L'Otan révise sa stratégie à l'égard de la Russie

le
0

* Un sommet dominé par la crise en Ukraine * Le président ukrainien Porochenko s'entretiendra avec les alliés * Quelle réponse à l'Etat islamique en Irak et en Syrie ? par Adrian Croft et Kylie MacLellan NEWPORT, Pays de Galles, 4 septembre (Reuters) - Les dirigeants de l'Otan vont renforcer la présence militaire de l'Alliance sur son aile orientale et leur soutien au gouvernement ukrainien lors du sommet qui s'ouvre jeudi au Pays de Galles en pleine crise avec la Russie. Le conflit en Ukraine est à l'origine de tensions sans précédent depuis la fin de la Guerre froide entre les Occidentaux et Moscou. Et rend nécessaire une refonte radicale de la stratégie de l'Otan vis-à-vis de la Russie. Les dirigeants de l'Otan réunis au Celtic Manor de Newport, dans le sud du pays de Galles, discuteront également des moyens de contrer la menace de l'Etat islamique, qui contrôle de vastes territoires à cheval sur l'Irak et la Syrie. Au moment où l'Otan se désengage de l'Afghanistan après plus de dix ans d'une intervention militaire enclenchée en août 2003, l'Alliance opère un recentrage de ses priorités sur sa mission historique: défendre son territoire. Les dirigeants des 28 Etats membres de l'Alliance vont constituer une nouvelle force de réaction rapide de plusieurs milliers de soldats susceptibles d'être déployés dans un délai de quarante-huit heures pour faire face à tout risque potentiel. Les membres est-européens, dont la Pologne et les Etats baltes, réclamaient pour leur part le déploiement permanent de plusieurs milliers de soldats sur leur sol pour dissuader la Russie de toute velléité d'expansion territoriale. A Varsovie et dans d'autres capitales est-européennes, l'exemple de la Crimée, annexée en mars par la Russie au nom de la défense de la communauté russe de la péninsule ukrainienne, est un précédent inquiétant. Mais l'idée n'a pas fait pas l'unanimité, dit-on de sources de l'Otan. D'une part en raison du coût d'un tel déploiement. D'autre part au nom d'un accord conclu en 1997 avec la Russie, l'"Acte fondateur Otan-Russie", par lequel les deux parties ont affirmé qu'elles ne se considérait pas comme des adversaires et l'Otan s'engageait à ne pas déployer de façon permanente des forces significatives sur le territoire des pays est-européens qui ont adhéré à l'Alliance après l'éclatement de l'espace communiste. LE PRÉSIDENT UKRAINIEN INVITÉ À NEWPORT Le sommet de Newport devrait aboutir à une décision intermédiaire: pré-positionner des équipements, des munitions et des stocks de carburants dans les pays est-européens pour préparer l'éventualité d'un recours à la force de réaction rapide. L'Otan dit n'avoir aucun projet d'intervention militaire en Ukraine, qui ne fait pas partie de l'Alliance. Mais certains de ses dirigeants, dont Barack Obama, David Cameron, François Hollande et Matteo Renzi, s'entretiendront jeudi avec le président ukrainien Petro Porochenko. "L'Alliance doit démontrer clairement que les actions de la Russie sont inacceptables et que nous sommes au côté du peuple ukrainien", précisait-on mercredi soir de source gouvernementale britannique. Les dirigeants de l'Otan devraient approuver un "paquet" de soutien à Kiev avec à la clef une aide de 12 millions d'euros pour améliorer ses capacités militaires. LES QUESTIONS DE SÉCURITÉ ONT CHANGÉ DE NATURE Dans une tribune qu'ils co-signent jeudi dans le quotidien The Times, le président américain Barack Obama et le Premier ministre britannique David Cameron fixent le cadre du sommet de Newport. "Nous nous réunissons à un moment où le monde est confronté à de nombreux défis dangereux et évolutifs", écrivent-ils. "A l'est, la Russie a déchiré les règles du jeu par son annexion illégale et unilatérale de la Crimée et par la présence sur le sol ukrainien de ses soldats qui menace et sape la souveraineté nationale d'un Etat. "Au sud, un arc d'instabilité s'étend de l'Afrique du Nord et du Sahel vers le Moyen-Orient." Les deux dirigeants disqualifient toute tentation isolationniste. Ils expliquent que les questions de sécurité internationale ont changé de nature au XXIe siècle et que "les développements dans d'autres parties du monde, notamment en Irak et en Syrie, menacent notre sécurité chez nous". RELATIONS AVEC LA RUSSIE Le sommet de l'Otan sera aussi l'occasion de débattre plus généralement des relations avec la Russie, qui ont fondamentalement changé sous l'effet de la crise en Ukraine. Au sortir de la Guerre froide, l'Otan et la Russie ont tenté, en corollaire de l'élargissement vers l'est de l'Alliance, de mettre en place une coopération dans de nombreux domaines. Mais ce rapprochement a volé en éclats. Dès avril, l'Otan a suspendu tout coopération civile et militaire pratique avec la Russie. "La Russie a enfreint tous les accords fondamentaux sur lesquels nous avons construit la paix et la sécurité en Europe depuis vingt ans", explique un haut responsable de l'Alliance. "Nous devons donc imaginer quel genre de relation nous pouvons avoir avec la Russie", ajoute-t-il. La France, qui était soumise à une forte pression de ses alliés, a décidé mercredi de suspendre la livraison d'un porte-hélicoptères Mistral à la Russie prévue le mois prochain. "Les actions menées récemment par la Russie dans l'est de l'Ukraine contreviennent aux fondements de la sécurité en Europe", explique la présidence dans un communiqué. (voir ID:nL5N0R44IK ) FACE À L'ÉTAT ISLAMIQUE Sur le dossier de l'Etat islamique, qui a annoncé mardi avoir décapité un deuxième journaliste américain et menace à présent un otage britannique, il est hautement improbable que l'Alliance s'engage en tant que telle en Irak, où l'aviation américaine bombarde des cibles djihadistes depuis le 8 août, rapportent des diplomates de l'Otan. D'autres pays, individuellement, pourraient se joindre à ces frappes aériennes. La France envisage ainsi une réponse "si nécessaire militaire, dans le respect du droit international" pour lutter contre le mouvement djihadiste "et la menace qu'il représente pour l'ensemble de la région et au-delà", a indiqué l'Elysée mercredi. (voir ID:nL5N0R44K9 ) L'Otan pourrait toutefois jouer un rôle dans la coordination des initiatives prises par certains de ses Etats membres qui livrent de l'aide humanitaire mais aussi des moyens militaires en Irak, dit-on de source gouvernementale britannique. Le sommet pourrait aussi appeler à une coopération accrue en matière de renseignements et de surveillance de l'Etat islamique, ajoute cette source. (avec Elizabeth Pineau et Julien Ponthus à Paris; Henri-Pierre André pour le service français)

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant