La bataille d'Alep se poursuit, un hôpital détruit

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    * Le principal hôpital de la ville détruit 
    * Bombardements d'avions russes et d'hélicoptères syriens 
    * Au sol, l'armée syrienne sur tous les fronts 
 
 (Actualisé tout du long) 
    par Suleiman Al-Khalidi 
    AMMAN, 2 octobre (Reuters) - Les avions de guerre russes  et 
leurs alliés syriens ont frappé samedi les quartiers rebelles 
d'Alep et ses alentours et sont accusés par des travailleurs 
humanitaires et des rebelles d'avoir détruit l'un des plus 
grands hôpitaux de la ville, tuant au moins deux patients. 
    Le bombardement de l'hôpital M10, principal établissement de 
traumatologie de la ville, dans le quartier d'Al Sakhour, 
intervient en dépit des appels à l'arrêt des combats de 
Washington et ses alliés. L'offensive russe et syrienne sur 
Alep, d'une intensité sans précédent, se poursuit depuis dix 
jours. 
    Samedi, les frappes aériennes se sont concentrées sur les 
voies d'approvisionnement qui mènent aux secteurs tenus par les 
rebelles, à savoir la route Castello et le quartier de Malah, au 
nord de la ville. 
    Les combats au sol font également rage dans le quartier de 
Souleiman al Halabi, la ligne de front au nord de la vieille 
ville d'Alep, et dans le quartier de Boustan al Pacha. 
     Selon des rebelles et des secouristes, au moins sept 
missiles ont été lancés sur l'hôpital d'Al Sakhour par des 
avions russes et des hélicoptères syriens. 
    Deux patients ont été tués et treize autres blessés, selon 
une organisation humanitaire américaine. C'est la seconde frappe 
de ce genre contre cet établissement. Au total, quatre hôpitaux 
ont été visés par les raids aériens ces derniers jours. 
    "L'hôpital est désormais complètement hors service. Des 
murs, des infrastructures, des équipements et des générateurs 
ont été détruits. Il n'y a plus aucun garde ou personnel sur 
place. (L'hôpital) est dans le noir complet", rapporte Mohammad 
Abu Rajab, radiologue de l'établissement. Des vidéos publiées 
sur les réseaux sociaux montrent des dégâts considérables. 
    La France a vivement condamné la frappe de samedi, qui prive 
un peu plus les habitants d'Alep d'accès aux soins. "Ces 
attaques sont constitutives de crimes de guerre" a jugé dans un 
communiqué le chef de la diplomatie française, Jean-Marc 
Ayrault.   
    Un responsable américain a déploré samedi un "mépris total" 
à l'égard des médecins et des patients. La semaine dernière, 
l'émissaire américaine aux Nations unies a jugé que l'engagement 
militaire russe ne relevait pas du contre-terrorisme mais de la 
"barbarie".   
    Selon les habitants d'Alep, les frappes aériennes sont sans 
précédent par leur férocité. Les rebelles disent depuis 
plusieurs mois qu'elles visent à dessein des centrales 
électriques, des hôpitaux et des boulangeries. 
     
    MISES EN GARDE DIPLOMATIQUES 
    A Moscou, une porte-parole du ministère des Affaires 
étrangères cité par l'agence de presse RIA a déclaré qu'une 
"agression directe" des Etats-Unis contre l'armée et le 
gouvernement syriens provoquerait des "bouleversements 
tectoniques effrayants" au Proche-Orient. 
    Le secrétaire d'Etat américain, John Kerry, s'est plaint la 
semaine dernière en marge d'une réunion de l'assemblée générale 
des Nations unies du fait que ses efforts diplomatiques pour 
mettre fin au conflit syrien n'aient pas été accompagnés d'une 
menace sérieuse d'usage de la force militaire.   
    Lors d'un entretien téléphonique avec John Kerry vendredi, 
le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, s'est 
dit prêt à trouver de nouveaux moyens de normaliser la 
situation, tout en déplorant l'incapacité de Washington à 
départager l'opposition modérée de groupes qualifiés de 
"terroristes" par Moscou. 
    Les Etats-Unis ont menacé mercredi de mettre fin aux 
discussion diplomatiques avec la Russie à moins d'un arrêt 
immédiat des violences. Washington a depuis laissé entendre que 
la menace ne serait pas mise à exécution dans l'immédiat. 
     
    COMBATS "DANS LES DEUX SENS" 
    L'armée du régime, rejointe récemment par de nouvelles 
forces au sol de l'Iran chiite, double les frappes aériennes 
d'une offensive au sol sur plusieurs fronts d'Alep. 
    "Le régime mène une attaque sur tous les fronts et tente de 
percer plusieurs fronts", rapporte Abu Haidar, un chef militaire 
du groupe rebelle Fastaqim retranché à l'intérieur d'Alep, par 
message électronique.  
    Les forces du régime se rassemblent, ajoute-t-il, pour 
l'essentiel depuis le camp de réfugiés d'Handarat au nord 
d'Alep, repris jeudi par l'armée syrienne. Damas avait indiqué 
son intention de profiter de cet avantage stratégique. 
    Dix jours après le début de l'offensive des armées russe et 
syrienne pour reprendre aux insurgés la partie est d'Alep, il 
est difficile de connaître l'évolution précise des forces sur le 
terrain.  
    Selon les médias officiels, l'armée dit avoir progressé dans 
le centre d'Alep, ce qu'ont démenti les rebelles, assurant avoir 
repoussé ce nouvel assaut. 
    "Ils bombardent la Vieille ville après une nouvelle 
tentative de gagner du terrain qui a échoué. Ils ont perdu 
plusieurs combattants et nous sommes résolus", a déclaré Abou 
Hamam, un rebelle du groupe Failak al Cham. 
    L'OSDH fait état de bombardements intenses de la part des 
forces gouvernementales et de combats "dans les deux sens" dans 
le quartier de Souleiman al Halabi. 
    Au nord-ouest d'Alep, les insurgés d'Ahrar al Cham ont dit 
samedi avoir repris plusieurs secteurs du quartier stratégique 
de Boustan al Pacha dont les forces pro-gouvernementales 
s'étaient emparées la veille. 
 
 (avec Ellen Francis à Beyrouth et Roberta Rampton à Washington; 
Danielle Rouquié, Tangi Salaün et Julie Carriat pour le service 
français) 
 
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