L'UMP, sous tension, engage sa refondation

le
0
L'UMP, sous tension, engage sa refondation
L'UMP, sous tension, engage sa refondation

PARIS (Reuters) - L'UMP s'efforcera de tirer les leçons de son double désaveu électoral en engageant une réflexion sur ses "valeurs" durant l'été, avant d'entrer dans le vif du combat pour sa présidence, a annoncé mercredi Jean-François Copé.

Le parti de l'ex-président Nicolas Sarkozy tente de donner le change en affichant son unité deux jours après la défaite des législatives, marquées par un débat sur les liens entre la droite parlementaire et l'extrême droite, mais le bureau politique qui s'est tenu mercredi a mis en relief ses fractures.

La réunion, selon plusieurs participants, a été marquée par une charge virulente de Nadine Morano, battue dimanche en Meurthe-et-Moselle, contre François Fillon, facilement élu à Paris, qu'elle a accusé de "trahison".

L'ancien Premier ministre est le rival numéro un de Jean-François Copé pour la direction du parti.

L'ex-ministre de l'Apprentissage tient rigueur à François Fillon de l'avoir désavouée après qu'elle eut été piégée vendredi dernier par un canular téléphonique de l'humoriste Gérald Dahan, qui s'était fait passer pour le numéro deux du Front national, Louis Aliot.

"Pendant que certains paradaient dans des champs de pâquerettes, moi j'étais sur un champ de mines!", a-t-elle lancé, selon des propos rapportés par plusieurs participants.

Nadine Morano s'est attiré les critiques de responsables du parti pour avoir ouvertement sollicité les électeurs du FN dans l'entre-deux-tours et revendiqué une communauté de valeurs avec l'extrême droite, tout comme le député de Gironde Jean-Paul Garraud, désavoué pour sa part par Alain Juppé.

Jean-Paul Garraud s'est également exprimé durant le bureau politique.

FILLON S'EXPLIQUE

Un participant a regretté que Nadine Morano n'ait pas formulé une forme d'autocritique durant son intervention, qui a duré "une vingtaine de minutes", mais plusieurs participants ont précisé qu'elle avait été applaudie à la fin de son propos.

"Elle était à l'avant-dernier rang de l'hémicycle, Fillon au premier rang. Il a regardé droit devant lui durant toute l'intervention. Quand Garraud a interpellé Juppé, celui-ci s'est retourné vers lui, les yeux dans les yeux", a raconté un autre participant.

François Fillon a pris la parole plus tard pour expliquer sa position et souligner qu'il était conscient d'avoir pu "blesser certains", ont rapporté des participants. Son souci, a-t-il expliqué, était de ne pas outrepasser la ligne à laquelle il s'était tenu durant la campagne législative.

A savoir un ralliement, au nom de l'unité, à la stratégie du "ni ni" (ni soutien au Front national, ni soutien à la gauche), dont il s'était affranchi aux cantonales de 2011.

L'ancien Premier ministre, qui était venu soutenir Nadine Morano à Toul avant le second tour, l'avait critiquée via Twitter deux jours après en déclarant qu'"on ne parle pas aux dirigeants du FN". Durant le canular téléphonique, l'ex-ministre disait trouver "beaucoup de talent" à Marine Le Pen.

François Fillon a également été critiqué pour la circonspection avec laquelle l'exécutif avait accueilli en avril 2010 une proposition de loi d'Eric Ciotti, signée par plus de 200 députés, prévoyant une modification du code électoral afin de mettre un terme aux triangulaires souvent fatales à la droite, ont dit des participants.

GROUPE DE TRAVAIL

Plusieurs responsables de l'UMP ont réclamé une clarification et une réflexion sur "les valeurs" après la défaite sans appel des élections législatives, où le parti a perdu plus de cent sièges à l'Assemblée.

Tout en se défendant d'engager l'inventaire des années Sarkozy, ils ont contesté le tournant de la "droitisation" amorcé par l'ex-président dès le discours de Grenoble, en 2010, et éprouvé sans succès auprès de l'électorat du FN durant la campagne présidentielle.

D'Alain Juppé à Jean-Pierre Raffarin, en passant par François Baroin ou Nathalie Kosciusko-Morizet, la stratégie du "ni ni" qui a officialisé aux législatives le renoncement au "front républicain", est mise en cause.

Une ligne suffisamment ambiguë pour, selon eux, mener à des transgressions idéologiques comme celles de Nadine Morano ou Jean-Paul Garraud.

"D'ici au 20 juillet - la fin des travaux parlementaires -, je vais animer un groupe de travail qui visera à élaborer les points qui nous rassemblent", a précisé Jean-François Copé lors d'un point de presse.

"Il faut que les uns et les autres ne craignent pas d'exprimer leur différence", a toutefois souligné le secrétaire général, qui récuse le débat sur la "droitisation".

Les différentes sensibilités de l'UMP, de La Droite populaire aux "humanistes", pourront alors s'incarner lors du congrès de novembre destiné à désigner le président du parti, a-t-il estimé. Une litote pour annoncer les hostilités à venir.

Sophie Louet

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant