La banque centrale suisse accélère ses achats d'actions

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    * Un portefeuille actions de CHF 127 mds 
    * Hausse de 41% des actifs en actions en un an 
    * Une stratégie de diversification pour réduire les risques 
    * Graphique sur les investissements de la BNS: 
    * http://tmsnrt.rs/2bQHE10 
 
    par John Revill 
    ZURICH, 30 août (Reuters) - La Banque nationale suisse (BNS) 
détient plus d'actions ordinaires Facebook  FB.O  que Mark 
Zuckerberg, le fondateur du réseau social, au titre de son 
portefeuille d'actions qui devrait continuer à croître, estiment 
des analystes.  
    La banque centrale suisse se classe désormais au huitième 
rang des plus importants investisseurs publics, montrent des 
données du Forum des institutions monétaires et financières 
officielles, rançon de sa politique d'investissement des 
dollars, euros et yens qu'elle a accumulés pour freiner 
l'appréciation du franc suisse.  
    Si la plupart des analystes jugent cette stratégie 
judicieuse, elle expose toutefois la BNS aux risques des 
fluctuations des marchés boursiers que d'autres banques 
centrales comme la Banque centrale européenne (BCE) ou la 
Réserve fédérale américaine prennent soin d'éviter.  
    "La BNS est un peu coincée. Elle a acheté beaucoup de 
devises afin d'affaiblir le franc et elle doit les investir 
quelque part", relève Alessandro Bee, économiste de la banque 
UBS. "Le marché obligataire est asséché et elle se tourne de 
plus en plus vers les actions." 
    En dépit des risques, le portefeuille d'actions de la BNS a 
crû à un rythme deux fois plus rapide que l'augmentation de la 
taille de son bilan.  
    Au cours des 12 derniers mois, ses avoirs en actions ont 
bondi de 41% à 127 milliards de francs suisse (116 milliards 
d'euros), selon les calculs effectués par Reuters.  
    Wall Street est le marché de prédilection de la BNS dont le 
portefeuille d'actions américaines atteignait près de 62 
milliards de dollars à la fin juin contre 38,6 milliards un an 
auparavant, selon un document de la Securities and Exchange 
Commission, l'autorité de régulation des marchés financiers 
américains. 
    Il inclut 741 millions de dollars d'actions Facebook, ce qui 
représente 0,28% des actions ordinaires du réseau social dont le 
directeur général Mark Zuckerberg n'en détient que 0,17% tout en 
ayant le contrôle via des actions préférentielles.  
    La BNS a augmenté sa participation dans chacune de ses dix 
principales lignes d'actions américaines alors que de grands 
investisseurs institutionnels les ont réduites. A titre 
d'exemple, la participation de la BNS dans le capital d'Apple 
 AAPL.O  a augmenté de 1,07 million d'actions au deuxième 
trimestre au cours duquel Invesco et Fidelity en ont vendu 9,53 
millions et 9,23 millions respectivement, selon des documents 
règlementaires.  
     
    DE L'ARGENT OU DU VENT? 
    La BNS ne communique pas sur sa stratégie d'investissement, 
déclarant seulement qu'elle ne sélectionne pas de valeurs mais 
investit dans des entreprises conformément à leur pondération 
dans différents indices boursiers de référence. Les 
investissements sont gérés par une équipe en interne avec l'aide 
de banquiers-conseils, dont la BNS ne communique pas les noms.  
    Andrea Mächler, membre du directoire de la BNS, a dit cette 
semaine, dans un entretien au Sonntagsblick, que la banque 
centrale n'investissait pas dans des banques grandes ou de 
taille moyenne pour éviter les conflits d'intérêt et qu'elle 
évitait d'autres types d'actions pour des raisons éthiques.  
    La banque centrale suisse est un investisseur 
essentiellement passif qui a toutefois commencé il y a un an à 
voter par procuration sur des questions de gouvernance comme la 
rémunération de dirigeants ou la structure des organes de 
direction. 
    Les analystes s'attendent à ce qu'elle poursuive ses achats 
d'actions avec le maintien des pressions à la hausse sur le 
franc suisse alors que les obligations - le support 
d'investissement traditionnel des banques centrales - sont 
devenues de plus en plus risquées avec les programmes d'achat 
massifs des banques centrales et le passage en territoire 
négatif des rendements sur des pans entiers des courbes de taux. 
    "C'est une stratégie de diversification pour eux et il est 
difficile de trouver des opportunités d'investissement. Dans 
l'environnement actuel de taux d'intérêt ultra-bas, le risque 
est élevé que les cours des obligations varient plus que ceux 
des actions", prévient Alexander Koch, responsable des études 
macroéconomiques de Bank Raiffeisen.  
    La BNS a commencé à acquérir des actions en 2005 après une 
modification de la législation bancaire suisse l'autorisant à 
détenir d'autres actifs que des bons du Trésor.  
    Près de 20% des 635 milliards de francs suisses de réserves 
de change de la BNS sont désormais investis en actions, contre 
17% en 2015 et 10% en 2010.  
    "Il y a une logique pour la BNS à faire cela et l'on 
pourrait imaginer qu'elle augmente encore le montant des actions 
qu'elle détient dans le futur", a dit Koch. "Elle pourrait même 
aller jusqu'à 50% de ses avoirs." 
    Le portefeuille actions de la BNS a toutefois accusé une 
moins-value de 200 millions de francs au premier semestre 2016 
tout en lui rapportant 1,7 milliard de francs sous forme de 
dividendes.  
    "Les actions ont sans aucun doute une volatilité plus élevée 
que d'autres classes d'actifs et cela peut se traduire par des 
pertes à court terme", note Nannette Hechler-Fayd'herbe, 
responsable de la stratégie d'investissement de Credit Suisse.  
    Après examen de l'allocation du portefeuille actions de la 
banque centrale, elle juge toutefois les risques "tout à fait 
gérables", estimant que la diversification du portefeuille 
d'investissements de la banque est plus importante qu'un 
éventuel recul temporaire des marchés actions.  
    La BNS n'est pas tenue de dégager un bénéfice dans le cadre 
de son double mandat consistant à assurer la stabilité des prix 
et à soutenir le développement de l'économie helvète.  
    Sa stratégie ne fait toutefois pas l'unanimité même si elle 
a dégagé un bénéfice net de 21,3 milliards de francs au premier 
semestre 2016.  
    "La BNS crée des francs suisses avec le bon air des Alpes... 
simplement par un jeu d'écriture", estime James Grant, éditeur 
de la lettre d'informations financières spécialisée Grant's 
Interest Rate Observer.  
    "Ensuite, elle appelle ses courtiers et fait son marché à 
Wall Street", a-t-il dit au quotidien suisse Finanz und 
Wirschaft. "Elle prend des participations dans d'importantes 
entreprises du S&P qui font de vrais profits et elle fait cela 
avec de l'argent qui a été créé à partir de rien."  
     
 
 (avec Timothy McLaughlin, Marc Joanny pour le service français, 
édité par Wilfrid Exbrayat) 
 

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