L'UE regarde du côté de l'Iran pour remplacer le gaz russe

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L'UE POURRAIT SE TOURNER VERS L'IRAN POUR LE GAZ NATUREL
L'UE POURRAIT SE TOURNER VERS L'IRAN POUR LE GAZ NATUREL

par Jonathan Saul et Henning Gloystein

LONDRES (Reuters) - L'Union européenne souligne de plus en plus, mais en catimini, l'urgence d'un projet d'importation de gaz naturel d'Iran, avec lequel les relations se sont réchauffés tandis que celles avec son principal fournisseur, la Russie, prenaient le chemin inverse.

Ce projet suppose cependant la levée des sanctions contre l'Iran et la construction de gazoducs supplémentaires mais ces deux conditions 'sine qua non' n'empêchent pas l'Union européenne de s'y préparer, a expliqué une source au sein de la Commission européenne.

"L'Iran n'est pas loin de nos principales priorités à moyen terme pour réduire notre dépendance aux livraisons de gaz russe", a déclaré cette source. "Le gaz iranien pourrait assez facilement être acheminé en Europe et, sur le plan politique, Téhéran et les pays occidentaux se sont nettement rapprochés".

La Russie est actuellement le premier fournisseur de gaz naturel de l'Europe, couvrant un tiers de ses besoins qui représentent 80 milliards de dollars (62,5 milliards d'euros) par an.

Les récentes sanctions européennes adoptées contre Moscou en raison de son rôle dans la crise Ukrainienne ont accentué la nécessité de diversifier les sources d'approvisionnement.

L'Iran dispose des deuxièmes réserves mondiales de gaz derrière la Russie et s'impose comme une alternative potentielle en raison des pourparlers en cours entre Téhéran et les puissances occidentales en vue de parvenir à un accord sur son programme nucléaire, ce qui permettrait la levée des sanctions dont il est lui-même l'objet.

"Un fort potentiel de production de gaz, des réformes à l'oeuvre dans son secteur de l'énergie et la normalisation en cours des relations avec l'Occident font de l'Iran une alternative crédible à la Russie", explique un document préparé pour la Direction générale des politiques externes de l'UE après l'annexion de la Crimée par la Russie.

Le document ajoute cependant que l'Iran ne fait pas figure d'alternative crédible à court terme en raison des sanctions et des importantes infrastructures nécessaires.

De son côté, Téhéran voit cette perspective d'un bon oeil.

"L'Iran peut être une source fiable d'énergie pour l'Europe", a déclaré son président Hassan Rohani à son homologue autrichien Heinz Fischer à New York, selon des propos rapportés.

DU GAZ IRANIEN DANS LES ANNÉES 2020 ?

"Les Iraniens tentent de se positionner en Europe comme une alternative au gaz russe. Ils jouent une partition complexe, en parlant d'un côté coopération avec la Russie pour alléger les sanctions et en évoquant de l'autre la possibilité de se substituer à Moscou pour les livraisons de gaz à l'Europe", observe Amir Handjani, un spécialiste indépendant des secteurs du pétrole et du gaz installé à Dubaï.

"Etant donné que la Russie a choisi une stratégie de confrontation, je pense que l'UE n'a d'autre choix que de trouver une alternative pour ses livraisons de gaz", a-t-il ajouté.

La probabilité d'une levée des sanctions contre l'Iran, qui redistribuerait les cartes, est cependant faible à court terme. Les diplomates ne cachent pas leur pessimisme sur la possibilité qu'un accord final soit conclu d'ici la date butoir du 24 novembre.

Avec des sanctions qui pèsent lourdement sur son économie et la concurrence en Asie du gaz naturel liquéfié du Qatar, les analystes estiment que l'Iran doit se tourner vers l'Europe.

"L'intérêt qu'aurait l'Iran à fournir du gaz à l'Europe est colossal. Une partie de l'élite économique et politique iranienne ainsi les entreprises occidentales se préparent à la levée des sanctions", souligne Frank Umbach, directeur de recherches sur l'énergie au King's College de Londres.

Concernant les infrastructures, le plus simple serait d'acheminer le gaz iranien via la Turquie, qui est déjà un client de Téhéran. Il faudrait cependant pour cela élargir les gazoducs existants, comme celui de Tabriz-Ankara, trop étroit pour les quantités nécessaires, ou ceux en projet.

Les groupes Total et Eni ont manifesté par le passé leur intérêt pour le développement du champ gazier off-shore de South Pars, l'un des plus grands au monde, partagé entre le Qatar et l'Iran. Ses réserves sont estimées à environ 50.000 milliards de mètres cubes, soit assez pour couvrir la demande européenne pendant plus de cent ans.

Des études indépendantes de faisabilité montrent que, si les sanctions venaient à être assouplies et que les investissements démarraient rapidement, l'Iran pourrait livrer 10 à 20 milliards de mètres cubes de gaz par an à la Turquie et l'Europe d'ici le début de la prochaine décennie.

(Avec Parisa Hafezi à Ankara, Rania El Gamal à Dubaï et Arshad Mohammed à Washington, Mathilde Gardin pour le service français, édité par Véronique Tison)

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