L'Union européenne en opération reconquête "post-Brexit"

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    * Toujours pas de calendrier sur la sortie du Royaume-Uni 
    * Merkel dit vouloir calmer les inquiétudes des Européens 
    * Des projets concrets pour relancer le projet européen 
    * Le "plan Juncker" porté à 500 milliards d'euros 
 
 (Actualisé avec Tusk à Bratislava) 
    par Elizabeth Pineau 
    PARIS/BRATISLAVA, 15 septembre (Reuters) - L'Union 
européenne tentera vendredi à Bratislava de dynamiser par des 
projets concrets une entreprise menacée par un calendrier 
électoral surchargé, la montée des populismes et le départ 
annoncé du Royaume-Uni, qui reste à concrétiser. 
    L'agenda adopté dans la capitale slovaque par les 
Vingt-Sept, réunis sans leur partenaire britannique, comprendra 
notamment le doublement du plan d'investissement Juncker et sera 
ensuite déroulé jusqu'au 60e anniversaire du traité de Rome 
fondateur de la Communauté européenne, en mars 2017. 
    Sécurité, défense, croissance et jeunesse sont les 
priorités, pas vraiment nouvelles, décrétées après le coup de 
tonnerre du référendum britannique du 23 juin et préparées 
notamment par le couple franco-allemand. 
    Pour l'Union européenne, un impératif : passer à la vitesse 
supérieure et reconquérir l'opinion sous peine de dislocation.  
    "Nous souhaitons que les inquiétudes de nos populations 
soient apaisées et que l'Europe soit à nouveau synonyme d'espoir 
et d'avenir", a déclaré jeudi Angela Merkel à propos du "plan de 
Bratislava" lors d'une rencontre à Paris avec François Hollande. 
    "Nous ne voulons laisser personne au bord du chemin", a dit 
la chancelière allemande, se disant persuadée que les autres 
Etats membres s'associeraient aux propositions de Berlin, de 
Paris et de la Commission européenne. 
    "Il existe une véritable volonté d'avancer." 
     A son arrivée à Bratislava, le président du Conseil 
européen, Donald Tusk, a plaidé pour "une évaluation sobre et 
franchement honnête de la situation".  
    "Ce dont nous avons besoin aujourd'hui, c'est d'un scénario 
optimiste pour l'avenir", a-t-il dit. "Je n'ai aucun doute là 
dessus, mais cela demande un diagnostic réaliste des causes du 
'Brexit' et de ses conséquences politiques pour toute l'Europe." 
   
    Un grand flou demeure pourtant sur les intentions du 
Royaume-Uni, dont la première ministre, Theresa May, demande du 
temps, tandis que l'ancien Premier ministre belge Guy 
Verhofstadt, qui négociera pour le Parlement européen dans ce 
dossier, veut boucler la négociation d'ici les élections 
européennes de 2019, comme la plupart des capitales, dont Paris. 
    Avant toute discussion, Londres doit activer l'article 50 du 
traité européen relatif à la sortie d'un pays de l'UE, un geste 
que le royaume ne devrait pas poser avant fin 2016.   
    "Theresa May dit 'Brexit is Brexit' mais il n'y a rien 
derrière", s'agace un haut diplomate français. "C'est 
préjudiciable à tout le monde, cette incertitude. Il faut garder 
la cohésion des 27 pour faire pression sur Londres."    
     
    RÉFÉRENDUM EN HONGRIE  
    Le brûlant dossier britannique ajoute à l'anxiété générale : 
l'Espagne n'a toujours pas de gouvernement, l'Italie se prononce 
cet automne sur la réforme constitutionnelle voulue par son 
président du Conseil, Matteo Renzi, l'Autriche revote le 4 
décembre après l'invalidation du scrutin présidentiel de mai 
perdu de justesse par l'extrême droite, des élections majeures 
sont prévues en France et en Allemagne en 2017.  
    A court terme, les yeux se tournent vers la Hongrie, qui 
organise le 2 octobre un référendum à haut risque sur l'accueil 
des réfugiés arrivés dans d'autres pays de l'UE. 
    Le ton monte : face au cavalier seul du Premier ministre 
Viktor Orban, le chef de la diplomatie luxembourgeoise, Jean 
Asselborn, a demandé l'exclusion de la Hongrie de l'UE du fait 
de sa politique migratoire.  
     "La situation est sérieuse. L'Europe doit présenter une 
perspective", résume un haut diplomate français à propos de ces 
crises politiques dans une Europe qui peine à retrouver une 
croissance solide, sur fond de menace terroriste.  
    Depuis la fin juin, le couple franco-allemand, auquel est 
associé l'Italie, autre pays fondateur de l'Union, fait montre 
d'une unité synonyme de solidité en ces temps troublés.  
    François Hollande et Angela Merkel ont accéléré leurs 
rencontres. Avant celle de jeudi à l'Elysée, ils s'étaient déjà 
vus près de Naples le 22 août puis à Evian le 2 septembre. 
     
    APPROFONDIR LA DÉFENSE EUROPÉENNE   
    Le président de la Commission européenne, Jean-Claude 
Juncker, a annoncé mercredi le doublement de son plan 
d'investissement de 315 milliards d'euros qu'il avait lancé en 
2014 pour relancer la croissance en Europe.   
    Le plan, qui devait s'achever en 2017, sera prolongé 
jusqu'en 2023, a-t-il dit lors de son "discours sur l'état de 
l'Union" prononcé à Strasbourg. 
    Le mécanisme qui repose sur des investissements privés 
garantis par des fonds européens, aura une capacité de 
mobilisation de "500 milliards d'euros à l'horizon 2020" et même 
"630 milliards dès 2022", a dit Jean-Claude Juncker. 
    Il a également proposé mercredi de permettre aux 
consommateurs de téléphoner partout dans l'Union sans surcharge 
tarifaire, d'installer des accès à internet sans fil gratuits 
dans la plupart des villes et villages du continent, et de 
déployer la 5G, initiatives concrètes.     
     La firme américaine Apple vient d'être condamnée par la 
Commission à rembourser à l'Irlande 13 milliards d'euros au 
titre de l'impôt sur les bénéfices, une manière de contrer les 
accusations de collusion avec la finance. 
    Pour les jeunes, principales victimes du chômage en Europe, 
les Vingt-Sept prévoient d'élargir aux collégiens, lycéens ou 
apprentis le programme Erasmus d'échanges d'étudiants. 
     Au chapitre sécuritaire, le corps européen de 
garde-frontières et de garde-côtes décidé il y a un an devrait 
voir le jour avant la fin de l'année. 
    Dans un contexte d'instabilité mondiale, une réflexion plus 
large sur la défense européenne est aussi en cours pour faire 
avancer une idée longtemps ralentie par les Britanniques. 
    Dans un texte commun publié cette semaine, les ministres de 
la Défense français et allemand, Jean-Yves Le Drian et Ursula 
von der Leyen prônent un renforcement des capacités "pour 
protéger efficacement les citoyens et les frontières."  
    La création d'un quartier général à Bruxelles est envisagé.  
 
 (Avec Alastair Macdonald, Yves Clarisse, Gilbert Reilhac et 
Jean-Baptiste Vey, édité par Yves Clarisse) 
 
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