L'UE suspend trois pesticides nocifs pour les abeilles

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LA COMMISSION EUROPÉENNE SUSPEND TROIS PESTICIDES NOCIFS POUR LES ABEILLES
LA COMMISSION EUROPÉENNE SUSPEND TROIS PESTICIDES NOCIFS POUR LES ABEILLES

BRUXELLES (Reuters) - La Commission européenne a suspendu lundi pendant deux ans à titre provisoire l'utilisation de trois pesticides largement utilisés dans le monde et liés au déclin des abeilles.

Cette décision intervient après l'échec de négociations entre les Etats membres de l'Union européenne, qui n'ont pas pu se mettre d'accord lundi sur l'interdiction de ces trois néonicotinoïdes dont les effets divisent le monde scientifique.

Ce type d'insecticide agit sur le système nerveux des insectes, provoquant la paralysie et la mort, et possède l'avantage d'être peu toxique pour les mammifères.

Quinze pays - deux de plus que le dernier vote des gouvernements sur la question en mars -, ont voté pour, mais la majorité qualifiée n'a pas été atteinte, signifiant que la décision a été renvoyée à la Commission.

"Même s'il n'y a pas eu de décision claire, quinze Etats membres ont voté en faveur de la proposition, donc la Commission entérine son adoption", dit-on de source proche de la Commission.

L'exécutif de Bruxelles avait proposé cette interdiction en janvier dernier, sur la base d'un rapport de l'Autorité européenne pour la sécurité des aliments (EFSA).

Dans cette étude, l'EFSA estimait que trois néonicotinoïdes largement utilisés - clothianidine, imidaclopride et thiaméthoxame - présentaient un risque élevé pour les abeilles.

L'interdiction concernera leur utilisation pour toutes les récoltes, à l'exception des céréales d'hiver et des plantes délaissées par les abeilles, comme la betterave à sucre. Elle entrera en vigueur le 1er décembre 2013, avec cinq mois de retard sur la proposition initiale de la CE.

Ces néonicotinoïdes sont principalement produits par l'allemand Bayer et le suisse Syngenta. Ils se retrouvent dans des pesticides comme le Cruiser OSR, dont l'utilisation a été interdite en France en juin 2012.

DES SCIENTIFIQUES DIVISÉS

Le ministre français de l'Agriculture, Stéphane Le Foll, a salué la mise en place de ce moratoire de deux ans, en faveur duquel la France a voté.

"Je me réjouis de ce moratoire sur les néonicotinoïdes à l'échelle européenne, qui seul permet une protection efficace des abeilles tout en préservant la compétitivité des agriculteurs français par rapport à leur collègues européens", écrit-il dans un communiqué.

Les populations d'abeilles ont fortement et mystérieusement décliné ces dernières années dans le monde, un phénomène connu sous le nom de "syndrome d'effondrement des colonies" ou sous son acronyme anglais CCD. Or, leur contribution à la production agricole, via la pollinisation, est capitale pour l'alimentation humaine.

Les scientifiques sont toutefois en désaccord sur les causes du CCD et le rôle joué par les pesticides.

De récentes études ont montré que les néonicotinoïdes pouvaient avoir un impact négatif sur la santé des abeilles en leur faisant perdre le sens de l'orientation, les empêchant de retrouver leur ruche.

D'autres chercheurs soupçonnent un virus répandu par un acarien parasite, le varroa, pour expliquer l'effondrement des colonies. Beaucoup de scientifiques penchent en outre pour une combinaison de facteurs pour expliquer le phénomène.

Syngenta a critiqué la décision de la Commission, "fondée sur des études scientifiques médiocres et ignorant la foule d'éléments de terrain prouvant que ces pesticides ne nuisent pas à la santé des abeilles".

Syngenta et Bayer citent des recherches selon lesquelles une interdiction de néonicotinoïdes coûterait à l'Europe plusieurs milliards d'euros en récoltes perdues.

Dans le même temps, l'Onu a estimé dans un rapport en 2011 que le travail fourni chaque année par les abeilles et autres pollinisateurs comme les papillons, les coccinelles et les oiseaux représentait quelque 155 milliards d'euros pour l'économie humaine.

Charlie Dunmore, avec Chine Labbé à Paris, Pascal Liétout et Jean-Stéphane Brosse pour le service français, édité par Gilles Trequesser

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