L'Union européenne étale ses divisions sur la Turquie

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    par Gabriela Baczynska 
    BRUXELLES, 14 novembre (Reuters) - L'Union européenne a 
étalé lundi ses divisions sur la Turquie et les purges 
effectuées par le président Recep Tayyip Erdogan, l'Autriche 
appelant ses partenaires à rompre les négociations d'adhésion 
avec Ankara contre l'avis du Royaume-Uni, favorable au maintien 
de liens étroits avec le pays musulman. 
    Dans un discours prononcé à Ankara au moment même où se 
réunissaient à Bruxelles les chefs de la diplomatie des 
Vingt-Huit, Recep Tayyip Erdogan a dit envisager de soumettre 
l'an prochain à référendum la question de l'adhésion à l'UE. Il 
n'a pas exclu de consulter également les électeurs sur un 
éventuel rétablissement de la peine de mort.   
    La Turquie a suspendu, limogé ou arrêté plus de 110.000 
personnes depuis le coup d'Etat manqué du 15 juillet imputé aux 
partisans du prédicateur turc installé aux Etats-Unis Fethullah 
Gülen.  
    "Je ne suis pas pour la poursuite des négociations 
d'adhésion et je suis convaincu que cette Turquie-là n'a pas sa 
place dans l'Union européenne", a déclaré le ministre autrichien 
des Affaires étrangères, Sebastian Kurz, à son arrivée à 
Bruxelles. 
    Le secrétaire au Foreign Office Boris Johnson, partisan de 
la sortie du Royaume-Uni de l'UE, a pris le contrepied de son 
homologue autrichien en refusant les "réactions excessives 
contraires à nos intérêts collectifs".  
     
    "PAS LE MOMENT D'AGGRAVER LES CHOSES" 
    En dépit d'attaques contre les droits de l'homme et la 
liberté de la presse que l'UE juge "préoccupantes", le Bloc a 
besoin d'Ankara pour freiner les arrivées de migrants et 
réfugiés sur son territoire.  
    L'accord conclu en mars dernier par la Turquie et l'UE, bien 
que dénoncé par les organisations humanitaires, a largement 
réduit le flux des migrants transitant par la Grèce.  
    Si le Luxembourg partage la position autrichienne, les poids 
lourds allemand et français estiment qu'une rupture des 
négociations avec Ankara ferait plus de mal que de bien.  
    "Nous ne sommes absolument pas en vue de cette étape (de 
rompre les négociations)", note un diplomate. "Ce n'est pas le 
moment d'aggraver les choses, de les heurter. C'est vraiment à 
la Turquie de décider si elle veut poursuivre ou non son 
rapprochement avec l'UE." 
    Des diplomates ont déclaré que Boris Johnson s'était 
prononcé pendant la réunion pour l'établissement d'une relation 
transactionnelle avec Ankara. Ils en ont déduit que les droits 
de l'homme n'avaient à ses yeux qu'une importance secondaire.  
    Federica Mogherini, la haute représentante de l'UE pour les 
affaires étrangères, a répondu que le dossier de candidature de 
la Turquie serait automatiquement annulé en cas de 
rétablissement de la peine capitale, ont ajouté ces diplomates, 
y voyant la volonté de Londres d'accorder la priorité aux 
affaires, quelle que soit la situation des droits de l'homme. 
    "C'est la nouvelle réalité post-Brexit et Londres ne peut 
être que conforté dans cette posture par l'élection de Donald 
Trump aux Etats-Unis", a déclaré un diplomate. "C'est une 
attaque contre les valeurs européennes." 
 
 (Jean-Stéphane Brosse pour le service français) 
 
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