L'UE évoque deux pistes possibles d'aide à l'Espagne

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L'UE évoque deux pistes possibles d'aide à l'Espagne
L'UE évoque deux pistes possibles d'aide à l'Espagne

par Jan Strupczewski et Julien Toyer

BRUXELLES/MADRID (Reuters) - La Commission européen a ébauché mercredi deux pistes possibles d'aide à l'Espagne, dernier en date des pays menacés par l'aggravation de la crise de la dette, en évoquant un délai supplémentaire pour réduire ses déficits et une aide directe du fonds européen de soutien financier aux banques en difficulté.

Les coûts d'emprunt de l'Etat espagnol poursuivaient leur envolée en cours de journée, se rapprochant du seuil de 7% jugé insoutenable, tandis que la Bourse de Madrid tombait à son plus bas niveau depuis neuf ans et que l'euro s'enfonçait sous 1,24 dollar.

Le Commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires, Olli Rehn, a déclaré que la CE était disposée à accorder un an de plus à Madrid, donc jusqu'en 2014, pour ramener son déficit public à 3% du produit intérieur brut (PIB), la limitée fixée par Bruxelles, à condition cependant que le gouvernement espagnol se dote d'un plan budgétaire sur deux ans crédible.

Cette concession, que Madrid n'avait pas publiquement réclamée, impliquerait aussi que l'Espagne parvienne à contenir les dépenses de ses régions, à poursuivre la réforme de son secteur financier et à recapitaliser ses banques en difficulté.

De son côté, la Commission européenne a souligné la nécessité de briser le cercle vicieux formé par des banques en difficulté et des Etats endettés contraints de se prêter les uns aux autres et elle a appelé à créer une véritable union bancaire au sein de la zone euro.

Le président de l'exécutif, José Manuel Barroso, a estimé qu'une intégration accrue dans ce secteur pourrait inclure un mécanisme commun de garantie des dépôts bancaires permettant d'empêcher un "bank run" (une vague de retraits massifs des dépôts par les clients des banques) et une supervision financière à l'échelle de la zone euro.

Les Etats membres avaient rejeté à l'unanimité l'idée d'un fonds commun de garantie il y a quelques mois mais le président de la Commission a assuré que la donne avait changé depuis.

UN RÔLE ACCRU POUR LE MES ?

"De la même manière, pour rompre le lien entre les banques et les émetteurs souverains, une recapitalisation directe par le MES (le Mécanisme européen de stabilité) pourrait être envisagée", recommande la Commission.

Permettre au MES de prêter directement aux banques supposerait au préalable de modifier le traité sur sa création, un texte dont le processus de ratification par les Etats membres est engagé mais risque de ne pas être achevé à temps pour que l'Espagne puisse en bénéficier.

En outre, Olli Rehn est apparu peu enthousiasmé par cette idée.

"Des versements directs aux banques ne sont pas prévus en tant que tel par le traité et ne constituent donc pas une option disponible", a-t-il dit à des journalistes.

Le gouvernement espagnol a annoncé que son fonds national d'aide aux banques, le FROB, émettrait des obligations pour apporter des capitaux frais à Bankia, quatrième banque du pays plombée par l'éclatement de la bulle immobilière. Mais un tel processus coûterait très cher à l'Etat en raison de l'envolée des rendements de la dette espagnole sur les marchés.

L'annonce mardi du départ précipité du gouverneur de la banque centrale espagnole, Miguel Angel Fernandez Ordonez, qui quittera ses fonctions début juin avec un mois d'avance sur l'échéance prévue, a accru les doutes sur la capacité du gouvernement Rajoy à gérer seul le dossier Bankia et sur ses relations avec les institutions communautaires.

Miguel Angel Fernandez Ordonez a lui-même noté que les recettes fiscales pourraient être inférieures aux estimations du gouvernement alors que les dépenses publiques pourraient dépasser les prévisions.

Il s'est donc prononcé pour un relèvement de la TVA en 2013 si le déficit dévie des objectifs cette année.

La Commission européenne, elle, souligne dans son rapport publié mercredi que la dernière en date des réformes bancaires élaborées par Madrid, présentée au début du mois, n'allait pas assez loin, précisant qu'elle devait inclure des provisions sur les prêts immobiliers et les crédits aux PME.

La CE avertit aussi que la dette publique espagnole pourrait excéder le seuil de 100% du PIB d'ici 2020. Avant la crise, Madrid bénéficiaire de l'un des plus faibles taux d'endettement de la zone euro, autour de 35% du PIB.

Marc Angrand pour le service français

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  • M2281105 le mercredi 30 mai 2012 à 19:32

    C'est la rançon d'une gestion calamiteuse ! L'Espagne a construit plus de logements que la France, l'Allemagne et le Royaume-Uni réunis ! C'est le retour du bâton.