L'Uruguay, ou le football de survie

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Privé de son meilleur élément, l'Uruguay s'est présenté au Chili avec un football attentiste, voir ennuyant. Pourtant, le petit pays de trois millions d'habitants est en quarts de finale – face à l'hôte de la compétition – et peut rêver d'une seizième couronne. La force du football "amer" ?

Héctor Scarone, et ses innombrables buts. Obdulio Varela et son autorité. Pedro Rocha, buteur aux quatre participations en Coupe du monde d'affilée. Enzo Francescoli, dessinant des arabesques avec le cuir. Alvaro Recoba, son pied gauche et ses coups francs. Diego Forlán et son élégance. Sebastián Abreu et sa folie. Luis Suárez et son excessive avidité. Ces hommes ont démontré (et démontrent encore pour certains) que le football uruguayen ne peut être réduit à l'expression de la "garra charrúa", la hargne éternelle attribuée à la sélection céleste. Mais sans Luis Suárez, l'équipe entrainée par le maestro Tabárez semble atone, incapable de rayonner. Pourtant, le petit pays coincé entre deux géants du football mondial est qualifié en quarts de finale, et devrait poser une montagne de problèmes au Chili, fervent adepte de l'esthétique et de la possession. Une opposition de style qui aurait ravi Eduardo Galeano, écrivain uruguayen décédé il y'a deux mois, et auteur du livre El fútbol a sol y sombra.

L'antithèse de Galeano


Dans cette déclaration d'amour au football, Galeano écrit : "Les années ont passé, et j'ai fini par assumer mon identité : je ne suis rien d'autre qu'un mendiant du beau football. Je parcours le monde et dans les stades, je supplie : "Une belle action, pour l'amour de Dieu". Et quand le beau football se produit, je remercie le miracle, peu importe le pays ou le club qui me l'offre". Aujourd'hui, le football proposé par l'Uruguay est l'antithèse parfaite de celui défendu par l'un des plus grands auteurs latino-américains du siècle. Face à la faible Jamaïque, l'Uruguay s'est longtemps heurté à un bloc similaire au leur (avec un certain talent en moins). Contre l'Argentine, les joueurs menés par l'adorateur du combat qu'est Diego Godín ont déçu. Le tant attendu clásico du Río de la Plata a été débloqué par une anticipation d'Agüero. Enfin, face à des Paraguayens à la philosophie similaire, l'Uruguay semble s'être disputé avec son frère. Acolytes d'un football où le coup de pied arrêté est la ressource principale pour déverrouiller un match, les deux équipes ont offert une succession d'actions infructueuses. Charrúas et Guaranís ont justifié les vers d'Eduardo Galeano, critique d'"un football de vitesse pure et de force, qui renonce à la joie, atrophie la fantaisie et interdit l'audace".…


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