La banque centrale turque relève massivement ses taux

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LA TURQUIE RELÈVE SON TAUX DIRECTEUR À 12%
LA TURQUIE RELÈVE SON TAUX DIRECTEUR À 12%

par Seda Sezer et Daren Butler

ISTANBUL (Reuters) - Malgré l'opposition du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, la banque centrale turque a massivement relevé ses principaux taux d'intérêt, à l'issue d'une réunion extraordinaire mardi soir, pour tenter d'endiguer l'inflation et soutenir la livre.

La banque a relevé son taux directeur de prêts au jour le jour, porté de 7,75% à 12%, un niveau plus élevé que prévu sur les marchés, son taux de prises en pension à une semaine de 4,5% à 10% et le taux d'emprunt à un jour de 3,5% à 8%.

Les économistes et analystes interrogés lundi par Reuters s'attendaient en moyenne à un relèvement moindre, de 225 points de base à 10%, du taux directeur au jour le jour.

Les futures sur indices boursiers américains ont fait un bond en avant après cette annonce, tandis que le dollar progressait d'environ 0,4% par rapport au yen et que la livre turque s'appréciait de plus de 3% face au dollar, à 2,18, après avoir inscrit lundi un plus bas historique à 2,39.

"C'est impressionnant et ça montre clairement que la banque centrale prend les choses au sérieux", dit Kathryn Rooney, responsable de la stratégie chez Bulltick Capital Markets. "Je suis surprise par l'ampleur (du relèvement)", ajoute-t-elle.

Le gouverneur de la banque avait conforté mardi après-midi le scénario d'un relèvement en urgence des taux d'intérêt, assurant qu'il ne céderait pas aux pressions politiques.

Dans un communiqué publié après la réunion extraordinaire, la banque a dit qu'elle maintiendrait une politique monétaire restrictive jusqu'à ce que les perspectives d'inflation montrent des signes clairs d'amélioration, tout en prédisant que cette action ramènerait le taux d'inflation à 5% d'ici mi-2015.

Elle a revu en forte hausse sa prévision de hausse des prix pour la fin de l'année, la portant de 5,3% à 6,6%.

Le Premier ministre turque, attaché à préserver la croissance à deux mois des élections municipales et à sept mois du scrutin présidentiel, avait de nouveau exprimé son opposition à une hausse des taux mardi quelques heures avant la décision.

"Si je fais un communiqué, ils vont dire que j'interfère avec la banque centrale", a-t-il dit lors d'une conférence de presse avant de partir en voyage officiel en Iran.

"Mais je veux que vous sachiez que, comme je l'ai toujours été, je suis contre une hausse des taux d'intérêt. Mais bien sûr, je n'ai pas l'autorité me permettant d'interférer avec la banque centrale."

Le chef du gouvernement a régulièrement évoqué ces derniers mois l'existence d'un supposé "lobby des taux d'intérêt" composé selon lui de spéculateurs.

La réunion extraordinaire de politique monétaire tenue ce mardi était la première de ce type depuis août 2011, lorsque la crise de la zone euro se faisait ressentir jusqu'en Turquie.

Nick Tattersall, Juliette Rouillon pour le service français

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