L'UE entérine la fermeture de la route des Balkans

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    * Les Vingt-Huit se réunissent avec la Turquie lundi à 
Bruxelles 
    * L'UE promet d'aider la Grèce à héberger les réfugiés 
    * L'Otan va pouvoir patrouiller dans les eaux grecques et 
turques 
    * La saisie du journal turc Zaman suscite colère et embarras 
 
    par Alastair Macdonald et Francesco Guarascio 
    BRUXELLES, 7 mars (Reuters) - L'Union européenne table sur 
son sommet extraordinaire avec la Turquie, lundi à Bruxelles, 
pour faire cesser les arrivées de migrants en Grèce et 
interrompre leur parcours chaotique vers l'Allemagne à travers 
les Balkans.  
    La réunion entérinera une position plus ferme sur la prise 
en charge des migrants et réfugiés qui parviennent en Grèce et 
formalisera la fermeture des frontières des pays situés sur la 
route des Balkans occidentaux, rapportent des diplomates.  
    Les dirigeants européens rassureront également les autorités 
grecques quant à leur volonté d'aider le pays à s'occuper des 
milliers de personnes actuellement bloquées sur son territoire.  
    Ces décisions ont été prises lors d'une réunion des 
ambassadeurs de l'UE dimanche soir.  
    "La route des Balkans occidentaux est fermée", indique le 
projet de conclusion qui sera soumis aux dirigeants des 
Vingt-Huit, même si la formulation est loin d'être définitive, 
précisent les mêmes sources.  
    La décision d'entériner les récentes fermetures des 
frontières de la Macédoine, de l'Autriche et d'autres pays 
situés sur la route de l'Allemagne via les Balkans occidentaux 
sera accompagnée d'un engagement à relancer le projet de 
relocalisation des demandeurs d'asile à travers l'UE, qui est 
largement resté lettre morte pour le moment. 
    L'Otan a annoncé parallèlement que sa nouvelle force navale 
chargée de patrouiller en mer Egée avait été autorisée à opérer 
dans les eaux grecques et turques, alors qu'Ankara vient de 
s'engager à reprendre les migrants interceptés dans ses eaux 
territoriales ou ayant gagné la Grèce mais sans avoir obtenu 
l'asile dans l'UE. 
    Le coup de force mené vendredi par les autorités turques 
contre le journal Zaman laisse toutefois un goût amer aux 
dirigeants européens, partagés entre la colère envers la Turquie 
et la crainte de ne pas obtenir son aide dans la crise 
migratoire, ajoutent les diplomates. 
    Le président du Conseil européen Donald Tusk venait à peine 
de terminer vendredi un entretien avec le président turc Recep 
Tayyip Erdogan que la police d'Istanbul intervenait pour saisir 
et remettre au pas le principal quotidien turc.  
     
    LA GIFLE D'ANKARA 
    "C'est une gifle", a commenté un haut responsable de l'UE à 
l'issue de la réunion des ambassadeurs des Vingt-Huit. "Erdogan 
veut clairement montrer qu'il peut faire ce qu'il veut." 
    La question, assure-t-on, sera abordée lundi lors du sommet 
de Bruxelles, présidé par Donald Tusk et le Premier ministre 
turc Ahmet Davutoglu, mais certains observateurs craignent que 
les critiques soient étouffées par la volonté de ne pas 
s'aliéner Ankara dans le dossier des migrants.  
    L'ancien Premier ministre belge Guy Verhofstadt, président 
du groupe libéral au Parlement européen, a estimé que la prise 
de contrôle de Zaman était une "insulte" aux dirigeants 
européens qui, dit-il, ont été "naïfs" en misant tout sur "une 
seule carte, la Turquie".  
    Le directeur adjoint pour l'Europe d'Amnesty International, 
Gauri van Gulik, partage ce point de vue: "Utiliser la Turquie 
comme un 'pays tiers sûr' est une absurdité", dit-elle. 
"L'Europe a le devoir absolu de protéger les réfugiés." 
    La chancelière allemande Angela Merkel, qui a en tête 
d'importantes échéances électorales régionales dimanche 
prochain, où son parti est menacé par la formation anti-immigrés 
AfD (Alternative pour l'Allemagne), tient à ce que l'accord 
conclu le 29 novembre dernier avec Ankara produise ses effets. 
Elle rencontrait Ahmet Davutoglu dimanche soir à Bruxelles. 
    Il y a trois mois, les dirigeants ont promis à Ankara une 
aide de 3 milliards d'euros et une relance des négociations 
d'adhésion en contrepartie d'efforts accrus pour endiguer 
l'afflux de réfugiés. 
    Alors que 18 migrants ont encore péri noyés ce week-end 
entre la Turquie et la Grèce, des gendarmes turcs ont intercepté 
samedi un groupe de 120 réfugiés syriens sur une plage proche 
d'un village côtier et ont appréhendé deux passeurs clandestins 
comme preuve des efforts déployés afin de ralentir l'afflux de 
migrants vers l'Europe. 
    Mais quelque 30.000 migrants sont bloqués actuellement en 
Grèce, depuis la fermeture des frontières plus au nord, et 2.000 
à 3.000 migrants supplémentaires arrivent chaque jour sur son 
territoire. A peine 300 personnes ont quitté la Grèce ces 
derniers mois pour rejoindre d'autres pays de l'UE en vertu du 
programme de relocalisation porté par la Commission européenne 
mais rejeté par nombre de pays membres. 
 
 (Jean-Stéphane Brosse pour le service français) 
 
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