L'UMP à l'ère de la cohabitation

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L'UMP TENTE DE PANSER SES BLESSURES
L'UMP TENTE DE PANSER SES BLESSURES

par Sophie Louet et Emile Picy

PARIS (Reuters) - Les guerres de chefs, héréditaires dans la famille gaulliste, n'ont jamais empêché les réconciliations de circonstance et la dernière "fracture" en date entre Jean-François Copé et François Fillon, tant personnelle qu'idéologique, ne devrait pas déroger à la règle, estiment membres du parti et analystes.

C'est une UMP scindée en deux qui a émergé des urnes après l'élection du président du parti, un duel fratricide "désolant", de l'avis de plusieurs responsables du mouvement, que les deux camps s'accordent à vouloir faire oublier au plus vite.

La déclaration sibylline de François Fillon après la courte victoire de Jean-François Copé, ses mots très durs contre la "fracture politique et morale" de l'UMP, ont pu laisser craindre une sécession au sein du principal parti d'opposition.

Mais ses soutiens ont assuré que l'ancien Premier ministre n'avait l'intention ni de "décrocher" ni de mettre à bas l'édifice de réunification des droites créé en 2002.

Le député de Paris, qui estime avoir gagné, a expliqué à des proches avoir renoncé à contester les résultats - l'écart est de 98 voix - pour ne pas mettre en péril l'unité du mouvement.

"S'il part, il se suicide. Il est clair qu'il va rester et qu'il va faire entendre sa musique. Aucun des deux ne peut se permettre de casser la baraque, sinon c'est la Bérézina", a résumé l'un de ses soutiens, le député Jacques Myard.

Priorité à la reconstruction, qui ne soit pas un simple replâtrage, acquiesce Jérôme Fourquet, directeur du Département opinion publique à l'Ifop. "Il faut que les principaux protagonistes fassent des efforts pour s'unir. Si on est dans une ambiance de règlements de compte, c'est cette image qui va perdurer dans l'opinion", note-t-il.

Jean-François Copé a proposé mardi "une vice-présidence" à François Fillon mais son allié, Eric Ciotti, a aussitôt qualifié la proposition de "grotesque".

"COUVRIR TOUT LE SPECTRE"

L'ex-plume de Nicolas Sarkozy, Henri Guaino, représentant comme François Fillon de la mouvance du "gaullisme social", a voulu relativiser ces déchirures post-électorales.

"Il n'y a qu'une UMP, dans laquelle il y a des débats, des différences", a-t-il dit sur Europe 1. "Ce n'est pas la première fois : il y a eu Pasqua-Séguin d'un côté, Chirac-Balladur, ceux qui étaient pour et contre l'Europe". "Laissons faire le temps pour panser les plaies".

L'élu des Yvelines a néanmoins relevé un handicap notable pour Jean-François Copé, qui a "la légitimité d'un président, pas celle d'un chef charismatique qui entraîne tout le monde".

Une famille gaulliste sans chef, avec des mouvements embryonnaires calqués sur les courants socialistes : l'exercice est suffisamment inédit pour autoriser tous les scénarios.

La commission électorale interne de l'UMP devait achever mardi de valider les résultats du vote sur les six "motions" en lice dimanche, la dernière étape en vue d'une reconnaissance officielle des diverses sensibilités du parti qui était prévue dans les statuts mais aura mis dix ans à voir le jour.

Selon des résultats provisoires, "La Droite forte" des sarkozystes Geoffroy Didier et Guillaume Peltier serait en tête devant "La Droite sociale" de Laurent Wauquiez, soutien de François Fillon, et la motion "France moderne et humanisme" des "copéistes" Jean-Pierre Raffarin et Luc Chatel.

Pour l'ancien Premier ministre Alain Juppé, Jean-François Copé a "l'ardente obligation" de tenir de compte de cette diversité, entre lignes "droitière", libérale, centriste, en vue des municipales de 2014 et de la présidentielle de 2017.

"Nous devons continuer à couvrir le spectre qui va du centre à la droite hors Front national", a confirmé mardi matin Jean-François Copé lors de la réunion du groupe UMP à l'Assemblée.

Le successeur de Nicolas Sarkozy à la tête de l'UMP a affirmé sa volonté d'éviter à "tout prix" la résurgence des rivalités RPR-UDF, un avertissement à Jean-Louis Borloo, tenté de capter l'aile centriste de l'UMP au sein de l'UDI.

UNE "STRUCTURATION FORTE" AUTOUR DE FILLON

Pour le dirigeant centriste, "l'illusion du parti unique, qui tentait de rassembler la droite décomplexée, la droite modérée et le centre droit, ne tient plus". "L'opposition a désormais deux leaders", a-t-il dit au Monde.fr, parlant de lui-même et de Jean-François Copé.

De fait, l'hémorragie centriste menace.

L'ex-ministre centriste Pierre Méhaignerie a annoncé mardi dans un communiqué qu'il ne se reconnaissait plus dans l'organisation actuelle de l'UMP et rejoignait l'UDI.

La majorité des "fillonistes" assurent vouloir faire entendre leur différence au sein de l'UMP tout en excluant d'intégrer, dans l'immédiat, les instances nationales du parti.

A charge pour François Fillon de les rassurer sur ses intentions. Il a déclaré lundi soir qu'il ferait connaître "dans les jours qui viennent" la forme de son engagement politique futur. Ses soutiens ont prévu de se réunir mardi prochain.

"Il y aura une structuration forte autour de François Fillon", a assuré Eric Ciotti. "Il sera un acteur majeur de la reconquête du pouvoir", a-t-il ajouté, laissant entendre que l'ex-Premier ministre n'avait pas renoncé à 2017 et à la primaire d'investiture théoriquement prévue en 2016.

Lionel Tardy a évoqué la possibilité d'une organisation autour de "France.9", le club de réflexion créé par François Fillon en 2002.

"Chaque fois qu'on ne sera pas d'accord avec certaines positions, on le dira. On est pour le rassemblement, le redressement de la France, plutôt que les pains au chocolat", a expliqué le député de Haute-Savoie en référence à la campagne controversée de Jean-François Copé.

Pour l'ancien ministre François Baroin, rallié à François Fillon, "un travail de conviction" s'impose auprès des militants qui "ont toujours été plus à droite que les leaders".

"Si le parti devait dériver de façon systématique vers des positions droitières excessives, beaucoup de gens ne s'y reconnaîtraient plus", a averti Pierre Lellouche.

Avec Nicholas Vinocur, édité par Yves Clarisse

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