L'UMP prise de schizophrénie sur l'Europe

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LES EUROPÉENNES RAVIVENT LES FRICTIONS AU SEIN DE L'UMP
LES EUROPÉENNES RAVIVENT LES FRICTIONS AU SEIN DE L'UMP

par Sophie Louet

PARIS (Reuters) - La perspective des élections européennes a ravivé les frictions au sein de l'UMP qui, sans renouer avec les guerres du RPR entre européistes et "nonistes", replonge dans les affres de règlements de comptes à la mesure des ambitions pour 2017.

Le Front national, qui devance le premier parti d'opposition dans plusieurs enquêtes sur les intentions de vote pour le scrutin du 25 mai, y voit une aubaine.

"La cacophonie s?installe désormais ouvertement au sein d?une formation politique gravement affaiblie par le fardeau des dissensions idéologiques, dans laquelle cohabitent avec peine les europhiles patentés, les eurosceptiques de circonstance et les souverainistes sincères", estime Karim Ouchikh, l'un des conseillers politiques de Marine Le Pen.

Le président de l'UMP Jean-François Copé, qui s'est employé avec difficulté à arbitrer la composition des listes et à dégager une ligne programmatique sous le slogan "Pour la France, agir en Europe", fait valoir que 95% des cadres du mouvement ont validé le projet: "L'UMP n'est pas divisée, ce n'est pas vrai."

"L?UMP a un projet résolument européen, sur un sujet qui, il y a 20 ans, divisait profondément le RPR", assure Alain Lamassoure, tête de liste UMP pour l'Ile-de-France.

"Le sujet de l?Europe reste une grave fracture au PS depuis 2005, alors que le débat 'oui'-'non' a été tranché à l?UMP en faveur du 'oui'", ajoute-t-il.

L'arrêt d'un élargissement "sans fin", la réforme de Schengen, le refus d'une immigration "subie", la redéfinition du principe de subsidiarité, le développement des droits anti-dumping sont, entre autres, des points de relatif consensus.

Parachuté du Sud-Ouest en Ile-de-France, Alain Lamassoure, ancien ministre des Affaires européennes et du Budget, figure de "l'européiste", élu au Parlement de Strasbourg depuis 1989, s'attendait à une immersion mouvementée dans la "jungle", mais pas à ce point.

Henri Guaino, avec lequel les relations non jamais été amènes, a pris pour cible l'eurodéputé comme le symbole des dérives européennes et annoncé qu'il ne voterait pas pour lui.

LE "SEXE DE l'EUROPE"

Alain Juppé, choqué, a demandé son exclusion, Jean-François Copé déplore une fronde individuelle "humainement pas bien", François Fillon juge qu'il "a tort" mais se "garde bien de donner des leçons", Laurent Wauquiez le juge "courageux".

L'ancien conseiller spécial de Nicolas Sarkozy, qui ranima la flamme souverainiste aux côtés de Philippe Séguin contre le traité de Maastricht de 1992, se veut l'incarnation de la droite gaulliste, avocat d'une Europe intergouvernementale.

"Prenons garde à ce que le rêve fédéraliste ne tourne pas au cauchemar", prévient-il dans Le Figaro.

Pour Alain Lamassoure, "les divergences sur le 'sexe de l'Europe' (souverainistes contre fédéralistes) sont dépassées."

"La grande différence est qu'au début des années 1990, les 'euro-dissidents' du RPR avaient une sorte de virginité, ils refusaient une évolution qui n'avait pas encore eu lieu, aujourd'hui, les 'euro-frondeurs' ont eux-mêmes accepté d'avaliser ce système", note sur Atlantico Christophe Bouillaud, professeur à l'Institut d'études politiques de Grenoble.

Nicolas Sarkozy a de fait signé le Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG) quand Henri Guaino le conseillait et Laurent Wauquiez, aujourd'hui pourfendeur de l'Europe, fut son ministre aux Affaires européennes.

Accusé de "faire du Le Pen" au sein de sa famille politique, le député de Haute-Loire a voulu faire "exploser" le débat (son dernier livre s'intitule "Europe, il faut tout changer") en hasardant une synthèse entre Jean Monnet et Philippe Séguin.

"Je suis Européen, mais je refuse de continuer à être silencieux sur ses dérives", plaide-t-il.

WAUQUIEZ ET BERTRAND, DU MARKETING?

Cet "eurolucide" propose notamment de réorganiser l'UE autour d'un noyau dur de six pays (France, Allemagne, Belgique, Pays-Bas, Italie, Espagne), excluant le Luxembourg au motif que c'est "un paradis fiscal", "un pays très artificiel".

Michel Barnier, commissaire européen au Marché intérieur, est furieux: "L'Europe des Six, ça ne veut rien dire! Certains arguments sont populistes, mais ça ne sert à rien de courir derrière les populistes, parce qu'ils courent toujours plus vite que vous".

L'europhile mais pas "eurobéat" François Baroin estime que l'UMP ne peut pas être "un Prisunic où tout le monde va trouver des raisons de venir, d'acheter et de faire ses courses".

Pour couper court à cette cacophonie, où chacun dit "tout et son contraire", l'ancien ministre des Finances est de ceux qui appellent Nicolas Sarkozy à s'exprimer sur l'Europe.

Xavier Bertrand, qui conteste lui la prééminence de l'axe franco-allemand, est aussi dans le collimateur.

Le politologue Thomas Guénolé voit dans ces discordances plus un positionnement tactique qu'un débat idéologique.

"A l?origine, Laurent Wauquiez est de centre-droit, type UDF, et Xavier Bertrand est de droite libérale. Donc, repasser à l?Europe des Six pour l?un, et dénoncer le 'traité Merkozy' de politiques d?austérité pour l?autre, c?est probablement du marketing de différenciation pour exister en vue de la primaire présidentielle à l?UMP", juge-t-il.

De fait, les lendemains de l'élection européenne, qu'ils soient glorieux ou funestes, devraient décider de la suite des hostilités pour la présidentielle.

Des cadres de l'UMP redoutent une implosion, maintes fois évoquée, du parti, d'autant que "l'affaire Bygmalion", des soupçons de surfacturation à l'encontre de Jean-François Copé, commence à sérieusement agiter la formation.

(Avec Yves Clarisse)

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  • M4841131 le lundi 19 mai 2014 à 18:12

    Michel Barnier, commissaire européen au Marché intérieur, est furieux: "L'Europe des Six, ça ne veut rien dire ====>> et la France avec 30% d africains çà veut dire quoi, du.kon

  • M601364 le lundi 19 mai 2014 à 18:11

    C'est la boue complète ,la panique !!!!!!!!!!

  • mlemonn4 le lundi 19 mai 2014 à 17:58

    Pas de vote, cela ne sert à rien; ils continueront comme en France; on voit année après année les piteux résultats de cette politique européenne qui n'est qu'un sabordage organisé de l'économie européenne; pas étonnant avec les élites de Goldman Saachs dans les sphères européennes; Divisons par 100 le nombre de ben oui oui de politiques et fonctionnaires dans les instances, cela ira mieux.le rêve européen n'est qu'une tromperie tant que nous aurons des politiques affairistes à notre bord;

  • M8603854 le lundi 19 mai 2014 à 17:13

    Un vote normal...blanc????

  • lorant21 le lundi 19 mai 2014 à 17:06

    Bon, et bien, on votera pour els plus européens: l'UDI.

  • marcsim5 le lundi 19 mai 2014 à 16:55

    Depuis le 1er avril 2014, le vote blanc est comptabilisé (loi du 21 février 2014) : " Les bulletins blancs sont décomptés séparément et annexés au procès-verbal. Il en est fait spécialement mention dans les résultats des scrutins. Une enveloppe ne contenant aucun bulletin est assimilée à un bulletin blanc......A cet égard, les prochaines élections européennes seront une première.....

  • M2496916 le lundi 19 mai 2014 à 16:54

    Enfin !! l'implosion que j'attends depuis les présidentielles arrivera après les européennes c'est sur.