchers, des règles plus strictes en matière d'immigration et d'"assimilation".

L'ex-Premier ministre a refusé de se laisser enfermer dans un nouveau débat sur la "droitisation" en déclarant que l'évocation d'un "racisme anti-Blanc" ne le choquait pas ("le FN n'est propriétaire de rien") mais qu'il convenait de combattre "toutes les autres formes de racisme".

"Ma volonté n'est pas de dénoncer telle ou telle forme de racisme mais d'apporter des réponses", a-t-il ajouté pour se démarquer de Jean-François Copé.

Un ancien ministre UMP, proche de François Fillon, s'interrogeait mercredi sur la "stratégie agressive" du député-maire de Meaux, qui "part de l'hypothèse que le militant UMP", qui votera en novembre, "est plus à droite que le sympathisant".

"Le risque, c'est qu'on passe insidieusement du racisme anti-Blanc à 'on n'est plus chez nous' à 'les étrangers dehors'. Ça profite au FN", juge-t-il. Et d'ajouter : "Faut-il être celui qui clive et provoque" pour l'emporter?

Avec Emile Picy et Emmanuel Jarry, édité par Yves Clarisse

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  • speedy36 le mercredi 26 sept 2012 à 18:21

    la droite doit rester humaine, libérale et sociale !!!! cela ne sert à rien de courir derrière la Marine, la droite perd son âme et le récent débat sur le supposé racisme contre les blancs ne réveillent que la médiocrité des arguments lepéniste !!!!