La Banque nationale suisse à nouveau sous la pression de la BCE

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LES ANALYSTES N'EXCLUENT PAS DE NOUVELLES INTERVENTIONS DE LA BANQUE NATIONALE SUISSE
LES ANALYSTES N'EXCLUENT PAS DE NOUVELLES INTERVENTIONS DE LA BANQUE NATIONALE SUISSE

par Brenna Hughes Neghaiwi et Angelika Gruber

ZURICH (Reuters) - Des nouvelles interventions de la Banque nationale suisse (BNS) pour freiner la hausse du franc ne sont pas exclues si le récent retournement de la devise devait se confirmer, disent des analystes.

En dépit de son statut de valeur refuge, le franc suisse ne s'est pas apprécié, notamment contre l'euro, comme les turbulences sur les marchés financiers depuis le début de l'année auraient pu le laisser penser.

Plusieurs raisons sont invoquées pour expliquer cet affaiblissement, du calme relatif sur les marchés européens à la menace toujours présente d'interventions par la banque centrale, en passant par de supposées interventions dont il est toutefois difficile de trouver trace dans les statistiques hebdomadaires de la BNS.

Les craintes sur le secteur bancaire et les dégagements sur les valeurs bancaires, qui ont ravivé le souvenir la crise financière de 2008-2009, et la généralisation des taux négatifs pourraient toutefois renverser la tendance.

Une très large majorité d'économistes interrogés par Reuters s'attendent à ce que la Banque centrale européenne (BCE) abaisse son taux de dépôt à -0,40% au début du mois prochain, une semaine avant la tenue par la BNS de sa propre réunion de politique monétaire.

"Nous pourrions imaginer des situations où le franc suisse s'apprécierait à nouveau si des turbulences se développaient au sein de la zone euro", a dit Daniel Kalt, économiste pour la Suisse d'UBS. "Dans ce cas, nous pensons que la BNS interviendrait à nouveau."

MARGES DE MANOEUVRE LIMITÉES

La BNS cherche à décourager la détention de francs suisses avec un taux négatif de -0,75% sur certains dépôts à vue et des interventions sur le marché des changes pour prévenir une trop forte appréciation de la monnaie nationale.

Une stratégie qui semble avoir été payante puisque le franc est tombé à 1,1199 contre l'euro le 4 février, au plus bas depuis l'abandon en janvier 2015 du cours plancher de 1,20 franc pour un euro, en place depuis septembre 2011.

Le franc suisse a rebondi de 2,3% depuis le début du mois et s'échange à 1,10 contre l'euro et les positions sur les marchés dérivés montrent que les anticipations sont à nouveau à la hausse de la devise helvétique.

Les responsables monétaires suisses ont dit ne pas avoir constaté de flux liés au statut de valeur refuge du franc suisse dont ils s'attendent à ce qu'il stagne voire s'affaiblisse.

Le président de la BNS Thomas Jordan a toutefois déclaré la semaine dernière que le statut de valeur refuge du franc suisse pourrait resurgir avec les turbulences en Europe et que la devise "serait de nouveau au premier plan".

"A l'échelle mondiale, les banques centrales ont comme objectif d'affaiblir leur devise, et sont dans une meilleure posture pour le faire que la BNS", a dit Felix Adam, directeur général du courtier ACT Currency.

Avec un bilan rapporté au produit intérieur brut parmi les plus élevés au monde et des taux plus négatifs encore que dans les autres pays qui les ont mis en pratique, les marges de manoeuvre de la BNS apparaissent limitées au moment où la BCE envisage un nouvel assouplissement monétaire.

"La BNS aurait aussi besoin d'abaisser encore les taux, l'inflation demeurant nettement en territoire négatif en Suisse", souligne Antje Präfcke, économiste de la Commerzbank. "Mais ses taux sont déjà tellement bas... Il arrive un moment où il vaut mieux garder l'argent sous le matelas plutôt que de supporter des taux négatifs sur un compte bancaire."

Pour UBS, la BNS pourrait abaisser encore ses taux de 25 à 50 points de base si les interventions s'avéraient inefficaces mais la banque d'investissement ne croit pas à ce scénario.

"Tant que la BCE ne baisse pas ses taux de beaucoup plus que 10 points de base, la BNS tâchera d'éviter une nouvelle baisse", a dit Daniel Kalt en rappelant les dommages causés par les taux négatifs aux banques, aux assureurs et aux fonds de pension.

(avec Anirban Nag, Marc Joanny pour le service français, édité par Wilfrid Exbrayat)

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