L'unité politique affichée après Toulouse se fissure

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LA CLASSE POLITIQUE MOBILISÉE AU LENDEMAIN DE LA TUERIE DE TOULOUSE
LA CLASSE POLITIQUE MOBILISÉE AU LENDEMAIN DE LA TUERIE DE TOULOUSE

PARIS (Reuters) - Des fissures sont apparues mardi dans l'unité affichée par l'ensemble de la classe politique française au lendemain de la tuerie qui a fait quatre morts dans une école juive à Toulouse.

Dans la foulée de cet acte qui a soulevé une vive émotion en France et en Israël, la plupart des candidats à l'élection présidentielle ont mis entre parenthèses la campagne, annulant des déplacements, des meetings ou des débats télévisés.

Cette décision a été saluée par le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), Richard Prasquier, qui a estimé que la France avait réagi de façon "admirable" à la tuerie.

Mais la trêve conclue entre les candidats à l'Elysée a été fragilisée mardi par certaines critiques formulées tant à l'encontre du chef de l'Etat Nicolas Sarkozy qu'envers le candidat du MoDem François Bayrou.

Après avoir assisté à une cérémonie de recueillement lundi soir dans une grande synagogue parisienne, Nicolas Sarkozy et son adversaire socialiste François Hollande se sont rendus chacun de leur côté dans un établissement scolaire pour observer une minute de silence à 11h00.

"Ça c'est passé à Toulouse, dans une école confessionnelle, avec des enfants de familles juives. Mais ça aurait pu se passer ici", a déclaré le chef de l'Etat, au milieu d'élèves dans la cour du collège public François Couperin, à Paris.

Son discours a aussitôt été dénoncé par Cécile Duflot, secrétaire nationale d'Europe Ecologie-Les Verts.

"Je pense, M. le Président, qu'on ne parle pas ainsi à des enfants. Le devoir des adultes c'est protéger, pas angoisser", écrit-elle sur Twitter.

Le député socialiste de l'Ardèche Olivier Dussopt a appelé pour sa part, également sur Twitter, à "veiller à ce que les hommages ne soient pas des traumatismes (...) surtout pour les plus petits. Et sans récupération".

"INDÉCENTE"

Le centriste François Bayrou, le candidat du Front de gauche Jean-Luc Mélenchon et celle de Lutte ouvrière Nathalie Arthaud ont annoncé qu'ils maintiendraient pour leur part leur agenda.

Selon son équipe de campagne, Jean-Luc Mélenchon a indiqué mardi que poursuivre la campagne présidentielle était "un acte de résistance morale, intellectuelle et affective".

Même son de cloche à Lutte ouvrière, où Nathalie Arthaud rejette toute idée d'union nationale.

"Je trouve indécente l'instrumentalisation politique de ces actes, et en particulier les appels à l'union nationale", écrit la candidate à l'élection présidentielle dans un communiqué. "Ma compassion et ma solidarité à l'égard des proches des victimes ne créent pour autant aucune 'solidarité nationale' avec Marine Le Pen, Sarkozy, Guéant et bien d'autres."

François Bayrou, qui a maintenu lundi soir un meeting prévu à Grenoble, a déclaré que la tuerie de Toulouse "s'enracin(ait) dans l'état d'une société".

"Dans la société française ce type d'atteintes, d'actes se multiplient", a-t-il dit à cette occasion. "Il y a un degré de violence et de stigmatisation dans la société française qui est en train de grandir, c'est inacceptable".

"NE PAS AJOUTER L'IGNOBLE À L'HORRIBLE"

Interrogé sur ces déclarations, Alain Juppé, a estimé sur France 2 qu'il ne fallait pas ajouter "l'ignoble à l'horrible".

"Ce qu'il y a de bien dans la classe politique française c'est que, jusqu'à aujourd'hui, elle a réagi avec dignité et dans un esprit d'union nationale. Alors n'ajoutons pas l'ignoble à l'horrible", a dit mardi le ministre des Affaires étrangères.

"N'essayons pas de tirer parti dans un sens ou dans l'autre, dans quelque direction que ce soit, de ce drame qui n'a rien à voir avec la campagne électorale naturellement."

Au PS, François Hollande a prôné "l'union de tous les Français face à l'agression" et a mis en garde contre toute récupération politique.

"Il n'y a pas de place, pas d'espace pour le doute, pour la suspicion. Nous devons être tous unis. Il n'y a pas si souvent des causes qui peuvent nous rassembler à ce point", a déclaré le candidat du PS à l'Elysée sur RMC et BFM-TV.

"Lorsqu'il y a une agression, une horreur, un acte raciste antisémite, nous devons tous être rassemblés", a-t-il ajouté.

Son grand meeting prévu mardi soir à Rennes a été annulé, indique l'équipe de campagne du candidat, qui précise qu'une visite à Carmaux (Tarn), la ville de Jean Jaurès, un temps envisagée pour mercredi, ne devrait finalement pas avoir lieu.

François Hollande se rendra à Montauban ce même jour pour assister aux obsèques de militaires tués la semaine dernière.

Marine Pennetier, avec le service France, édité par Yves Clarisse

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