L'UMP prend le risque de se déchirer sur l'immigration

le
7
L'UMP PREND LE RISQUE DE SE DÉCHIRER SUR L'IMMIGRATION
L'UMP PREND LE RISQUE DE SE DÉCHIRER SUR L'IMMIGRATION

PARIS (Reuters) - En voulant pousser la gauche dans ses retranchements sur la question de l'immigration, Jean-François Copé a rouvert la fracture idéologique au sein de l'UMP où certains s'inquiètent d'une course mortifère aux idées du Front national.

Soucieux de capitaliser sur "l'affaire" Leonarda, du nom de la jeune fille rom d'origine kosovare expulsée de France, le président de l'UMP entend relancer le débat sur les politiques migratoires à l'échelle de la France et de l'Europe avant les rendez-vous électoraux de 2014 en écornant le droit du sol.

Face à la pression du Front national, il fait valoir les attentes de l'électorat de la droite républicaine en la matière, estimant que seule l'UMP "peut apporter une solution" en réécrivant la politique d'immigration.

Une refonte qui passerait non seulement par la fin de l'automaticité de l'acquisition de la nationalité française pour les enfants nés en France de parents étrangers en situation irrégulière, mais aussi par l'exclusion des pays "passoires" de l'espace Schengen et une réflexion sur "l'attractivité sociale" de la France auprès des immigrés.

Une proposition en rupture avec le discours de Nicolas Sarkozy, qui a toujours défendu le droit du sol "même quand ça peut nous poser des problèmes".

"J'entends depuis hier que l'UMP courrait après le Front national : l'UMP, elle fait comme toutes les grandes formations politiques dans les pays développés, elle réfléchit à ce qui est le sujet majeur du XXIe siècle", a plaidé mercredi le vice-président de l'UMP, Luc Chatel, sur France Info.

REVENIR À LA LOI PASQUA?

Dans leur essai "FN et UMP : électorats en fusion", Jérôme Fourquet et Marie Gariazzo, de l'Ifop, relèvent que les thématiques migratoires et sécuritaires "ont connu une progression continue et abouti à un phénomène de crispation important" chez les sympathisants de l'UMP de 2006 à 2013.

En avril 2006, 62% d'entre eux approuvaient l'idée selon laquelle "il y a trop d'immigrés en France", ils sont aujourd'hui 87% à le penser.

Les contours de la proposition de loi qu'a annoncée mardi Jean-François Copé restent à établir, mais Christian Jacob, chef de file des députés UMP, a déclaré mercredi sur Radio Classique et LCI que "spontanément, le système des lois Pasqua convient bien". Le texte devrait être prêt au printemps.

La loi Pasqua d'août 1993, du nom de l'ancien ministre chiraquien de l'Intérieur, soumettait l'obtention de la nationalité française, à sa majorité, pour un mineur né en France de parents étrangers dotés d'une carte de séjour, à une déclaration préalable effectuée entre 16 et 21 ans.

Ce principe dit de la "manifestation de volonté" a été supprimé par la loi Guigou de mars 1998.

Jean-François Copé assure ne pas vouloir remettre en cause le droit du sol, un "totem" républicain qui fait la singularité de la France en Europe, et nie tout télescopage idéologique avec le FN, reproche récurrent à gauche et dans son camp.

L'abolition du droit du sol est une proposition historique du Front national et Marine Le Pen a dénoncé mercredi "une manoeuvre électoraliste et politicienne" de l'UMP.

Le directeur de cabinet de Jean-François Copé fait valoir la "situation nouvelle" créée par la circulaire Valls de novembre 2012 sur les conditions de régularisation en France.

"Il ne s'agit pas de revenir sur le statut des personnes qui respectent la loi sur le territoire français, il s'agit de revenir sur une situation qui devient ubuesque, c'est-à-dire que quelqu'un qui a un enfant sur le territoire français se retrouve immédiatement inexpulsable", dit Jérôme Lavrilleux.

DÉBAT INTERNE SUR L'IDENTITÉ DE l'UMP

Pour les députés socialistes de "La Gauche forte", Jean-François Copé érode "progressivement les frontières idéologiques et politiques entre l'UMP et le FN".

Au sein même de l'UMP, l'aile centriste s'alarme de la prééminence des courants "à droite toute" de La Droite forte et de La Droite populaire, qui militent depuis plusieurs années pour une réforme de l'accès à la nationalité.

L'ancien Premier ministre François Fillon, lui-même, prône dans ses "35 propositions pour la France" la "fin de l'automaticité de l'acquisition de la nationalité pour les enfants nés en France de parents étrangers". "Il faut que la naturalisation procède d'une manifestation de la volonté".

Quant aux sarkozystes, certains, comme Brice Hortefeux, rejoignent Jean-François Copé ou prônent, tel Guillaume Peltier, "un droit du choix".

L'idée d'une proposition de loi a été entérinée à l'unanimité mardi en comité politique, mais des voix discordantes se sont élevées mercredi lors de la réunion du bureau politique de l'UMP, notamment celle, rare, de l'ancien ministre chiraquien Jacques Toubon qui a estimé qu'empiéter sur le terrain du FN ne servait que ce parti. Il a ainsi imputé l'inflation des triangulaires en 1997 au débat sur l'immigration à droite à l'époque, selon des participants.

L'ancien ministre Bruno Le Maire a mis en garde contre un débat "qui n'est pas le bon", qui "va nous diviser". Il a souhaité sur i>Télé que les sujets d'immigration soient triés "par ordre d'importance", avec une priorité donnée à la restriction du regroupement familial.

Le député UMP Henri Guaino, ancien conseiller spécial de Nicolas Sarkozy, a jugé sur BFM TV qu'"un sujet aussi grave" méritait "autre chose qu'une proposition de loi" mais a concédé qu'une consultation pourrait s'imposer sur la nécessité de "poser des limites raisonnables" au droit du sol, "une bonne barrière à un certain nombre de dérives".

Pour l'ancien ministre Patrick Devedjian, qui défend le droit du sol comme "un fondement du Pacte républicain", le débat lancé par Jean-François Copé "n'est pas une bonne chose". "Ce n'est pas une bonne chose de placer le Front national dans tous les débats politiques", dit-il au Figaro.

Sophie Louet avec Service France, édité par Yves Clarisse

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.

Avertissement

Une erreur est survenue, merci de re-essayer ultérieurement.