L'UE fixe de nouveaux quotas de réfugiés par Etat membre

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L'UE PROPOSE DE NOUVEAUX QUOTAS DE RÉFUGIÉS PAR ÉTAT MEMBRE
L'UE PROPOSE DE NOUVEAUX QUOTAS DE RÉFUGIÉS PAR ÉTAT MEMBRE

par Francesco Guarascio

BRUXELLES (Reuters) - La Commission européenne a établi un nouveau système de quotas contraignants pour l'accueil des réfugiés, en vertu duquel l'Allemagne accueillera plus de 40.000 demandeurs d'asile et la France 30.000 sur un total de 160.000 demandeurs venus d'Italie, de Grèce et de Hongrie, apprend-on lundi de source européenne.

Le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker dévoilera ces nouvelles propositions mercredi. Il proposera que 120.000 réfugiés soient répartis entre pays membres en plus des 40.000 que l'exécutif européen avait déjà proposé de relocaliser en mai dernier.

Les Etats de l'UE ont rejeté en juin tout système de répartition contraignant, optant alors pour le volontariat. Mais le nombre de places d'accueil proposé par les pays membres atteint jusqu'ici environ 32.000, loin des 40.000 préconisés par la Commission, alors que le nombre de personnes arrivant en Europe a explosé durant l'été.

La Commission revient donc à la charge, avec cette fois l'appui de l'Allemagne et de la France.

L'Allemagne se dit prête à accueillir de nombreux réfugiés et le président français François Hollande a confirmé la volonté de la France de prendre sa part dans le cadre des règles de la Commission européenne. L'Europe centrale a en revanche réaffirmé son hostilité au système des quotas.

"AUCUN ÉTAT MEMBRE DE L'UE NE PEUT FAIRE FACE SEUL"

En déplacement lundi en Autriche, qui a ouvert vendredi soir en coordination avec l'Allemagne ses frontières avec la Hongrie pour accueillir des milliers de réfugiés bloqués depuis des jours à Budapest, le commissaire européen aux Migrations et aux Affaires intérieures, Dimitris Avramopoulos, a souligné qu'il comptait sur les Vingt-Huit pour soutenir les propositions de l'exécutif européen.

"Aucun Etat membre de l'UE ne peut faire face seul à cette question. Nous ne pourrons surmonter cette crise que si nous agissons comme une union véritable", a-t-il dit à la presse à Traiskirchen, au sud de Vienne.

Angela Merkel, qui s'est félicitée que l'Allemagne ait accueilli au cours du week-end quelque 20.000 personnes, a également souligné lundi matin que la décision de son gouvernement d'ouvrir largement ses frontières aux réfugiés étaient temporaire et que leur accueil ne pouvait être à la charge de quelques pays européens seulement.

A Stockholm, le Premier ministre suédois Stefan Löfven a lui aussi prôné la mise en place de "mécanismes permanents et obligatoires" pour alléger le fardeau des pays les plus impliqués dans l'accueil des réfugiés.

"La Suède, l'Allemagne et quelques autres pays sont depuis longtemps les seuls à prendre leurs responsabilités, cela ne suffit pas. L'ensemble des pays européens doivent défendre les valeurs humaines et accomplir leur devoir", a-t-il dit.

Dans la crise humanitaire actuelle, la Suède est, en proportion de sa population, le pays européen qui a accueilli le plus grand nombre de demandeurs d'asile (81.000 l'an dernier, avant tout des Syriens). En valeur absolue, seule l'Allemagne en a accepté davantage.

RÉTICENCES À L'EST

La Pologne a concédé qu'elle pourrait s'occuper de 2.000 personnes, mais, selon la nouvelle proposition de la Commission, Varsovie serait prié de recevoir près de 12.000 personnes.

Dans le cadre du nouveau système, la Hongrie, dont le Premier ministre Viktor Orban est très opposé aux quotas nationaux, se verra allégée par les autres Etats de 54.000 personnes parmi celles qui ont afflué dans le pays.

Dans la première proposition qui portait sur l'accueil de 40.000 personnes, les personnes relocalisées venaient seulement d'Italie et de Grèce.

Orban a cependant estimé que l'Union européenne devait plutôt fournir un soutien financier à la Turquie et aux autres pays non membres de l'UE pour les aider à gérer l'afflux et a jugé que la discussion sur des quotas de répartition était prématurée tant que le bloc des Vingt-Huit ne serait pas à même de "protéger ses frontières extérieures".

Le ministère slovaque de l'Intérieur a réitéré son rejet de tout mécanisme obligatoire, réaffirmant sa préférence pour une approche sur la base du volontariat.

Rejetant elle aussi le système des quotas, la Roumanie a prévenu qu'elle ne pourrait accueillir que 1.785 migrants au maximum.

"Nous pouvons traiter cette question dans le calme et avec responsabilité et être compatissants avec ces pays qui ont un grand nombre de réfugiés. Je ne pense pas qu'un système de quotas obligatoire soit la solution", a dit le président roumain Klaus Iohannis.

Sur les 120.000 réfugiés supplémentaires prévues par le nouveau plan Juncker, dont 50.400 viendraient de Grèce et 15.600 d'Italie, l'Allemagne serait priée d'en accueillir 31.443 et la France 24.031.

Lors d'une conférence de presse lundi, François Hollande a confirmé que la France était prête à accueillir 24.000 personnes sur deux ans.

Le Royaume-Uni est exempté de la politique européenne de droit d'asile, de même que le Danemark et l'Irlande. Dublin avait proposé d'accueillir 600 personnes dans le cadre du schéma précédent portant sur 40.000 personnes.

Confirmant des chiffres publiés par le journal néerlandais De Volkskrant, la source a indiqué que la Commission avait également l'intention de mettre la Turquie et tous les Etats des Balkans non membres de l'UE sur une nouvelle liste de pays "sûrs" dont les ressortissants seraient soumis à un examen accéléré de leur demande d'asile, afin de faciliter leur renvoi.

(avec Angelika Gruber à Traiskirchen, Paul Carrel à Berlin et Johan Sennero à Stockholm; Danielle Rouquié et Henri-Pierre André pour le service français)

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