L'Ukraine dans le flou malgré les gestes du président

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VIKTOR IANOUKOVITCH ANNONCE UNE PRÉSIDENTIELLE ANTICIPÉE ET UN GOUVERNEMENT D?UNITÉ EN UKRAINE
VIKTOR IANOUKOVITCH ANNONCE UNE PRÉSIDENTIELLE ANTICIPÉE ET UN GOUVERNEMENT D?UNITÉ EN UKRAINE

par Sabine Siebold et Natalia Zinets

KIEV (Reuters) - Viktor Ianoukovitch a annoncé vendredi une série de concessions à ses opposants pro-européens mais la plus grande prudence est de mise en Ukraine, le ralliement de l'opposition à un projet d'accord négocié par les Européens étant très loin d'être acquis.

Au lendemain d'une journée d'affrontements meurtriers sur la place de l'Indépendance à Kiev, occupée par des manifestants, le président ukrainien a promis une élection présidentielle anticipée, une réforme de la Constitution et un gouvernement d'union nationale pour sortir de la crise.

"J'annonce que j'amorce des élections anticipées. Je lance aussi le processus d'un retour à la Constitution de 2004 avec un rééquilibrage des pouvoirs vers une république parlementaire. J'appelle au lancement des procédures pour former un gouvernement d'unité nationale", a déclaré le président ukrainien dans un communiqué.

L'opposition négociant encore avec les médiateurs européens, la Pologne, dont le chef de la diplomatie Radoslaw Sikorski participe à la mission lancée jeudi, a indiqué qu'on était très loin d'un accord.

"Nous ne pouvons affirmer avec certitude que le scénario du pire est définitivement écarté", a dit le Premier ministre polonais, Donald Tusk, lors d'une conférence de presse. "Les menaces sont toujours présentes."

Après une nuit de négociations, Sikorski et son homologue allemand Frank-Walter Steinmeier se trouvent toujours à Kiev pour tenter d'aboutir à un accord permettant de mettre un terme au bain de sang. Laurent Fabius, qui les accompagnait jeudi, a quitté Kiev dans la nuit pour se rendre en Chine.

A la mi-journée, le chef de la diplomatie polonaise soulignait que cette médiation européenne était entrée dans un "moment délicat". "Toutes les parties doivent se souvenir qu'un compromis signifie qu'on obtient moins de 100%", a-t-il écrit sur son compte Twitter.

Son homologue allemand et lui devaient revoir les chefs de file de l'opposition mais aussi les représentants de la contestation antigouvernementale qui campe sur "Maïdan", le surnom de la place de l'Indépendance.

D'après Donald Tusk, le projet de compromis prévoit notamment une réforme de la Constitution d'ici la fin de l'été.

Au sortir d'une nuit de négociations présentées comme très difficiles par les ministres européens envoyés en médiation, la présidence ukrainienne avait affirmé qu'un accord serait signé à midi.

Paris et Varsovie avaient très vite rectifié en invitant à la plus grande prudence. "Tant que les choses ne sont pas effectivement faites, il faut rester très prudent", a dit Laurent Fabius au micro d'Europe 1.

"NOUS NE QUITTERONS PAS LES BARRICADES"

En début d'après-midi, l'optimisme n'était plus de rigueur, d'autant que l'absence d'un front uni de l'opposition complique les choses. Donald Tusk a souligné à ce sujet qu'il fallait désormais considérer comme un acteur majeur les occupants de "Maïdan", qui ont rendu hommage à leurs morts lors d'une veillée funèbre jeudi soir.

Cité par le journal allemand Bild, Vitali Klitschko, l'un des chefs de file de la contestation, s'est dit prêt à signer le compromis avec Viktor Ianoukovitch mais il a prévenu qu'il faudrait encore discuter avec les occupants de Maïdan, dont les réticences semblent bien plus fortes.

"Ce n'est qu'un chiffon de papier de plus. Nous ne quitterons pas les barricades tant que Ianoukovitch n'aura pas démissionné. C'est ce que tout le monde veut", a ainsi réagi un des opposants de "Maïdan", Anton Soloviov, 28 ans.

Alors qu'un calme précaire régnait vendredi à l'aube sur Kiev, la police ukrainienne a annoncé dans un communiqué que des manifestants avaient ouvert le feu dans la matinée sur des policiers qui ont riposté.

Ces affrontements se sont produits dans le centre de Kiev, entre la place de l'Indépendance et le Parlement, distant de 1.500 mètres environ.

La police ukrainienne ne dit pas si ces échanges de coups de feu ont fait des victimes. Aucune confirmation n'a pu être obtenue dans les rangs des contestataires. Des incidents ont également été signalés dans l'enceinte du Parlement.

La crise ukrainienne, déclenchée fin novembre par la volte-face du président Viktor Ianoukovitch sur le rapprochement négocié depuis des mois avec l'Union européenne, a basculé dans une violence meurtrière cette semaine avec 75 morts au moins depuis mardi, dont 47 pour la seule journée de jeudi.

Au cours de cette journée d'affrontements sans précédent en Ukraine depuis l'indépendance de 1991, les opposants ont repris le secteur de "Maïdan" dont les forces de l'ordre les avaient délogés lors de l'assaut donné mardi soir.

DÉMISSION AU SOMMET DE L'ARMÉE UKRAINIENNE

Ianoukovitch, soumis aux pressions contraires des Occidentaux et de Moscou, continue de perdre des soutiens. Après l'administrateur de Kiev qu'il avait lui-même désigné, c'est le commandant en chef adjoint des forces armées, le général Iouri Doumanski, qui a remis sa démission en déplorant le bain de sang.

Sur le terrain diplomatique, les ministres européens des Affaires étrangères réunis jeudi à Bruxelles ont décidé d'imposer des sanctions contre les responsables des violences.

Angela Merkel s'est entretenue pour sa part au téléphone avec Barack Obama et Vladimir Poutine.

La Russie continue de différer le déblocage de la deuxième tranche du programme d'assistance financière d'un montant total de 15 milliards de dollars (11 milliards d'euros) consenti mi-décembre par Vladimir Poutine.

Conséquence de l'aggravation de la situation et de l'incertitude sur l'aide russe, l'agence Standard & Poor's a réduit vendredi la note de l'Ukraine pour la deuxième fois en trois semaines.

Avec Richard Balmforth, Alessandra Prentice, Vasily Fedosenko et Pavel Polityuk à Kiev, Adrian Krajewski à Varsovie et Jean-Baptiste Vey à Paris; Jean-Stéphane Brosse, Eric Faye et Henri-Pierre André pour le service français

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