La bataille politique sur les autoroutes a fait long feu

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LA BATAILLE POLITIQUE SUR LES AUTOROUTES A FAIT LONG FEU
LA BATAILLE POLITIQUE SUR LES AUTOROUTES A FAIT LONG FEU

par Gregory Blachier

PARIS (Reuters) - L'épineux dossier des autoroutes devrait se refermer sur une conclusion favorable aux concessionnaires qui laisse un goût d'inachevé, voire amer à plusieurs parlementaires irrités d'avoir contribué à faire beaucoup de bruit pour rien.

Le gouvernement annoncera dans les jours ou semaines à venir un accord avec les sociétés concessionnaires des autoroutes (SCA) Vinci, Eiffage et Sanef, filiale de l'espagnol Abertis, sans remettre en cause le régime actuel et en renvoyant à plus tard, par une hypothétique négociation, un "rééquilibrage".

Du rapport critique de l'Autorité de la concurrence, qui dénonçait une "rente" des SCA, à l'appel de 152 députés PS en faveur d'une résiliation des contrats, en passant par les idées de taxes ou de gratuité partielle des péages de Ségolène Royal, les autoroutes ont été une cible de choix ces six derniers mois.

Matignon et Bercy étaient plus mesurés que la ministre de l'Ecologie et n'ont jamais souhaité un bras de fer, encore moins envisager concrètement une résiliation comme en témoigne l'issue des travaux auxquels participaient les cabinets ministériels.

Une négociation est en cours mais les SCA qui ont signé les contrats en 2006 auront sans doute peu d'efforts à fournir car le groupe de travail parlementaire charger de formuler des propositions ira dans ce sens. Il exclut une résiliation eu égard à son coût potentiel (40 à 55 milliards d'euros) et au signal qu'elle enverrait aux investisseurs.

Il appelle à lever le gel des tarifs de péages décidé en janvier au motif qu'il sera, sinon, répercuté plus tard et il demande la mise en oeuvre "sans délai" du plan de relance de 3,2 milliards d'euros assorti d'un allongement de la durée des concessions de deux ans et quatre mois en moyenne.

Et il va plus loin, puisque plusieurs des 15 parlementaires impliqués jugent désormais que la "rente" des SCA n'en est pas une. L'Autorité de la concurrence, qui estimait à au moins 20% la rentabilité des autoroutes, est à son tour montrée du doigt.

Le député socialiste Gilles Savary a dit mercredi sur LCI qu'elle avait mis les politiques "dans l'embarras" et expliqué que "les sur-profits (des SCA) ne sont pas établis par rapport à toute autre délégation de service public sur un grand ouvrage".

"CONTRÔLÉS PAR BERCY"

Son collègue de l'UDI Bertrand Pancher abonde. "Plus personne ne considère que le bénéfice est scandaleux", dit à Reuters celui qui situe le point de bascule lors de la confrontation, mardi dernier, entre l'Autorité et les SCA.

Ces dernières contestaient les conclusions de l'Autorité en avançant qu'elle confondait bénéfice et rentabilité du capital. La Cour des comptes, qui pointait en 2013 un déséquilibre des relations Etat-SCA, préférait d'ailleurs se référer au taux de rentabilité interne.

Une majorité des parlementaires engagés se sont laissé convaincre et ont l'impression d'avoir perdu du temps en cédant à une évaluation qu'ils disent désormais erronée -- Gilles Savary lui-même parlait de "manne céleste" en septembre.

D'autres encore disent avoir été floués, mais pas pour les mêmes raisons. Le député socialiste Jean-Paul Chanteguet, fervent partisan d'une résiliation, a claqué la porte d'un groupe du travail aux travaux viciés selon lui.

"Le groupe de travail a servi au mieux de parodie de consultation, au pire de moyen d'instrumentaliser les parlementaires, afin d'obtenir des SCA quelques concessions marginales", écrivait-il lundi dans un communiqué.

Le député communiste Patrice Carvalho a déploré pour sa part avoir entendu des "'experts' contrôlés par Bercy".

Cette fronde reste circonscrite et une majorité des 15 devrait endosser le rapport aux conclusions pourtant jugées insuffisantes par tous et malgré de faibles gains espérés.

Une contribution supplémentaire de 40 millions d'euros par an au financement des infrastructures de transports a été évoquée ainsi qu'une éventuelle modulation des péages, sans aucune garantie pour l'heure.

Bertrand Pancher signera le rapport du groupe de travail et Patrice Carvalho le conteste. Mais ils communiquent sur une même idée : "La montagne a accouché d'une souris".

(Edité par Yves Clarisse)

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