L'Ukraine pèsera sur la tournée de Hollande dans le Caucase du Sud

le
0
L?OMBRE DE L?UKRAINE PLANE SUR LA TOURNÉE DE FRANÇOIS HOLLANDE DANS LE CAUCASE
L?OMBRE DE L?UKRAINE PLANE SUR LA TOURNÉE DE FRANÇOIS HOLLANDE DANS LE CAUCASE

par Elizabeth Pineau

PARIS (Reuters) - La crise ukrainienne pèsera sur la tournée qu'entame ce dimanche François Hollande en Azerbaïdjan, Arménie et Géorgie, où il tentera de resserrer les liens de ces pays avec la France et l'Union européenne sans irriter leur puissant voisin russe.

La tâche s'annonce délicate à deux semaines de l'élection présidentielle du 25 mai dans une Ukraine déstabilisée depuis le rattachement de la Crimée à la Russie, en mars.

Les violences se sont poursuivies ces derniers jours, sur fond de contestation russe du scrutin présidentiel et alors qu'un référendum d'autodétermination doit se tenir ce dimanche dans le Donbass.

Malgré les graves désaccords avec le président russe sur les dossiers ukrainien et syrien, François Hollande a confirmé jeudi l'invitation lancée à Vladimir Poutine pour les cérémonies du 70e anniversaire du Débarquement allié de 1944, le 6 juin.

L'Azerbaïdjan, l'Arménie et la Géorgie comptent, comme l'Ukraine, parmi les six Etats visés par le partenariat oriental conçu par l'Union européenne pour cette région du monde. Un programme qui ne prévoit pas d'adhésion à l'UE, mais un rapprochement politique et économique.

L'affaire ukrainienne accentue la pression sur les pays du Caucase du Sud, en particulier la Géorgie, six ans après la guerre éclair perdue face à la Russie.

"PAS CONTRE LA RUSSIE"

Tbilissi, inquiet des événements d'Ukraine, espère que l'Otan et l'Union européenne vont accélérer le processus de son intégration dans le giron occidental.

Proche alliée de Moscou, l'Arménie a renoncé quant à elle l'an dernier à signer un traité de libre échange avec l'Union européenne après que celle-ci l'a jugé incompatible avec l'union douanière que lui a proposée la Russie.

Dans ce contexte tendu, François Hollande, souligne-t-on dans son entourage, n'a aucune intention de mettre en concurrence les influences européenne et russe. Ce voyage n'est pas "une visite de combat" mais "d'ouverture", résume un conseiller.

"La position de la France a toujours été que le rapprochement avec l'Union européenne n'est pas un travail mené contre la Russie", dit-on à l'Elysée. "Nous voulons absolument éviter une polarisation qui conduirait à choisir entre un côté et un autre. Ce serait la pire des situations pour ces pays".

"Le message envoyé aux autorités russes est que le travail d'ouverture avec l'Union européenne n'est pas un jeu à somme nulle avec la Russie", ajoute-t-on, tout en reconnaissant que Vladimir Poutine "n'est peut-être pas d'accord avec ça".

GÉNOCIDE ARMÉNIEN

La première étape de François Hollande sera l'Azerbaïdjan, principal partenaire commercial de la France dans le Caucase, avec lequel Paris veut redresser une balance des échanges déséquilibrée - 1,7 milliard d'euros d'exportations de l'Azerbaïdjan vers la France, des hydrocarbures pour la plupart, contre un peu plus de 266 millions dans le sens inverse.

Le conflit "gelé" du Haut-Karabach est aussi au menu des discussions de François Hollande, qui visitera symboliquement Azerbaïdjan et Arménie le 12 mai, 20 ans jour pour jour après le cessez-le-feu de 1994.

La France est membre du groupe de Minsk créé pour rechercher une solution pacifique au conflit qui a fait des dizaines de milliers de morts au début des années 1990. Les incidents restent fréquents sur la "ligne de front" de ce territoire montagneux revendiqué par les deux pays.

A l'Azerbaïdjanais Ilham Aliyev et à l'Arménien Serge Sarkissian, François Hollande "demandera de travailler sur des mesures de confiance pour faire baisser la tension et passer enfin à une reprise effective des négociations", dit un diplomate français.

L'étape arménienne sera l'occasion de mesurer les effets du récent rapprochement franco-turc sous l'impulsion de François Hollande, qui s'est rendu en Turquie fin janvier.

Alors que la reconnaissance du génocide arménien de 1915 continue d'empoisonner les relations entre Ankara et Erevan, le président français a salué "l'évolution" du Premier ministre turc, Recep Tayip Erdogan, après la présentation de ses condoléances aux descendants des victimes des massacres, qui ont fait jusqu'à 1,5 million de morts.

François Hollande, qui plaide pour une reconnaissance universelle de ce génocide inscrit dans la loi française, se rendra à Erevan en 2015 pour les cérémonies du centenaire.

(Edité par Yann Le Guernigou)

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant