L'UMP face au vertige de "l'inventaire"

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L'UMP face au vertige de "l'inventaire"
L'UMP face au vertige de "l'inventaire"

par Sophie Louet

PARIS (Reuters) - L'UMP, qui inaugure mardi à l'Assemblée son rôle de premier opposant de France, continue de se déchirer sur les racines de la défaite, une autocritique que d'ex-ministres souhaitent pousser jusqu'au "travail d'inventaire" contre l'avis des dirigeants du parti.

Nathalie Kosciusko-Morizet, qui fut la porte-parole de campagne de Nicolas Sarkozy, et Roselyne Bachelot, auteur d'un livre sans concession sur la stratégie électorale de l'ex-président et son entourage ("A feu et à sang"), réclament un débat sans tabou sur la "droitisation", une clarification nécessaire à leurs yeux pour espérer revenir au pouvoir en 2017.

Elles ont reçu lundi le soutien de l'ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin, représentant des "humanistes" de l'UMP, qui a lui aussi lâché le mot tabou "d'inventaire". "Il faut aller au fond des choses", a-t-il dit au "Talk" Orange-Le Figaro, deux semaines après l'échec des législatives.

"Inventaire". Associé à l'histoire de la gauche, lorsque Lionel Jospin invoqua en 1995 "un droit d'inventaire" sur les deux septennats de François Mitterrand, le mot rebute à droite.

"Je suis terrorisée à l'idée qu'on puisse ne pas faire ce travail", a souligné lundi Roselyne Bachelot sur Radio Classique et Public Sénat. "Il y a des voix - au nom d'affections que je peux comprendre - qui disent : surtout il faut mettre la poussière sous le tapis", a-t-elle déploré.

COPÉ STUPÉFAIT

La veille, Nathalie Kosciusko-Morizet accusait Patrick Buisson, le conseiller de Nicolas Sarkozy, d'avoir voulu faire gagner "Charles Maurras", théoricien de l'extrême droite et soutien du régime de Vichy, plutôt que le président sortant.

"Je pense que cette ligne idéologique n'était pas bonne sur le fond, je ne la partage pas, et puis elle a été finalement une erreur sur le résultat", a insisté lundi Roselyne Bachelot.

Les critiques internes n'ont pas tardé.

Le secrétaire général de l'UMP, Jean-François Copé, s'est dit "stupéfait" et "troublé". "Quand je vois un certain nombre de personnalités qui ont été ministres de Nicolas Sarkozy, ont eu une très grande proximité avec lui, les entendre dire des choses à l'opposé de ce qu'elles ont fait, ce qu'elles ont dit, ça me stupéfie un petit peu", a-t-il dit sur Europe 1.

Le député-maire de Meaux, qui garde la haute main sur l'appareil du parti, récuse "inventaire" et "leçons de morale".

Il a adressé une lettre en ce sens aux militants vendredi dernier, alors que le groupe de travail sur les "valeurs" créé à son initiative se réunit pour la première fois mardi à l'Assemblée.

"Il ne s'agit pas de définir dès aujourd'hui un programme électoral - cela n'aurait pas de sens", écrit-il. "Il ne s'agit pas non plus de dresser un inventaire du quinquennat passé - nous en sommes tous comptables et solidaires, et nous sommes tous fiers des réformes conduites par Nicolas Sarkozy".

LES "DEUX DROITES"

D'ex-ministres, qui mettent en garde contre "déballage" et "défouloir", ont joint lundi leurs voix à la sienne.

Ainsi Valérie Pécresse, qui a rallié François Fillon, a-t-elle désapprouvé Nathalie Kosciusko-Morizet : "Je crois que Patrick Buisson a fait gagner Nicolas Sarkozy en 2007 et il a mis toute son énergie à essayer de lui faire gagner à nouveau les élections en 2012", a-t-elle dit sur Europe 1.

Benoist Apparu, proche d'Alain Juppé, a rappelé sur LCI que la ligne électorale choisie par Nicolas Sarkozy avait été "validée" et "assumée" par tous. "Il faut évidemment prendre du recul par rapport à cette campagne pour analyser où nous avons péché", a concédé le député de la Marne.

Brice Hortefeux, ami de Nicolas Sarkozy, s'est dit pour sa part "contre" l'inventaire. "Parce que l'inventaire, c'est le passé. Le droit d'inventer, je suis pour. Parce que ça, c'est pour l'avenir", a-t-il jugé dimanche soir sur BFM TV-RMC Info.

"Si la droite républicaine est forte, le Front national deviendra faible. Il faut donc que la droite républicaine soit forte de ses valeurs, forte de ses convictions, forte de sa présence, forte de son message", a-t-il souligné.

Un haut responsable du parti estime que l'avenir du mouvement se jouera entre "deux droites" : un gaullisme à la croisée du "pompidolisme" et du gaullisme social et une droite "autoritaire". "Les trois droites de René Rémond (légitimiste, orléaniste, bonapartiste, NDLR) n'existent plus, ce sera la ligne Fillon ou la ligne Copé", estime-t-il.

Le groupe de travail sur les "valeurs" de l'UMP doit rendre ses conclusions fin juillet avant la campagne pour la présidence du parti qui mettra aux prises Jean-François Copé et François Fillon.

édité par Patrick Vignal

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