L'UE poursuivra l'austérité, pourrait adopter plus de souplesse

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L'UE POURRAIT ADOPTER PLUS DE SOUPLESSE SUR LES DÉFICITS DE CERTAINS PAYS
L'UE POURRAIT ADOPTER PLUS DE SOUPLESSE SUR LES DÉFICITS DE CERTAINS PAYS

par Julien Toyer

BRUXELLES (Reuters) - L'horizon économique assombri pourrait convaincre l'Union européenne de faire preuve d'un peu de souplesse sur les déficits de pays comme l'Espagne mais la lame de fond de d'austérité budgétaire se poursuivra tant que la crise de la dette ne sera pas surmontée.

La Commission européenne publie jeudi ses prévisions économiques actualisées pour 2012 et 2013 pour les 27 économies du bloc communautaire. Selon plusieurs sources, elles montreront une chute importante de l'activité et relanceront le débat entre Etats membres sur une révision des objectifs pour cette année et l'année prochaine.

Un responsable européen travaillant directement sur ce dossier a indiqué à Reuters sous couvert d'anonymat que les objectifs actuels allaient progressivement paraître intenables et pourraient être ajustés lors de la publication des prévisions économiques de printemps, le 11 mai.

"La Commission (européenne) n'a pas envie d'avoir l'air ridicule en insistant sur des objectifs irréalistes et il y aura donc des ajustements", a-t-il dit.

Selon trois autres sources de haut rang, la Commission pourrait permettre aux Etats membres de dépasser de quelques décimales leurs objectifs pour 2012 tout en maintenant inchangés ceux de 2013, date à laquelle la plupart des pays européens ont promis de revenir sous la barre des 3% prévue par le pacte de stabilité et de croissance.

L'exécutif communautaire pourrait également décider de différer d'un an, jusqu'à 2014, la réalisation de cet objectif afin de refléter le changement d'environnement depuis la publication en novembre d'une prévision de croissance qui était encore de 0,5% en 2012 et 1,5% en 2013.

RÉVISION "PETITE OU TRÈS PETITE"

Depuis plusieurs semaines, plusieurs pays, dont l'Italie et l'Espagne ont mis en doute le paradigme de l'austérité inspiré par l'Allemagne et ont appelé à un rééquilibrage des politiques économiques vers moins de coupes dans les dépenses et plus de mesures permettant de soutenir la croissance et de combattre le chômage.

Les dirigeants européens se sont penchés sur cette question fin janvier lors d'un sommet informel et, lundi, la Grande-Bretagne, les Pays-Bas, l'Italie, l'Espagne et huit autre pays ont estimé que la zone euro devait essayer de se concentrer sur une réactivation de la croissance dans l'UE plutôt que sur la seule consolidation fiscale.

L'Espagne est plus particulièrement sous le feu des projecteurs depuis que le nouveau gouvernement de centre-droit a annoncé en décembre que le déficit atteindrait 8% du PIB ou plus en 2011, largement au-dessus des prévisions.

Si Madrid continue d'assurer, en public tout du moins, que le déficit sera réduit à 4,4% cette année, la menace d'une récession rend cette tâche pratiquement impossible.

L'une des sources a expliqué que l'Espagne et d'autres pays espéraient que la Commission montrerait une certaine "compréhension" alors que de nombreuses économies sont au bord de leur deuxième récession en trois ans. Cette source a toutefois ajouté qu'il ne fallait pas s'attendre à une révision autre que "petite ou très petite".

Selon l'édition de mercredi du journal El Pais, le Premier ministre espagnol Mariano Rajoy pourrait demander sous dix jours à l'exécutif communautaire de revoir de 4,4% à plus de 5% l'objectif actuel de réduction du déficit.

Rajoy et son ministre de l'Economie, Luis De Guindos, se sont entretenus avec José Manuel Barroso, le président de la Commission, et Olli Rehn, le commissaire aux Affaires économiques et monétaires, mardi dernier après que Reuters a révélé que Bruxelles envisageait de sanctionner Madrid pour ne pas réduire suffisamment les déficits.

PAS D'APPÉTIT AU NORD

Les économies à la fois de la zone euro et de l'UE se sont contractées de 0,3% au cours des trois derniers mois de l'année et malgré des signes de stabilisation, des analystes interrogés par Reuters estiment que l'activité reculera de 0,4% dans la zone euro en 2012 avant de retrouver une croissance faible en 2013.

Mais, avec un plan de soutien de 130 milliards d'euros à la Grèce à peine adopté et des failles se faisant jour au Portugal, la Commission européenne et les pays dont la situation budgétaire est la plus saine estiment que la réduction des déficits doit demeurer la première des priorités.

"Y-aura-t-il une discussion sur les déficits à l'Eurogroupe ? Peut-être, mais il y a peu ou pas d'appétit ou sympathie du tout pour un adoucissement des objectifs", expliqué une source européenne impliquée dans les discussions. "Demandez aux Belges, ou aux pays du nord (de l'UE) ou aux Allemands".

Sous la pression de la Commission européenne, la Belgique a annoncé le gel de 1,3 milliard d'euros de dépenses en sus de 11,3 milliards d'euros d'économies déjà annoncées. Le pays n'a aucune intention d'être flexible avec ses pairs.

L'Allemagne, la Finlande, les Pays-Bas ou le Luxembourg sont aussi réticents à l'idée de revoir à la baisse les objectifs car ils jugent que la consolidation fiscale est une pré-condition à une croissance durable à l'avenir et que la crise européenne reste avant tout une crise de confidence.

"Revoir à la baisse les objectifs ne serait d'aucune aide", dit cette source, ajoutant que cela aurait aussi pour effet de miner la crédibilité des nouvelles règles en matière de surveillance des déficits et de la dette dont l'UE s'est dotée depuis le début de la crise en 2009.

Selon ces règles, un pays doit désormais présenter à l'avance son budget à la Commission et peut être sanctionné de manière automatique et se voir infliger une amende en cas de déficit supérieur à 3% du PIB et de dette supérieure à 60% du PIB.

Le mois dernier, 25 Etats membres sur 27 sont même allés plus loin en s'entendant sur une règle limitant à 0,5% leurs déficits primaires sur l'ensemble du cycle économique.

Julien Toyer, avec Carlos Ruano à Madrid, édité par Jean-Michel Bélot

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  • jepe48 le mercredi 22 fév 2012 à 20:12

    oui mais Nous en avons un en Italie (Monti), un en Grèce. Pensez vous qu'ils savent ce que c'est qu'un smic et comment on vit avec. Un smic c'est l'équivalent d'une prime informtique cumulée avec la prime de chauffage, si l'on se référe à ce qui circule sur le net.

  • Alex282 le mercredi 22 fév 2012 à 19:39

    Très franchement je ne vois pas comment on réussira renflouer tous ces milliards distribués !!! Il est urgent de mettre des gestionnaires à la tête de nos états et non des politiques ou des technocrates qui connaissent du smic seulement le montant mais pas les conditions de vie.