La banque italienne Monte dei Paschi joue son avenir

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MONTE DEI PASCHI JOUE SON AVENIR
MONTE DEI PASCHI JOUE SON AVENIR

par Pamela Barbaglia

LONDRES (Reuters) - Banca Monte dei Paschi di Siena, la troisième banque d'Italie, considérée comme la plus fragile des grandes institutions financières de la zone euro, a moins de deux semaines pour assurer sa survie dans un contexte financier et politique particulièrement défavorable.

L'administrateur délégué de la banque toscane, Marco Morelli, en poste depuis la mi-septembre, espère obtenir dans les jours à venir les feux verts nécessaires pour lever cinq milliards d'euros de capitaux frais, faute de quoi il pourrait être contraint de demander l'aide de l'Etat.

La première étape de ce processus sera, jeudi, l'assemblée générale des actionnaires appelée à se prononcer sur un projet d'augmentation de capital, dix jours seulement avant le référendum sur le projet de réforme de la constitution défendu par le président du Conseil, Matteo Renzi.

De source proche du dossier, on estime à 50% seulement la probabilité de succès du projet d'appel au marché.

Marco Morelli, qui a multiplié ces dernières semaines les rencontres avec des centaines d'investisseurs européens, américains et moyen-orientaux, doit convaincre les actionnaires de consentir à une nouvelle dilution de leurs titres pour sauver Monte dei Paschi, dont le parcours boursier est déjà désastreux.

A un peu plus de 0,21 euro mercredi, l'action de la banque a perdu plus de 82% depuis le début de l'année, ramenant la valeur du groupe à moins de 650 millions d'euros.

DES RÉPERCUSSIONS POUR TOUT LE SECTEUR

Pour Morelli, il est indispensable de lever de nouveaux capitaux pour conserver une chance de mener à bien le nettoyage du bilan du groupe, plombé par 46 milliards d'euros de créances douteuses, puis d'envisager la possibilité d'une fusion avec une autre banque italienne.

Le problème est que sa démarche, déjà périlleuse en soi, s'opère dans les pires conditions de marché possibles, la défiance des investisseurs vis-à-vis de l'Italie ayant fortement augmenté face à l'incertitude sur le résultat du référendum constitutionnel du 4 décembre. Une victoire du "non" pourrait en effet faire chuter le gouvernement Renzi, donc ouvrir une période d'incertitude.

Et un éventuel échec du plan de renflouement de Monte dei Paschi aurait de lourdes conséquences pour l'ensemble du secteur bancaire italien.

"Beaucoup de choses dépendent du sauvetage de Monte dei Paschi", a déclaré à Reuters l'un des principaux créanciers obligataires du groupe, expliquant qu'en cas de faillite de la banque de Sienne, le numéro un du secteur, UniCredit pourrait aussi avoir du mal à lever les capitaux dont il a besoin.

"L'une des plus grandes banques de la zone euro serait ainsi incapable de lever des capitaux", souligne cet investisseur.

Selon plusieurs sources, de grands fonds d'investissement ont exprimé leur intérêt pour une entrée au tour de table de Monte dei Paschi mais ils rechignent à s'engager fermement avant de connaître le résultat du référendum.

UN SAUVETAGE PAR L'ETAT, SEUL "PLAN B" ÉVOQUÉ

Marco Morelli prévoit de lever environ 1,5 milliard d'euros auprès d'investisseurs institutionnels de référence et entre 1,0 et 1,5 milliard auprès de détenteurs d'obligations prêts à convertir leurs titres en actions. Le reste des cinq milliards proviendrait d'une émission d'actions nouvelles dont le lancement est prévu début décembre.

A la Bourse de Milan, l'action Monte dei Paschi a perdu environ 10% depuis le début de la semaine, l'approche du référendum pesant sur l'ensemble du secteur bancaire de la péninsule.

Monte dei Paschi, fondée en 1472, a terminé à la dernière place du classement des banques de la zone euro placées sous la supervision directe de la Banque centrale européenne lors des tests de résistance menés par celle-ci l'été dernier, la BCE concluant qu'elle serait incapable de résister à un choc économique important.

En cas d'échec du projet de Morelli, Monte dei Paschi n'a aucun "plan B", sinon un sauvetage par l'Etat, ce qui se traduirait par de lourdes pertes pour les créanciers obligataires.

En effet, les règles européennes prévoient que les déposants, les actionnaires et les porteurs d'obligations dont les avoir dépassent 100.000 euros assument des pertes en cas de renflouement par l'argent public.

Le gouvernement Renzi a exclu à plusieurs reprises d'injecter des fonds publics dans Monte dei Paschi. Et Matteo Renzi, ancien maire de Florence, a pris soin de ne pas s'impliquer dans le dossier, refusant d'évoquer publiquement la possibilité d'un échec du plan Morelli.

(avec Maiya Keidan à Londres et Silvia Aloisi à Milan; Marc Angrand pour le service français, édité par Juliette Rouillon)


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