L2 - Brest : Jean-Marc Furlan : « On a commencé avec une page blanche »

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L2 - Brest : Jean-Marc Furlan : « On a commencé avec une page blanche »
L2 - Brest : Jean-Marc Furlan : « On a commencé avec une page blanche »

Jean-Marc Furlan, l'entraîneur du Stade Brestois 29, connaît des débuts rêvés avec son nouveau club. L'ancien coach de l'ESTAC s'est confié. Il évoque ses ambitions, les critiques à son égard et ses souvenirs troyens.

Jean-Marc Furlan, dans quel état d’esprit êtes-vous arrivé au Stade Brestois ? C’était un sentiment étrange. L’impression de commencer avec une page blanche. Le club est en train de tout reconstruire. Tous les clubs de Ligue 2 veulent monter en Ligue 1. Tous. Et ils te disent le plus tôt possible serait le mieux. Avec Brest, l’objectif c’est d’exister et de ne pas trop souffrir dans cette Ligue 2. Le plus grand danger c’est d’accéder à la Ligue 1 quand les clubs ne sont pas prêts. Cette saison on doit installer une équipe neuve, voir quel niveau on a dans ce championnat et voir où le groupe se situe. Vous êtes en tête après trois journées c’est un bon début... (Interview réalisée avant le match face à Sochaux (2-2)) Vous savez les conclusions hâtives... En Ligue 1 comme en Ligue 2, sur les dix dernières années, la plupart des équipes qui ont démarré en trombe jouaient le maintien en fin de saison. Le championnat est long et l’aptitude des entraîneurs c’est de monter en qualité au fil des matchs, des semaines et des mois. Et vice-versa, des équipes qui sont dans le bas du tableau peuvent très bien finir. Votre étiquette de spécialiste de la montée c’est quelque chose qui vous fait plaisir, qui vous réconforte ou au contraire qui peut vous agacer ? Je le prends bien. Vous savez je prends tout bien moi. J’ai à la fois l’étiquette d’un gars qui ne se maintient jamais en Ligue 1 alors que je me suis déjà maintenu. J’ai cette étiquette également de spécialiste de la montée, qui est légitime. En cinq ans de Ligue 2 j’ai fait trois montées. J’ai eu cette chance. Cela ne me gêne absolument pas. Je me suis engagé à Brest à 100% et je me concentre su mon travail de construction d’équipe et de pérenniser les clubs. Dans les endroits où je vais, même si je ne reste que six mois, j’aime apporter un travail en profondeur. On veut toujours être les meilleurs.

Furlan : « L’impression que le club repart de zéro »

Vous parliez de cet esprit de bâtisseur d’équipe. Brest est en plein chantier avec un nouveau président, un nouveau directeur sportif, une nouvelle pelouse même. Inquiétant ou excitant ? C’est plutôt excitant. J’ai immédiatement adhérer au discours de Denis Le Saint (nouveau président du SB29) et Grégory Lorenzi (nouveau directeur sportif). Si vous découvrez le club, on a l’impression que le club repart de zéro. Dans trois mois on a un nouveau centre d’entraînement mais pour le moment nous n’avons rien. On travaille dans la précarité. On déménage dans notre nouveau siège social. Tout cela m’a plu. Le président ne m’a pas dit de monter en Ligue 1. Cette année, on va bosser, cultiver une nouvelle image et reconquérir notre public. C’est vrai que l’histoire d’amour entre le public et Alex Dupont s’est plutôt mal terminée l’année dernière, cela vous tient à cœur de retrouver une ferveur à Francis-Le-Blé ? Oui bien sûr ça me tient à cœur. Mais un entraîneur dort bien et est heureux quand il gagne des matchs et quand il construit un groupe efficace et agréable à regarder, parce que le foot est un spectacle. L’héritage Dupont n’est-il pas trop lourd ? Est-ce qu’on vous en a parlé à votre arrivée ou vous tentez de faire abstraction de votre prédécesseur ? Je pense qu’un nouvel entraîneur profite toujours du travail du prédécesseur. Il y a toujours un intérêt de s’appuyer sur le travail de l’ancien entraîneur. Même si le club repart de zéro, ce qui m’importe c’est d’apporter mes éléments de travail et ne jamais dénigrer le travail d’Alex Dupont. C’est beaucoup d’investissement pour les garçons et on se sert de ce travail passé pour avancer. Je veux de suite impacter les joueurs et créer une cohésion parce que la plupart des joueurs qui jouent dans cette équipe ne se connaissent pas. On a vécu seulement trois semaines ensemble. Ce qui est ridicule.

Furlan : « Normal que certains disent que Furlan est un blaireau »

Quelle est la méthode Furlan pour que tout le monde tire dans le même sens et rapidement créer une dynamique ? Essayer d’apporter des solutions et de la sécurité sur le terrain en leur offrant un canevas de travail et des objectifs de jeu. J’ai été joueur professionnel et il n’y a rien de pire que d’entrer dans l’inconnu, à ne pas savoir où et comment envoyer le ballon. Ce qui est capital c’est de donner un tronc commun de jeu qui sécurise les joueurs. Il faut mettre en place des entraînements agréables pour les joueurs avec une grande intensité. C’est comme cela qu’on réussit.  Faire du beau jeu, c’est quelque chose qui revient très souvent dans votre discours mais les résultats ne sont pas forcément au rendez-vous. Est-ce possible de voir votre philosophie évoluer pour gagner en efficacité ou allez-vous garder votre ligne de conduite ? Quoi qu’il arrive je garderai la même ligne de conduite. Les résultats ont été au rendez-vous mais de manière exponentielle. Sur mes cinq dernières années à Troyes il y a deux accessions et deux finales de coupe, avec un faible budget. Les gens disent que je fais du beau jeu et j’ai eu beaucoup de bons résultats. Je suis parti de CFA 2 à Libourne Saint-Seurin et en aucun cas je m’imaginais terminer en Ligue 1. Donc si on prend le truc à l’envers en disant que ce mec est parti de CFA 2 pour arriver dans le monde pro, on peut se dire que j’ai fait énormément de résultats avec les moyens que j’avais. Enormément. Tout en sortant des joueurs comme Sidibé, Matuidi, Obbadi, Cabot et d’autres avec un petit budget. On ne peut pas empêcher les gens de parler et d’avoir des opinions.  Êtes-vous fier de votre parcours aujourd’hui ou énervé du peu de reconnaissance à votre égard ? Je suis fier, c’est clair. C’est clair (il se répète). L’image que j’ai c’est qu’avec moi les gens voient du jeu et les journalistes disent que je ne gagne pas. Si, j’ai gagné. Dans la vie, si tu veux être énervé il y a d’autres moyens. Les entraîneurs sont des personnages publics et c’est normal que certains disent que Furlan est un blaireau, que mon football c’est de la merde, mais c’est normal. Et d’autres viennent me dire qu’ils se régalent. Ça fait partie du jeu. Je me régale dans ce que je fais. Je n’empêcherai jamais les gens de parler, au même titre qu’il y a des mecs qui disent que Guardiola n’est pas bon. C’est le meilleur entraîneur du monde. C’est notre quotidien et c’est amusant.

Furlan : « Les Troyens restent dans mon cœur »

Vous avez fait éclore beaucoup de jeunes joueurs. Cette année encore des gamins comme Neal Maupay, Zacharie Labidi composent votre équipe. Ça vous plait de partir avec des jeunes joueurs ? Oui mais sincèrement quand on est entraîneur, on aime bien avoir des joueurs qui ont de l’expérience. Les entraîneurs français ont un devoir de sortir des jeunes joueurs de la formation. Je ne cache pas que je préfère avoir un mec de 27 ans plutôt qu’un joueur qui n’a joué que 4 matchs en pro. Cette année, on a préféré prendre des jeunes ou faire des prêts parce qu’on ne pouvait pas faire autrement. IL faut un bon équilibre. Je ne sais pas combien de temps il faudra pour voir le nouveau centre de formation mais il y a déjà deux ou trois jeunes qui ont fait leur apparition. Après il va falloir constater leurs niveaux au fil des semaines mais il y a l’ambition de sortir des jeunes bien évidemment.  Vous avez passé cinq saisons à Troyes, c’était le bon moment pour partir après votre triste fin d’aventure en décembre dernier? Je ne sais pas si c’était le bon moment. Ca été une grande déchirure et très dur à digérer. J’avais beaucoup d’ancrages là-bas et beaucoup d’amis. Ca fait partie de la vie d’un entraîneur. Cela n’a rien de surprenant. Mais ça n’empêche pas les émotions, mais je ne dis pas que j’avais prévu de partir. C’était très douloureux. Quand tu passes neuf saisons dans un club ça veut dire que tu étais très attaché. Les entraîneurs sont des nomades. Il m’a fallu six mois pour digérer. Ce qu’il y a de bien, c’est que l’on replonge vite pour se faire plaisir, faire progresser des jeunes et on repart dans une autre aventure. Vos retrouvailles avec l’ESTAC… Je ne les attends pas. Ce sera un match comme un autre pour les joueurs. Moi, les Troyens restent dans mon cœur. J’ai des souvenirs merveilleux et sur le plan émotionnel, ça fera toujours un pincement au cœur mais ce n’est pas moi qui joue au foot, je ne fais que regarder.
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