La banque portugaise BES inquiète le secteur financier

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LA BANQUE PORTUGAISE BES INQUIÈTE LE SECTEUR FINANCIER
LA BANQUE PORTUGAISE BES INQUIÈTE LE SECTEUR FINANCIER

par Andrei Khalip et Daniel Alvarenga

LISBONNE (Reuters) - Les difficultés rencontrées par la banque portugaise Banco Espirito Santo (BES), dont la cotation a été suspendue jeudi à Lisbonne, entraînent dans leur sillage tout le secteur financier européen ainsi qu'une nette remontée des rendements des obligations du Portugal.

Les craintes sur la santé financière de la première banque portugaise cotée ont fait chuter les valeurs bancaires européennes (-1,5%), qui accusaient jeudi en fin de séance la plus forte baisse sectorielle en Europe, et se sont propagées outre-Atlantique, où l'indice S&P du secteur financier perdait 0,74% vers 14h50 GMT.

L'autorité de régulation des marchés financiers portugais (CMVM) a suspendu dans l'après-midi la cotation de BES, dont l'action avait auparavant perdu jusqu'à 19%, après des informations évoquant une restructuration de sa dette.

La chute de l'action BES s'est accélérée après la décision par Espirito Santo Financial Group (ESFG), principal actionnaire de la banque avec 25%, de suspendre la cotation de ses actions et ses obligations en raison de "difficultés importantes" chez sa propre société-mère, Espirito Santo International (ESI).

ESI, enregistrée au Luxembourg, est dans le collimateur des autorités depuis qu'un audit à mis au jour en mai des "irrégularités importantes", qui, selon BES, risquent de nuire à sa réputation.

BES a vendu de la dette émise par ESI mais cette dernière a été incapable d'honorer certaines échéances financières.

"UN DOSSIER PRÉOCCUPANT POUR LE PAYS"

L'inquiétude suscitée par le dossier BES s'étend au-delà du seul cas de la banque et s'est traduite par une remontée des rendements des obligations d'Etat portugaises.

Les analystes expliquent cette remontée par les risques potentiels qu'impliquent les difficultés de BES pour l'ensemble du secteur financier portugais, en dépit des déclarations répétées du gouvernement sur la spécificité du cas BES et l'absence de risques pour les finances publiques.

Le rendement des emprunts d'Etat à 10 ans portugais s'inscrivait à 3,97% en fin d'après-midi à Lisbonne après être monté en matinée à plus de 4%.

"Le cas Espirito Santo couve depuis un certain temps; il est maintenant clairement en train d'éclater et c'est un dossier préoccupant pour le pays alors qu'il sort tout juste du plan d'aide international", estime Nicholas Spiro, à la tête de Spiro Sovereign Strategy à Londres.

Des sources ont déclaré mercredi à Reuters que le groupe envisageait la possibilité d'un échange dette contre actions et que, face à ses difficultés financières, il pourrait demander un rééchelonnement de ses dettes. Elles ont ajouté que le plan de restructuration n'était pas encore prêt.

"Cela devient de plus en plus un problème qu'ESI et ESFG - et peut-être même BES - ne parviennent pas à maîtriser", juge Tom Jenkins, analyste chez Jefferies, à Londres.

Avant sa suspension, BES chutait de plus de 17%, portant à plus de 50% la chute de sa capitalisation boursière depuis un mois. L'action se traitait 0,51 euro, bien en-dessous du prix de 0,65 euro fixé pour l'augmentation de capital réalisée en juin.

Les difficultés rencontrées par la famille Espirito Santo, premier actionnaire du groupe, ont été exacerbées par le manque d'informations sur les holdings familiales, ESI et Rioforte. L'incertitude porte notamment sur l'exposition de BES à ces holdings.

Pour Joao Lampreia, analyste à Banco Big, la BES chute car il est de plus en plus clair que les holdings familiales devront recourir à une restructuration de leur dette.

"Nous parlons d'une exposition directe ou indirecte (de BES aux holding familiales) de 3,5 milliards d'euros, soit la capitalisation boursière de BES", a-t-il dit.

(Wilfrid Exbrayat, Patrick Vignal et Mathilde Gardin pour le service français, édité par Nicolas Delame et Marc Angrand)

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