L'usine PSA de Rennes entre colère et résignation

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par Pierre-Henri Allain

RENNES (Reuters) - Après l'annonce jeudi de la suppression de 1.400 postes sur un effectif de 5.600 emplois à l'usine PSA de Rennes-La Janais, les ouvriers étaient partagés entre colère et résignation.

PSA Peugeot Citroën prévoit de supprimer 8.000 emplois supplémentaires sur ses sites français. L'usine d'Aulnay-sous-Bois, en région parisienne, doit être fermée en 2014 et le site de Rennes sera durement touché.

"On ne sait pas de quoi l'avenir sera fait. On est tous choqués. On va faire comme le Titanic, on va couler", se désole Christian Normand, 50 ans, dont 29 ans de travail à la chaîne, avant de prendre son service à la mi-journée.

Parmi les grappes de travailleurs qui arrivent par autocar sur le site pour le changement d'équipe, beaucoup baissent la tête et accélèrent le pas, refusant de répondre aux questions des journalistes.

"Cela fait peur et on est un peu abasourdis, mais on ne peut rien dire pour l'instant, il faut voir comment cela va se décliner. Mais on sentait ça venir, c'était dans l'air", lâche Stéphane, 43 ans, dans l'attente de précisions sur les modalités des suppressions d'emplois.

Selon le syndicat Force Ouvrière (FO) du site rennais, 1.219 emplois seraient supprimés dans la fabrication de véhicules et 181 dans le département recherche et développement, avec un appel aux départs volontaires jusqu'en juin 2013, suivi de départs contraints, un calendrier confirmé par la direction.

CRAINTES DE FERMETURE

Sur le site, certains ouvriers, tout en se disant "très en colère", ne cachaient pas leur abattement, appréhendant de partir en vacances avec un noeud dans le ventre.

"On nous a toujours fait miroiter qu'on était les meilleurs et on voit tous ces métiers qui disparaissent. Avec un quart des effectifs en moins, c'est la fermeture du site qui se profile", s'inquiète Philippe Terrien, militant CGT.

Au-delà des réductions d'effectifs, beaucoup de délégués syndicaux évoquent la disparition à terme de l'usine PSA de Rennes, qui comptait encore environ 12.000 salariés en 2004.

"C'est un gros coup de massue pour les Rennais après tous les efforts qu'on a fait en terme d'effectifs, de compétitivité et de compactage des structures", dit David Ruelland, délégué du Syndicat Indépendant de l'automobile (SIA).

Dans une usine où l'on construit uniquement des véhicules haut de gamme, C5 et 508, la perspective d'un nouveau véhicule pour relancer la production à partir de 2016 apparaît très incertaine aux yeux des syndicats.

"Dans le communiqué de la direction qui nous a été transmis, on nous parle de la réorganisation des effectifs avant l'affectation d'un nouveau véhicule, cela ressemble à du chantage", estime Nadine Cormier, déléguée FO.

Malgré des travaux pour une nouvelle plate-forme déjà engagée à Rennes, les syndicats redoutent les arbitrages qui devraient intervenir fin octobre entre General Motors et PSA pour les dotations de nouveaux véhicules sur les sites.

"UN CHOC POUR LES SALARIÉS"

Dès fin juillet, l'équipe de nuit doit être supprimée à Rennes pour adapter l'usine à sa production et du "chômage par rotation" est annoncé à partir de septembre.

L'impact sur la sous-traitance, qui emploie environ 17.000 personnes dans la région, risque d'être important puisque trois emplois seraient selon les syndicats induits en moyenne dans les entreprises sous-traitantes pour un emploi direct à PSA.

"Je mesure combien cette décision (de suppression d'effectifs) est un choc pour les salariés et pour leurs familles (...) mais aucun salarié ne sera laissé sur le bord de la route", a déclaré Jean-Luc Perrard, le directeur du site PSA de Rennes-La Janais, lors d'une conférence de presse.

Il a réaffirmé l'intention de la direction du groupe de développer sur ce site un nouveau véhicule à l'horizon 2016.

D'une production de 180.000 véhicules en 2011 avec le lancement de la 508, l'usine est passée à une prévision de 140.000 véhicules pour 2012, année marquée par plusieurs jours de chômage.

Edité par Patrick Vignal

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