La banque centrale russe ramène son taux directeur à 15%

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* Baisse inattendue de deux points du principal taux russe * La décision pourrait résulter de pressions politiques * Le rouble en recul après la baisse du taux directeur * La croissance à 0,6% en 2014, récession en vue en 2015 (Actualisé avec précisions, commentaire, réaction des marchés, estimation de la croissance 2014) par Jason Bush et Lidia Kelly et Alexander Winning MOSCOU, 30 janvier (Reuters) - La banque centrale de Russie a annoncé vendredi une baisse inattendue de son principal taux d'intérêt, perçue comme une tentative d'apaiser les craintes de récession face à la chute des cours du pétrole et aux sanctions occidentales liées à la crise en Ukraine. L'institution a ramené le taux des prises en pension à une semaine de 17% à 15%, un peu plus d'un mois après l'avoir augmenté de 6,5 points pour freiner la dépréciation du rouble. La plupart des économistes s'attendaient à un statu quo vendredi et le rouble a creusé ses pertes après l'annonce surprise de la réduction du loyer de l'argent, cédant jusqu'à 4% face au dollar avant de regagner une partie du terrain perdu. La baisse de taux traduit à l'évidence une nouvelle hiérarchie des priorités de la banque centrale: alors qu'elle privilégiait jusqu'à présent la lutte contre l'inflation et la défense du rouble, il semble qu'elle se fixe désormais pour principal objectif de soutenir l'activité économique. La décision de vendredi pourrait aussi nourrir les spéculations sur l'impact des changements intervenus récemment au sein de la direction de l'institution, soupçonnés d'avoir été influencés par le Kremlin, les banques et les milieux d'affaires. "La décision prise aujourd'hui d'abaisser le taux directeur de deux points de pourcentage vise à l'équilibre de l'objectif de réduction de l'inflation et à la restauration de la croissance économique", a déclaré la présidente de la banque centrale Elvira Nabioullina, dans un communiqué. Elle a ajouté que le taux directeur restait suffisamment élevé pour permettre d'atteindre l'objectif d'inflation à moyen terme. La banque centrale vise une inflation inférieure à 10% en janvier 2016, contre 13,2% ce mois-ci après 11,4% en décembre. "UNE RÉCESSION EST INÉVITABLE" Le Kremlin, qui nie régulièrement influencer les décisions de politique monétaire, n'a fait aucun commentaire. Mais le ministre des Finances Anton Silouanov s'est félicité de la baisse de taux, ajoutant que la banque centrale avait de bonnes raisons pour affirmer que la situation sur le marché des changes était maîtrisée. Pour Nicholas Spiro, du cabinet spécialisé Spiro Sovereign Strategy à Londres, "la décision semble avoir des motivations politiques puisque cette baisse montre que la banque centrale est préoccupée par les risques pour le secteur bancaire. Il semble que la banque centrale se soit fait forcer la main." La directrice de la politique monétaire de l'institution, Ksenia Ioudaïeva, connue pour privilégier la lutte contre l'inflation, a récemment été remplacée par Dmitri Touline, jugé plus acceptable par les milieux bancaires, qui plaident régulièrement pour une baisse des taux. Au-delà du jeu des influences politiques, la décision de vendredi peut aussi traduire la prise de conscience par les autorités monétaires du fait que l'économie russe doit se préparer à un atterrissage brutal, la chute du cours du baril et la dégradation de la situation en Ukraine étouffant tout espoir d'une embellie conjoncturelle rapide. La croissance n'a été que 0,6% en 2014, selon la première estimation officielle publiée vendredi, et la banque centrale table sur une contraction de 3,2% du produit intérieur brut (PIB) en rythme annuel sur les six premiers mois de cette année. D'autres statistiques récentes ont montré une baisse de 4,7% des salaires réels en décembre et une chute de 7,3% du revenu disponible réel, de mauvais augure pour les mois à venir. "Cela nous montre que (la banque centrale) regarde au-delà de l'inflation pour tenter de stimuler la croissance économique au cours des prochains mois", dit William Jackson, économiste chargé des marchés émergents chez Capital Economics à Londres. "Mais je ne pense pas que la baisse des taux aura beaucoup d'impact. Si l'on prend en compte les tensions dans le secteur bancaire, la fuite des capitaux, les pressions sur le revenu disponible et l'effondrement des prix du pétrole, une récession est inévitable." (Bertrand Boucey et Marc Angrand pour le service français, édité par Wilfrid Exbrayat)

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