L'Ouest insiste sur un texte "robuste" sur la Syrie

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PARIS, WASHINGTON ET LONDRES INSISTENT SUR UN TEXTE PRÉVOYANT L'USAGE DE LA FORCE CONTRE LA SYRIE
PARIS, WASHINGTON ET LONDRES INSISTENT SUR UN TEXTE PRÉVOYANT L'USAGE DE LA FORCE CONTRE LA SYRIE

PARIS (Reuters) - Les Etats-Unis, la France, et la Grande-Bretagne ont accentué lundi la pression sur Bachar al Assad pour qu'il respecte l'accord de Genève sur un démantèlement vérifiable des arsenaux chimiques syriens, sous peine d'en subir les conséquences.

Mais la Russie, qui cherche à se replacer sur la scène proche-orientale après des décennies d'éclipse, a immédiatement lancé une mise en garde contre toute sanction visant son allié syrien.

La question d'une résolution sous chapitre VII prévoyant l'usage de la force en cas de non-respect des engagements de Damas sur le contrôle de ses armes chimiques sera l'un des points en discussion au Conseil de sécurité de l'Onu à New York.

A l'approche de ce vote, que Paris espère voir intervenir d'ici la fin de la semaine, le président François Hollande a réuni à l'Elysée le secrétaire d'Etat américain, John Kerry, le secrétaire au Foreign Office, William Hague, et son ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius.

Un message de fermeté a été adressé à Damas à l'issue de cette réunion, les participants laissant ouverte la possibilité d'une action armée en cas de violation des engagements pris samedi à Genève.

Les participants à la réunion de l'Elysée "sont tombés d'accord pour une résolution forte, robuste, qui prévoit des délais précis, avec un calendrier, et contraignante pour le régime syrien", a-t-on ajouté de même source.

Lors d'une conférence de presse au Quai d'Orsay, John Kerry a placé Moscou au nombre des capitales intransigeantes. "Si Assad manque à ses engagements, ne vous y trompez pas, nous nous sommes tous mis d'accord, Russie compris, sur le fait qu'il y aura des conséquences", a déclaré le chef de la diplomatie américaine pour qui Bachar al Assad "a perdu toute légitimité".

"CE N'EST PAS UNE FACON DE FAIRE"

A Moscou, le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, a déclaré que tout appel à une résolution rapide de l'Onu incluant une référence au chapitre VII relevait d'un "manque de compréhension" de l'accord russo-américain.

"Nos partenaires (européens) veulent à nouveau revoir de manière unilatérale ce dont nous avions convenu avec les Américains. Ce n'est pas une façon de faire et je suis sûr que malgré ces déclarations émanant de capitales européennes, les Américains, en tant que négociateurs qualifiés, s'en tiendront strictement à ce qui a été convenu", a-t-il dit.

A Genève, le rapport des experts des Nations unies sur les armes chimiques affirme qu'un bombardement au gaz sarin a bien eu lieu le 21 août dans la banlieue de Damas à l'aide de missiles sol-sol.

L'Onu a diffusé lundi une photo du chef de cette mission d'enquête, Ake Sellstrom, en train de remettre son rapport au secrétaire général de l'organisation, Ban Ki-moon. En zoomant sur cette photo, des éléments du contenu de ce rapport sont clairement lisibles.

"Sur la base des éléments recueillis au cours de l'enquête sur l'incident de la Ghouta, la conclusion est que des armes chimiques ont été utilisées dans le conflit en cours entre les différentes parties en République arabe syrienne (...) contre des civils, y compris des enfants, à une relativement grande échelle", est-il écrit dans ce rapport, qui devait être rendu public ultérieurement lundi.

"Les échantillons des lieux, chimiques et médicaux que nous avons recueillis fournissent en particulier la preuve claire et convaincante que des missiles sol-sol contenant l'agent innervant sarin ont été utilisés."

BRIGADES D'ÉTRANGERS

On ignore si le rapport des experts de l'Onu contient des éléments mettant en cause la responsabilité d'une des parties belligérantes. Aux termes de leur mandat, ils devaient seulement établir les faits, pas désigner un éventuel responsable.

A Genève, les enquêteurs de l'Onu ont fait état d'une multiplication depuis juillet des atteintes aux droits de l'homme (assassinats et exécutions notamment) dans le nord du pays de la part d'insurgés radicaux syriens et de combattants étrangers invoquant le "djihad" (guerre sainte).

Pour ces enquêteurs, il existe désormais un certain nombre de brigades composées exclusivement de combattants étrangers. "Le problème est que ces éléments extrémistes poursuivent des objectifs qui leur sont propres et cherchent à imposer des buts qui ne sont assurément pas démocratiques", a dit à Reuters l'enquêteur Vitit Muntarbhorn.

Le Brésilien Paulo Pinheiro, qui préside cette commission d'enquête, a cité le cas d'Al Mouhajirine (Les Emigrants) parmi l'un des groupes étrangers les plus actifs sur le terrain.

Son équipe, qui n'a pas été autorisée à se rendre en Syrie mais a recueilli des témoignages qu'elle s'est efforcée de recouper, a pu obtenir la preuve d'attaques lancées ces deux derniers mois par les forces gouvernementales dans 12 des 14 provinces, avec des pilonnages particulièrement intenses à Dalas, Homs et Alep.

Selon les opposants de l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), un hélicoptère qui larguait des fûts remplis d'explosifs dans la région du djebel Akrad, dans la province de Lattaquié, a été abattu sans que l'on sache les circonstances exactes.

Warren Strobel, Elizabeth Pineau et John Irish, avec Alexander Dziadosz à Beyrouth, Stephanie Nebehay à Genève et Louis Charbonneau aux Nations unies, Guy Kerivel, Bertrand Boucey et Jean-Loup Fiévet pour le service français, édité par Gilles Trequesser

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