L'UE négocie avec la Turquie pour arrêter les flux de migrants

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    * Le sommet de Bruxelles va être prolongé dans la soirée 
    * Merkel s'attend à des "négociations difficiles" 
    * Ankara veut aborder d'autres sujets 
 
    par Jean-Baptiste Vey 
    BRUXELLES, 7 mars (Reuters) - Les dirigeants européens ont 
entamé lundi une difficile négociation avec la Turquie pour 
tenter de juguler l'afflux de migrants en Europe, une discussion 
compliquée par les demandes d'Ankara sur l'adhésion à l'UE, 
l'aide financière et l'obtention de visas par les ressortissants 
turcs. 
    Après leur rencontre avec le Premier ministre turc, Ahmet 
Davutoglu, les Européens tenteront de s'accorder sur cette crise 
et de dépasser les dissensions liées aux restrictions de 
circulation imposées par certains membres de l'espace Schengen. 
    "J'espère que nous avancerons aujourd'hui mais cela 
nécessitera des négociations difficiles", a dit la chancelière 
allemande, Angela Merkel, à son arrivée à Bruxelles.  
    "Nous avons de nombreux défis devant nous", a déclaré Ahmet 
Davutoglu, souhaitant que la rencontre ne se focalise pas 
uniquement sur la crise des migrants mais examine aussi comment 
faire progresser les relations entre Ankara et l'Union. 
    Pour François Hollande, "le plan est simple à énoncer, 
difficile à mettre en oeuvre: c'est sécurité des frontières 
extérieures, coopération avec la Turquie et solidarité avec la 
Grèce". 
    Les Européens veulent que la Turquie protège mieux ses 
frontières et reprenne sur son sol des migrants passés eu Europe 
qui ne peuvent prétendre y recevoir l'asile. En échange, selon 
un accord passé en novembre, l'Europe a promis 3 milliards 
d'euros d'aide aux millions de réfugiés installés en Turquie. 
    Selon des sources européennes, les Turcs ont demandé plus 
d'argent et une libéralisation immédiate des visas pour l'Europe 
sans attendre le rapport de la Commission sur le sujet en 
octobre, des demandes jugées irrecevables par les Européens. 
    Intervenant depuis Istanbul à la télévision turque, le 
président Recep Tayyip Erdogan a fait monter la pression. 
    "Nous avons déjà dépensé dix milliards de dollars pour trois 
millions de personnes. Ils (les Européens-NDLR) nous ont promis 
trois milliards d'euros, quatre mois se sont écoulés depuis. 
Notre Premier ministre est actuellement à Bruxelles, j'espère 
qu'il rentrera avec cet argent, avec ces trois milliards 
d'euros", a-t-il dit. 
    "Les Turcs négocient très durement", a confié un diplomate 
européen de haut rang. 
    Un autre responsable de l'UE a annoncé en début d'après-midi 
que le sommet serait prolongé dans la soirée pour que la partie 
turque puisse présenter de "nouvelles idées". Les Turcs, a-t-il, 
dit, "offrent plus mais demandent aussi plus" que le plan 
initial conclu en novembre. 
    Le coup de force mené vendredi par les autorités turques 
contre le journal Zaman menace de compliquer encore les 
discussions, les Européens étant partagés entre la colère envers 
la Turquie et la crainte de ne pas obtenir son aide. 
    "Coopération avec la Turquie ne veut pas dire qu'on accepte 
tout de la Turquie", a dit François Hollande. "La presse elle 
doit être libre partout, et notamment en Turquie." 
     
    FERMER LA "ROUTE DES BALKANS" ? 
    Parmi les Européens, la formule entérinant la fermeture des 
frontières des pays situés sur la "route des Balkans" 
occidentaux, adoptée dimanche lors d'une réunion des 
ambassadeurs de l'UE, était contestée lundi par l'Allemagne. 
    Angela Merkel bénéficie sur ce point du soutien du président 
de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a précisé une 
source, alors que le président du Conseil européen, Donald Tusk, 
souhaite la conserver. 
    Entériner les fermetures des frontières de la Macédoine, de 
l'Autriche et d'autres pays situés sur la route de l'Allemagne, 
qui ont pour conséquence de bloquer les migrants en Grèce, 
s'accompagnerait d'un engagement à relancer le projet de 
relocalisation des demandeurs d'asile, resté largement lettre 
morte pour le moment.  ID:nL5N16E0Z9  
    La France a renouvelé son engagement d'accueillir 30.000 
réfugiés, sur les 160.000 prévus au total, et François Hollande 
a déclaré lundi qu'il était possible d'envisager des 
relocalisations depuis la Grèce mais aussi depuis la Turquie. 
    L'Otan a annoncé dimanche que sa nouvelle force navale 
chargée de patrouiller en mer Egée avait été autorisée à opérer 
dans les eaux grecques et turques. La Turquie s'est engagée à 
reprendre les migrants interceptés dans ses eaux territoriales 
ou ayant gagné la Grèce sans avoir obtenu l'asile dans l'UE. 
    Depuis la fermeture des frontières plus au nord, quelque 
30.000 migrants sont bloqués en Grèce et 2.000 à 3.000 
supplémentaires arrivent chaque jour sur son territoire.  
    S'exprimant dimanche devant le conseil national de son parti 
Syriza, le Premier ministre grec, Alexis Tsipras, a appelé ses 
partenaires européens à choisir entre "la peur et le racisme et 
la solidarité".  ID:nL5N16E0JN  
         
    VOIR AUSSI:   
    L'accord UE-Turquie du 29 novembre:  ID:nL8N13O0R4 ]         
                          
    http://www.consilium.europa.eu/fr/press/press-releases/2015/11/29-eu-turkey-meeting-statement/ 
 
 (Avec bureau européen de Reuters et Daren Butler et Ece 
Toksabay à Istanbul, édité par Yves Clarisse) 
 
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