L'UE presse Paris et Rome de revoir leurs budgets-sources

le
0

* Intenses pressions sur la France et l'Italie * Des efforts et des réformes supplémentaires sont demandés * Le risque de sanctions au bout du processus (Actualisé avec précisions) par Paul Taylor BRUXELLES, 10 octobre (Reuters) - Des responsables européens tentent de convaincre les autorités françaises et italiennes de modifier leurs projets de budgets pour 2015 avant de les transmettre à la Commission européenne la semaine prochaine pour éviter un probable jugement négatif de sa part, ont déclaré vendredi des sources européennes. Le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, a plaidé en ce sens lors de rencontres privées avec le président français, François Hollande, et le Premier ministre italien, Matteo Renzi, en marge du sommet européen sur l'emploi à Milan mercredi dernier, selon une source. Il a parallèlement demandé à la chancelière allemande, Angela Merkel, d'agir pour accroître l'investissement public dans la zone euro dans le cas où les Français et les Italiens s'engageraient à mener davantage de réformes structurelles. Le président de l'Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, a déclaré vendredi dans un entretien à Reuters avoir "l'impression que le projet de budget de la France est assez loin de l'objectif, à la fois en terme de déficit nominal et de mesures effectives, concernant le déficit structurel et le nombre et la qualité des réformes qui doivent être réalisées". "Donc, sur les trois critères, l'ambition doit être revue à la hausse", a ajouté le ministre néerlandais des Finances. Paris et Rome ont défié Bruxelles en annonçant des projets de budgets qui violent leurs engagements de réduction de leurs déficits structurels, hors impact du cycle économique, et en pressant l'UE de se concentrer sur l'investissement et la croissance plutôt que de les pousser vers la récession. UNE CLAQUE POUR HOLLANDE ? La France est loin de l'objectif. Elle prévoit de ne réduire son déficit public que légèrement l'an prochain, à 4,3% du PIB contre 4,4% cette année, et de ne parvenir à limite européenne de 3% qu'en 2017, soit deux ans plus tard que prévu auparavant. L'Italie prévoit quant à elle un déficit de 2,9% du PIB l'an prochain mais son niveau de dette publique est plus élevé et elle ne parviendra pas à réaliser l'ajustement structurel qu'imposent les règles européennes. D'autres pays membres, en particulier ceux qui ont connu des programmes d'austérité douloureux, comme le Portugal, insistent pour ne pas tordre les règles au bénéfice des deuxième et troisième plus grandes économies de la zone euro. "Les Français savent que si la Commission leur renvoie leur budget, ce sera une grande claque pour Hollande, ce qui serait difficile politiquement pour lui", a dit une source au fait des discussions. "C'est la même chose pour l'Italie." Jusqu'à présent, Paris et Rome refusent de se plier aux demandes européennes mais des discussions vont se poursuivre ce week-end en marge des réunions du Fonds monétaire international à Washington et de l'Eurogroupe lundi à Luxembourg. La présidence de la République française n'a pas fait de commentaire dans l'immédiat. Le ministre français des Finances, Michel Sapin, a déclaré cette semaine que la France ne ferait pas davantage d'économies que les 21 milliards d'euros prévus l'an prochain et qu'elle n'augmenterait pas non plus la pression fiscale. Il a par ailleurs insisté sur le fait que la Commission n'avait pas le pouvoir de rejeter le budget alors que l'exécutif européen peut demander une révision des projets. Le commissaire aux Affaires économiques et monétaires, Jyrki Katainen, a mené des discussions avec les Français et les Italiens mais le président élu de la Commission, Jean-Claude Juncker, et Herman Van Rompuy se sont impliqués pour tenter d'éviter une crise politique qui perturberait le début de la présidence Juncker qui commence le 1er novembre. EVITER UNE CRISE POLITIQUE Une option est que la France et l'Italie soumettent leurs projets de budgets actuels le 15 octobre, tout en prévoyant des modifications qui seraient faites après le rejet de ces textes par la Commission, a dit la source. Cependant, Herman Van Rompuy est convaincu "qu'il n'existe pas de rejet constructif" car un tel rejet déclencherait un tollé politique dans les pays concernés, et il tente d'obtenir un accord avant la date limite. Pour la Commission, le principal défaut du projet de budget français est de ne prévoir qu'une réduction du déficit structurel de 0,2 point au lieu de 0,8 recommandé par Bruxelles. "C'est ce qui explique qu'un risque de renvoi de ce budget existe", souligne-t-on de source européenne. La Commission souhaite également que Paris s'engage sur des réformes concernant le marché du travail, les retraites et le fonctionnement de l'administration, ajoute-t-on de même source. A partir de la transmission officielle du projet de budget français à Bruxelles le 15 octobre, la Commission aura deux semaines pour se prononcer. Une correction du projet de budget et un engagement sur des réformes "permettrait de démarrer la discussion sur de meilleurs bases" pour un éventuel délai supplémentaire de deux ans pour ramener le deficit public français à 3% du PIB, précise-t-on de source européenne. Si Paris ne modifie rien, la nouvelle Commission se trouvera à partir de novembre devant la nécessité d'enclencher la procédure de déficit excessif, "qui peut conduire à n'importe quel moment à des pénalités financières", conclut la source. (Avec Emmanuel Jarry et Jean-Baptiste Vey, édité par Yves Clarisse)

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant

Partenaires Taux