L'UE répond aux demandes turques contre son aide sur les réfugiés

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* L'aide financière pourrait atteindre 3 milliards d'euros * Vers une accélération des discussions sur les visas * Hollande met en garde contre tout malentendu * Le processus d'adhésion "revigoré" par Chine Labbé et Paul Taylor BRUXELLES, 16 octobre (Reuters) - L'Union européenne a offert vendredi à la Turquie une aide financière qui pourrait atteindre trois milliards d'euros, la perspective d'un assouplissement de l'octroi de visas à ses ressortissants et une relance des discussions sur son adhésion en échange de sa coopération face à l'afflux de réfugiés vers l'Europe. A l'issue d'un Conseil européen consacré à la crise migratoire et dominé par la question épineuse des concessions à accorder à Ankara - dont le soutien est jugé "clé" dans de nombreuses capitales - les dirigeants de l'UE ont fait savoir qu'ils s'étaient mis d'accord sur un "plan d'action" commun. Bien que ce plan ne précise pas le montant de l'aide "substantielle et concrète" qui sera apportée à la Turquie, la chancelière allemande Angela Merkel a déclaré que le chiffre de trois milliards d'euros demandé par les Turcs avait été discuté. Aucun montant n'a toutefois été arrêté et beaucoup dépendra des mesures concrètes mises en oeuvre par les deux parties, a-t-elle dit. "Il s'agit de savoir ce que ces fonds peuvent avoir comme effet", a de son côté déclaré François Hollande, ne reprenant pas le chiffre de trois milliards d'euros. Au terme d'un Conseil qui s'est achevé aux premières heures du jour vendredi, il a été offert à la Turquie la perspective d'une accélération de la libéralisation de ses visas, sous réserve qu'elle respecte certains engagements. DONNANT-DONNANT A l'occasion de discussions à Ankara avant la tenue du Conseil, des ministres turcs ont demandé à une délégation de la Commission européenne de commencer à assouplir l'obtention de visas au milieu de l'année prochaine, selon des responsables européens. Angela Merkel, qui est attendue dimanche dans la capitale turque, a souligné le rôle indispensable du pays dans l'effort européen pour "organiser et freiner le mouvement de réfugiés". Environ deux millions de réfugiés syriens se trouvent actuellement en Turquie. Le président français a toutefois mis l'accent sur la nécessité de ne pas entretenir de "malentendu ou d'ambiguïté" avec ce partenaire. "Nous avons (...) insisté pour que, si libéralisation des visas il doit y avoir, avec la Turquie, ce soit sur des bases extrêmement précises et contrôlées", a souligné François Hollande lors d'un point presse. "Il ne faudrait pas que la libéralisation des visas (...) conduise à ce qu'il y ait des personnes qui viennent de Turquie dont on ne serait pas sûrs de l'identité", a-t-il ajouté. Ce processus doit se faire parallèlement à la réadmission par la Turquie de migrants irréguliers refoulés par l'Union, a par ailleurs souligné une source diplomatique française. PAS DE CONSENSUS SUR LES CHAPITRES DE NÉGOCIATION Les chefs d'Etat et de gouvernement européens se méfient d'une possible exemption de visas pour les 78 millions de Turcs, que demande le président Recep Tayyip Erdogan. Une "libéralisation" des visas se cantonnerait probablement dans un premier temps aux visas d'affaire et étudiants. Autre concession, les dirigeants réunis à Bruxelles se sont engagés à redonner une impulsion à des négociations moribondes sur la candidature de la Turquie au bloc européen, sans préciser comment. "La procédure d'accès doit être revigorée, avec la perspective de progrès dans les négociations en accord avec le cadre déjà prévu", disent-ils dans leurs conclusions. Selon des sources européennes, les Turcs demandent l'ouverture de six nouveaux "chapitres" de leur candidature. Il n'existe toutefois pas de consensus sur le sujet parmi les Vingt-Huit, indique une source diplomatique française. Le Conseil européen de jeudi s'est par ailleurs efforcé de donner un nouvel élan aux décisions prises le mois dernier et a notamment retenu l'idée de la création, à terme, d'un corps de gardes-frontières européens, qui sera "progressivement mis en place", selon François Hollande. "Il fallait qu'il y ait, après les décisions du mois de septembre, des mises en oeuvre qui soient rapides et efficaces, parce que l'afflux des réfugiés ne s'est pas ralenti, et ne peut pas se ralentir tant qu'il n'y a pas une politique européenne globale", a-t-il souligné. Les dirigeants européens ont aussi eu une longue discussion sur la possibilité de réformer le système d'asile européen, avec la création d'un mécanisme permanent de relocalisation des réfugiés. Mais il reste beaucoup de travail pour faire naître un consensus sur la question, a indiqué la chancelière allemande. (avec Alastair Macdonald, Francesco Guarascio et Jan Strupczewski; Edité par Bertrand Boucey)

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