L'UMP asphyxiée par le trop-plein d'ambitions

le
0
L'UMP ASPHYXIÉE PAR LES AMBITIONS PERSONNELLES
L'UMP ASPHYXIÉE PAR LES AMBITIONS PERSONNELLES

par Sophie Louet

PARIS (Reuters) - L'UMP tenait avec le dossier syrien une occasion en or de déployer sa force de frappe contre François Hollande mais "la guerre civile" pour la présidentielle de 2017 qui mine le premier parti d'opposition le condamne à l'immobilisme.

Un an et demi après la défaite de Nicolas Sarkozy, les ambitions rivales pour la primaire de 2016 prospèrent dans cette "asphyxie", pour reprendre l'expression d'un cadre UMP, qui in fine pourrait faire le jeu de l'ancien président.

"La situation n'est pas tenable, l'UMP ne fonctionne pas en tant que parti mais éclatée en trois micro-partis : celui du président Jean-François Copé, qui ne représente que lui-même, 'Force républicaine' de François Fillon - grosso modo le courant gaulliste - et 'Les Amis de Nicolas Sarkozy'", juge le politologue Thomas Guénolé.

Le débat qui s'est engagé au sein de l'UMP sur l'éventualité d'une frappe militaire en Syrie et la nécessité d'une consultation préalable du Parlement, sans recouvrir formellement ces lignes de fracture, a relancé la tectonique des plaques.

"On avait un boulevard face à Hollande, et encore une fois, ils ont tout fait capoter", déplore un parlementaire.

"Ils", ce sont les ténors du parti dont l'été fut celui de l'émancipation à l'égard de Nicolas Sarkozy, promis, au fil des hommages fielleux, à un enterrement de première classe.

CHRYSANTHÈMES

Si l'on en croit plusieurs cadres du parti, l'intervention de l'ancien président le 8 juillet devant le bureau politique de l'UMP, au plus fort de la crise financière du parti, a été un "déclic" psychologique et politique pour beaucoup.

"Son discours de candidat pour 2017, ses piques, ça a été humiliant pour tout le monde. Copé ne s'en remet pas et ça a renforcé la détermination de Fillon", témoigne un participant.

Jean-François Copé a remisé sa loyauté sans faille envers Nicolas Sarkozy pour se rallier à la mi-août aux disciples du "droit d'inventaire" en réclamant "un travail sérieux et objectif" sur le précédent quinquennat. François Fillon, l'ennemi juré, inclus.

François Fillon, "le pire des traîtres" pour Nicolas Sarkozy selon des propos rapportés par Le Monde, a rompu définitivement en fustigeant publiquement le scénario de "l'homme providentiel" que voudraient entretenir les lieutenants de l'ex-président.

Sans que les "quadras" du parti (Xavier Bertrand, Laurent Wauquiez, Bruno Le Maire, Nathalie Kosciusko-Morizet), qui comptent les coups et les points en mesurant leurs chances pour 2016, ne s'en offusquent.

"Copé et Fillon ont réalisé que si jamais ils n'essayaient pas d'urgence d'instaurer un rapport de forces avec Nicolas Sarkozy, alors la messe était déjà dite pour 2017", juge Thomas Guénolé, auteur de "Nicolas Sarkozy, chronique d'un retour impossible?".

Un élu sarkozyste s'amuse de cet "éparpillement 'façon puzzle'" qui profite selon lui à son champion. "Les militants sont bonapartistes, ils veulent un chef, Sarkozy reste le patron incontesté", dit-il. Et aucun des prétendants à la primaire de 2016 ne fait aujourd'hui figure de grand fédérateur.

"EFFET BOOMERANG"

"On n'est pas dans une compétition de rentrée politique", relativisait lundi Brice Hortefeux, président de l'association des "Amis de Nicolas Sarkozy" lors de sa deuxième réunion, désertée par les ténors à l'exception d'Alain Juppé.

Selon un sondage Ifop réalisé du 21 au 30 août, 54% des sympathisants UMP souhaitent que Nicolas Sarkozy soit le candidat du parti en 2017, loin devant François Fillon (17%) et Alain Juppé (11%).

Pour le politologue Roland Cayrol, l'offensive anti-Sarkozy, sous couvert d'"inventaire", est "une erreur stratégique" car la base n'en est pas demandeuse.

"Les Français se moquent de l'inventaire, les Français veulent de l'invention", a déclaré l'ancien ministre Christian Estrosi, qui s'est rangé derrière François Fillon.

Son ex-collègue Eric Woerth, lui aussi rallié à l'ancien Premier ministre, partage son analyse. "La gauche est décrédiblisée, mais la droite n'a pas reconquis le coeur des Français. Ce n'est pas avec des postures mais avec des propositions qu'on réussira".

Des sarkozystes mettent en garde en coulisses Jean-François Copé - le premier à avoir déclaré ses ambitions élyséennes - et François Fillon contre "l'effet boomerang" du "Tout sauf Sarkozy". Thomas Guénolé en convient.

"Si ça continue comme ça, Nicolas Sarkozy va se retrouver avec l'essentiel du système UMP contre lui. Or il n'est jamais aussi bon que quand il est candidat contre le système".

"Un candidat du peuple" (Sarkozy) contre "un candidat des cadres" (Fillon) en 2016? Pour les militants UMP, aujourd'hui, l'issue du duel ne fait aucun doute.

Edité par Yves Clarisse

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant