L'UMP entre reconstruction et opposition "constructive"

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L'UMP entre reconstruction et opposition "constructive"
L'UMP entre reconstruction et opposition "constructive"

PARIS (Reuters) - Après dix années au pouvoir, la droite française a entamé mardi sa cure d'opposition au Parlement tout en s'attelant à sa reconstruction.

Les 194 députés de l'UMP, dont les principaux rivaux pour la présidence du parti, l'ancien Premier ministre François Fillon et le secrétaire général, Jean-François Copé, siègent désormais dans le camp des vaincus avec la volonté d'opposer un front uni à la politique du gouvernement Ayrault alors même que l'après-défaite tourne au règlement de comptes.

Difficile, dans ce climat, de "marcher sur deux jambes" comme le souhaite Jean-François Copé, qui sait pouvoir compter à l'Assemblée sur son fidèle Christian Jacob, réélu à la présidence du groupe UMP aux dépens de Xavier Bertrand, considéré comme un proche de François Fillon.

"Marcher sur deux jambes, explique le député-maire de Meaux, c'est construire notre rôle d'opposant et mener à son terme la réflexion sur les 'valeurs'". "Il faut installer une opposition parlementaire constructive et implacable quand c'est nécessaire", a-t-il dit à des journalistes.

Bruno Le Maire, prétendant lui aussi à la direction du parti, a résumé ainsi l'enjeu sur LCI : "Nous avons un devoir d'opposition beaucoup plus qu'un devoir d'inventaire". "On nous attend sur une opposition forte".

"J'AI ÉTÉ ÉLU POUR M'OPPOSER"

Ce mot d'ordre revenait en écho mardi dans les couloirs de l'Assemblée où l'on feignait d'ignorer les tensions actuelles sur la stratégie "droitière" de Nicolas Sarkozy et les appels à l'"inventaire" de Roselyne Bachelot et Nathalie Kosciusko-Morizet.

"J'ai été élu pour m'opposer à la majorité socialiste", répétait Gérald Darmanin, élu UMP de la 10e circonscription du Nord, où le député sortant Christian Vanneste, membre de La Droite populaire et candidat dissident, a été évincé dès le premier tour. Agé de 29 ans, il est le seul élu de moins de 30 ans avec la députée FN Marion Maréchal-Le Pen.

Avant d'entrer de plain-pied dans les travaux pratiques, une majorité des députés UMP s'était de nouveau réunie mardi matin salle Colbert, rappel nostalgique de l'hégémonie passée (cette salle, réservée au groupe le plus nombreux de l'hémicycle, sera attribuée mercredi aux socialistes et à leurs alliés), pour un premier échange sur les "valeurs".

Jean-François Copé a annoncé la semaine dernière la mise en place d'un groupe de travail qui élaborera d'ici à la fin juillet une nouvelle charte des valeurs pour l'UMP. L'idée est de dégager un socle de "valeurs communes" pour faire vivre la diversité dans l'unité, un voeu pieux pour certains tant les antagonismes sont à vif depuis les élections législatives.

Le groupe, ouvert à tous les parlementaires et aux membres du bureau politique de l'UMP, se réunira dorénavant chaque jeudi jusqu'au 24 juillet. Une centaine de participants étaient présents mardi matin. Alain Juppé, Jean-Pierre Raffarin s'étaient fait excuser, François Fillon était absent, de même que Roselyne Bachelot, notamment.

ÉQUATION DE DROITE

Le sentiment majoritairement partagé qui ressortait, "c'est que l'inventaire demandé ne tourne pas à un règlement de comptes contre Nicolas Sarkozy", dit-on dans l'entourage de Jean-François Copé, où l'on assure que la "droitisation" a été peu évoquée.

Assis mardi dans l'hémicycle aux côtés du député FN du Gard Gilbert Collard, ordre alphabétique oblige, Jean-François Copé, qui a réaffirmé qu'il rejetterait "toute sa vie" la moindre alliance avec l'extrême droite, n'a pas du tout apprécié ce voisinage éphémère, immortalisé par photographes et caméramen.

"Nous sommes dans une équation où le peuple de France en 2012 est bien plus à droite, au niveau de ses valeurs et de ses attentes, que le peuple de France de 2007", estime Marc-Philippe Daubresse, secrétaire général adjoint de l'UMP, dans un entretien au JDD.fr.

"Est-ce qu'on doit centrer notre propos, comme le fait Nathalie Kosciusko-Morizet, sur 'tout sauf le FN' ? Je ne le pense pas, parce que ce n'est pas comme ça qu'on va répondre aux problèmes des Français", ajoute-t-il.

La priorité pour l'UMP est de s'attaquer aux choix économiques de l'équipe Hollande, qui vont "affaiblir et appauvrir la France", selon les termes de Bruno Le Maire. Un collectif budgétaire pour 2012 sera présenté mercredi prochain en conseil des ministres.

"Pour l'instant, on est dans le foutage de gueule", lâche-t-on à l'UMP, en évoquant les engagements de stabilité des effectifs de la fonction publique. "Quand on pense qu'ils nous ont dézingué pour le 'un sur deux' (non remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite), on ne va pas se laisser faire".

Sophie Louet, édité par Gilles Trequesser

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