L'urgence grecque s'invite au Conseil européen

le
1

* Mini-sommet sur la Grèce ce jeudi en fin de soirée * Bruxelles somme Athènes d'engager des réformes * "Qu'ils demandent aux riches de payer des impôts", dit Hollande (actualisé avec discussions autour du mini-sommet) par Paul Taylor et Elizabeth Pineau BRUXELLES, 19 mars (Reuters) - Les dirigeants européens réunis jeudi à Bruxelles ont fait montre d'impatience à l'égard de la Grèce, sommant le gouvernement d'Alexis Tsipras de mettre en oeuvre au plus vite les réformes capables d'éviter la faillite à son pays. Le Premier ministre grec a demandé une réunion avec la chancelière allemande Angela Merkel, le président français François Hollande et les représentants des principales instances européennes, afin d'obtenir la possibilité de lever des fonds à court terme. Ce mini-sommet a été programmé en fin de soirée après le dîner, en cours, des Vingt-Huit. Y participeront aussi le président de la BCE, Mario Draghi, le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker, Donald Tusk, le président du Conseil européen, et le ministre néerlandais des Finances, Jeroen Dijsselbloem, président de l'Eurogroupe. Dès son arrivée à Bruxelles, Angela Merkel a toutefois prévenu qu'il ne fallait s'attendre à aucune "percée" véritable lors de cette réunion quant à la mise en oeuvre des réformes prévues par l'accord du 20 février à l'Eurogroupe, qui a prolongé provisoirement l'aide à Athènes. Dijsselbloem a dit espérer que ce mini-sommet permette de relancer les efforts pour résoudre la crise de la dette grecque. "Ce soir, nous examinerons les progrès réalisés, qui semblent modestes, et j'espère que nous pourrons relancer l'ensemble du processus", a dit le président de l'Eurogroupe, qui devait prendre part à la réunion en aparté avec Alexis Tsipras. "Nous avons fort à faire pour aboutir à un paquet de mesures qui devra être mis en oeuvre dans les trois mois à venir", a-t-il ajouté. "Le temps presse. Nous n'avons guère de temps et devons donc nous mettre au travail." Les dirigeants des pays du Benelux ont critiqué la tenue de ce mini-sommet réunissant les dirigeants français et allemand mais excluant les plus petits membres de l'Union européenne. Le président du Conseil européen Donald Tusk a assuré aux chefs de gouvernement belge, néerlandais et luxembourgeois que leurs points de vue seraient pris en compte et qu'aucune décision ne serait prise lors de la réunion en question. "C'est une mauvaise méthode", a déploré le Premier ministre belge, Charles Michel, à son arrivée au Conseil européen. "J'aurais aimé en être", a renchéri son homologue luxembourgeois, Xavier Bettel. "NE PAS REVENIR EN ARRIERE" Pour Alexis Tsipras, l'Union européenne doit "prendre des initiatives politiques qui respectent aussi bien la démocratie que ses traités, de façon à laisser la crise derrière nous et nous engager vers la croissance." François Hollande a de son côté réaffirmé l'importance pour Athènes de respecter ses "engagements" pris fin février. "Les Grecs doivent démontrer qu'ils font les réformes qui sont attendues d'eux et l'Europe doit mettre à la disposition des Grecs les moyens financiers pour qu'elle puisse honorer ses engagements", a-t-il résumé devant la presse. Interrogé sur les premières mesures prises par Athènes à l'égard des classes populaires, le président français a répondu: "Que le gouvernement grec fasse des efforts pour les pauvres, ce n'est pas ça qui me choque. Ce qu'on demande à la Grèce, c'est qu'elle demande aux plus riches de payer des impôts". Le chef du gouvernement britannique, le conservateur David Cameron, s'est montré beaucoup plus sévère. "Quand je suis venu ici pour la première fois en tant que Premier ministre il y a cinq ans, la Grande-Bretagne et la Grèce étaient grosso modo dans le même bateau, avec des déficits budgétaires comparables", a-t-il déclaré. "La raison pour laquelle nos situations sont différentes aujourd'hui, c'est que nous, nous avons pris des décisions difficiles sur le long terme, et que nous avons fait un travail très difficile pour le peuple britannique. Je suis déterminé à ne pas revenir en arrière." "RÉFORMES NÉCESSAIRES" Jeudi matin sur Europe 1, Jean-Claude Juncker avait a fait état de l'impatience à l'égard des autorités grecques issues de victoire électorale de la gauche radicale. "Je vais répéter ce que je lui ai déjà dit deux fois", a dit le président de la Commission européenne. "La Grèce doit entreprendre les réformes qui sont nécessaires. La Grèce doit faire en sorte que les engagements qu'elle a pris au niveau de l'Eurogroupe en 2012 et récemment soient suivis d'effet." Devant le Bundestag, Angela Merkel, qui recevra Alexis Tsipras lundi à Berlin, a évoqué un chemin "très difficile" pour les autorités grecques, qui doivent selon elle comprendre que l'aide internationale est assortie de la condition "d'une réforme budgétaire et d'efforts pour que cette aide ne soit, un jour, plus nécessaire". La situation financière de la Grèce demeure "dangereuse" et le délai pour éviter un défaut de paiement est court, a estimé pour sa part le président du Parlement européen, Martin Schulz. "Sur le court terme, deux ou trois milliards sont nécessaires pour assumer les engagements existants", a-t-il dit à la radio Deutschlandfunk. Il a rappelé qu'Athènes devait s'acquitter de nouveaux remboursements d'ici la fin du mois de mars, que ses banques étaient à court de liquidités et que la banque centrale grecque avait quasiment épuisé ses capacités de refinancement du secteur bancaire. Le vice-Premier ministre grec Yannis Dragasakis a reconnu jeudi soir que son pays avait un problème de liquidités et avait besoin d'une aide extérieure pour payer les salaires des fonctionnaires et les retraites comme pour honorer les remboursements de sa dette. La Banque centrale européenne (BCE) a de nouveau relevé le plafond de l'aide d'urgence mise à la disposition du secteur bancaire par la banque centrale nationale, pour le porter à près de 70 milliards d'euros, a-t-on appris de sources bancaires. Les clients des banques grecques ont par ailleurs retiré 300 millions d'euros de leurs comptes sur la seule journée de mercredi selon des sources financières. (avec Renee Maltezou à Bruxelles, Gernot Heller à Berlin et Grégory Blachier à Paris; édité par Eric Faye et Henri-Pierre André)

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
  • M3182284 le jeudi 19 mar 2015 à 12:13

    Le Grexit, vite!

Partenaires Taux