L'Ukraine vote entre espoir et crainte

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L'UKRAINE VOTE ENTRE ESPOIR ET CRAINTE
L'UKRAINE VOTE ENTRE ESPOIR ET CRAINTE

par Pavel Polityuk et Gabriela Baczynska

KIEV/DONETSK (Reuters) - Les Ukrainiens ont voté dimanche pour une élection présidentielle dont les autorités provisoires à Kiev espèrent qu'elle permettra de doter le pays d'un pouvoir à la légitimité incontestable face aux séparatistes de l'est de l'Ukraine.

Les bureaux de vote ont ouvert à 08h00 (05h00 GMT) et devaient fermer 12 heures plus tard mais dans les provinces orientales de Donetsk et Louhansk, où les séparatistes ont proclamé le 11 mai dernier des "républiques populaires" indépendantes, les militants pro-russes ont bloqué le scrutin.

Des sondages réalisés à la sortie des urnes donneront immédiatement une première tendance. Le résultat officiel devrait être annoncé avant que les observateurs de l'OSCE émettent un jugement sur le déroulement du scrutin, lundi après-midi.

Le Premier ministre ukrainien par intérim, Arseni Iatseniouk, a déclaré que l'élection permettrait à l'Ukraine de sortir d'une "zone grise où sévissent l'anarchie et les forces obscures" et de devenir "un pays où il est plus facile de respirer".

"Les efforts de la Fédération russe et des terroristes qu'elle finance pour faire échouer cette élection sont voués à l'échec", a-t-il déclaré. "Nous aurons un chef d'Etat légitime."

Les Etats-Unis et les pays de l'Union européenne (UE) considèrent eux aussi ce scrutin comme une étape essentielle vers la stabilisation de l'Ukraine après six mois de crise.

La Russie, qui durant cette période a annexé la Crimée, émet en revanche des doutes sur la valeur d'une élection organisée alors que l'est de l'Ukraine est plongé, selon elle, dans une "guerre civile".

DONETSK DÉSERTÉE

Sur 36 millions d'électeurs, environ cinq millions pourraient ainsi avoir des difficultés à voter dans l'Est en raison des violences persistantes.

Les autorités ukrainiennes ont estimé que 20% seulement des bureaux de vote des provinces de Donetsk et Louhansk étaient ouverts et que 16% seulement des 3,3 millions d'habitants du Donbass, la région de Donetsk, auraient accès à un bureau de vote.

Aucun bureau n'est ouvert dans la ville-même de Donetsk, une cité industrielle d'un million d'habitants dont les rues ont été désertées par crainte de violences.

Même les soldats ukrainiens envoyés dans l'Est pour tenter de restaurer l'autorité du pouvoir central n'ont pas pu voter.

"Nos supérieurs nous ont promis que nous pourrions voter mais apparemment ce n'est pas le cas. C'est une violation de mes droits. C'est ridicule, je suis là pour garantir une élection à laquelle je ne peux même pas participer", a témoigné Ivan Satsouk, un soldat de la région de Kiev de garde sur un barrage à l'extérieur de Marioupol, dans le sud-est du pays.

Près de Donetsk, des militants pro-russes armés se sont rassemblés devant la résidence de Rinat Akhmetov, l'homme le plus riche d'Ukraine, qui a appelé la population à voter. Un porte-parole du milliardaire a fait savoir que ce dernier se trouvait à Kiev et des négociations avaient été engagées avec les 200 à 300 manifestants.

Un journaliste italien et son interprète russe ont par ailleurs été tués samedi près de Slaviansk lors d'un accrochage entre forces gouvernementales et forces séparatistes. Vladimir Poutine a adopté un ton conciliant ces derniers jours. Le président russe s'est engagé à "respecter" le choix des Ukrainiens et à collaborer avec leur futur président.

POROCHENKO GRAND FAVORI

Les Ukrainiens devraient pourtant voter en faveur de candidats guère favorables à Moscou. Le grand favori est Petro Porochenko, milliardaire ayant fait fortune dans la confiserie.

"Nous devons garantir les droits et la sécurité des habitants du Donbass, qui souffrent aujourd'hui de l'action des terroristes qui veulent transformer le Donbass en Somalie", a lancé l'homme d'affaires à Kiev après avoir glissé son bulletin dans l'urne.

Pour beaucoup, la principale inconnue est de savoir si Petro Porochenko recueillera une majorité absolue de suffrages lui permettant d'être élu dès le premier tour, alors que les instituts de sondage prédisent une forte participation, d'autant que la journée devrait être chaude et ensoleillée.

Agé de 48 ans, cet homme d'affaires et ancien ministre a soutenu avec ferveur les manifestations qui ont abouti le 22 février à la destitution de Viktor Ianoukovitch. L'ancien président était contesté dans la rue en raison de son refus de signer un accord d'association avec l'UE au profit d'un rapprochement avec la Russie.

Petro Porochenko a mis en garde contre les risques de nouvelles violences si un deuxième tour devait être organisé trois semaines plus tard.

Sa principale quoique lointaine rivale est Ioulia Timochenko. A 53 ans, l'ancienne Première ministre demeure toutefois associée dans l'esprit de nombre d'Ukrainiens aux échecs économiques et aux soupçons de corruption qui pèsent sur l'histoire récente de leur pays.

Les observateurs de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) se sont en grande partie retirés de la région de Donetsk pour des raisons de sécurité. Ils accusent les séparatistes pro-russes de mener une campagne de "terreur" contre le personnel électoral ukrainien.

(Bertrand Boucey et Jean-Stéphane Brosse pour le service français)

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