La Banque du Japon assouplit à son tour sa politique monétaire

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NOUVEL ASSOUPLISSEMENT DE LA POLITIQUE MONÉTAIRE DE LA BANQUE DU JAPON
NOUVEL ASSOUPLISSEMENT DE LA POLITIQUE MONÉTAIRE DE LA BANQUE DU JAPON

par Leika Kihara

TOKYO (Reuters) - La Banque du Japon (BoJ) a de nouveau assoupli sa politique monétaire mercredi en annonçant une augmentation de ses achats de titres deux fois supérieure au montant habituel, une décision prise face au ralentissement de l'économie nippone, que les tensions des derniers jours avec la Chine risquent d'amplifier.

L'annonce a provoqué un repli du yen au plus bas depuis un mois et une hausse des emprunts d'Etat japonais tandis qu'à la Bourse de Tokyo, l'indice Nikkei clôturait à son meilleur niveau depuis quatre mois, gagnant 1,19%.

La banque centrale a augmenté son programme d'achats d'actifs et de prêts, qui constitue désormais le principal outil de sa politique monétaire, de 10.000 milliards de yens (97 milliards d'euros) pour le porter à 80.000 milliards.

Son taux de base, lui, reste fixé entre zéro et 0,1%, son niveau depuis bientôt deux ans.

La nouvelle augmentation des achats d'actifs sera consacrée à des achats d'obligations d'Etat et de bons du Trésor, a précisé la banque centrale. Elle a en outre repoussé à décembre 2013 l'échéance de réalisation de ses achats d'actifs.

"Nous prévoyons que la décision d'aujourd'hui (...) contribuera à assurer le retour de l'économie japonaise sur la voie d'une croissance durable et de la stabilité des prix", a déclaré la BoJ dans un communiqué.

Elle a ajouté que la reprise économique avait calé, ce qui revient à une révision à la baisse de ses perspectives conjoncturelles. Le mois dernier en effet, l'institution jugeait que l'économie japonaise entamait une reprise modérée grâce à la solidité de la demande intérieure.

"Les indicateurs économiques japonais ont été faibles, ce qui fait que la décision de la BoJ a du sens", commente Hiroaki Muto, économiste chez Sumitomo Mitsui Asset Management à Tokyo.

"Le gouverneur de la BoJ, Masaaki Shirakawa, avait laissé entendre que la BoJ ne ferait pas toujours ce que le marché attendait, mais je crois qu'elle a été un peu surprise par la décision de la Fed de lancer un QE3", a-t-il ajouté.

LES PERSPECTIVES ÉCONOMIQUES SE DÉGRADENT

L'engagement de la Réserve américaine la semaine dernière à acheter des actifs sans limite pour soutenir l'emploi aux Etats-Unis - un programme appelé QE3 par Wall Street - a exercé une pression sur la banque centrale japonaise pour faire la même chose de son côté afin de soutenir une économie affectée par la fermeté du yen et la crise de la dette en zone euro.

L'impact économique potentiel du conflit territorial avec la Chine, premier partenaire commercial du Japon, a encore compliqué la tâche des dirigeants politiques qui redoutent les dégâts causés par un yen fort et une baisse de la demande mondiale.

Masaaki Shirakawa s'est toutefois défendu d'avoir simplement emboîté le pas à la Fed et à la BCE, qui a elle aussi annoncé il y a quelques jours un plan d'achats de dette pour venir en aide aux Etats en difficulté dans la zone euro.

Il a ajouté lors d'une conférence de presse que la reprise japonaise pourrait être retardée de six mois par le ralentissement prolongé de la croissance mondiale.

La banque centrale avait déjà assoupli sa politique monétaire en février et en avril dernier, avant de marquer une pause dans l'espoir que les exportations soient assez solides pour assurer la reprise.

Mais le Japon a enregistré au deuxième trimestre une croissance inférieure aux attentes et les analystes s'attendent désormais à une quasi-stagnation jusqu'à la fin de l'année, en raison notamment de la crise de la dette dans la zone euro et de la décélération de la croissance chinoise.

"Tokyo a agi pour contrer un ralentissement considérable des exportations apparu ces derniers mois. La BoJ craignait aussi que, si elle n'agissait pas aujourd'hui, les actions chutent et que le ralentissement économique s'accentue", a commenté Tatsushi Shikano, économiste de Mitsubishi UFJ Morgan Stanley Securities.

Marc Angrand et Juliette Rouillon pour le service français

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