L'Oréal recule en Europe, Liliane Bettencourt quitte le conseil

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LILIANE BETTENCOURT QUITTE LE CONSEIL D?ADMINISTRATION DE L'ORÉAL
LILIANE BETTENCOURT QUITTE LE CONSEIL D?ADMINISTRATION DE L'ORÉAL

par Pascale Denis

PARIS, 13 février - L'Oréal, qui a publié lundi des résultats marqués par un redressement de ses marges mais une baisse de ses ventes en Europe de l'Ouest en fin d'année, a annoncé la fin du mandat d'administrateur de Liliane Bettencourt, héritière du géant mondial des cosmétiques, remplacée par l'aîné de ses petits-fils.

"Le conseil a été informé de la fin du mandat de Madame Liliane Bettencourt", a fait savoir le groupe dans un communiqué, rendant hommage à sa "fidélité et son soutien" ainsi qu'à "son formidable attachement à l'entreprise".

Le mandat de Liliane Bettencourt, aujourd'hui âgée de 89 ans, avait été reconduit à la surprise générale au printemps dernier. A la demande de sa fille Françoise Bettencourt Meyers, elle a été placée en octobre dernier sous la tutelle de son petit-fils aîné Jean-Victor Meyers, âgé de 25 ans.

Ce dernier est également membre du conseil de surveillance de Téthys, la holding familiale des Bettencourt.

Cette passation de pouvoir pourrait, selon les observateurs, ouvrir une nouvelle ère susceptible de modifier les équilibres de la gouvernance du groupe comme les liens qui l'unissent à Nestlé. Le groupe agroalimentaire suisse détient 29,7% du capital de L'Oréal et la famille Bettencourt 30%.

Le groupe, propriétaire des marques L'Oréal Paris, Garnier, Lancôme ou Yves Saint Laurent, a vu ses ventes annuelles progresser de 4,3% pour atteindre 20,34 milliards d'euros, un chiffre proche du consensus Thomson Reuters I/B/E/S (20,28 milliards), grâce à ses produits de luxe, à la résistance du marché américain et à la dynamique des pays émergents.

Sa croissance organique est quant à elle ressortie à 5,1% sur l'année comme au quatrième trimestre, un chiffre proche lui aussi des attentes (+5%).

RALENTISSEMENT AU 4E TRIMESTRE, L'EUROPE EN BAISSE

Si la plus forte progression des ventes revient toujours à la division de produits de luxe (Lancôme, Armani, Kiehl's, YSL Beauté), qui vu sa croissance atteindre 8,2% en données comparables sur l'année, le 4e trimestre (+6,9%) a accusé une nette décélération par rapport aux 8,6% des neuf premiers mois.

Ce trimestre est crucial pour la division, qui a lancé un nouveau parfum masculin griffé YSL, "L'Homme libre" et un nouvel anti-âge chez Lancôme, "Visionnaire".

La division souffre, comme chez LVMH (Dior, Givenchy, Guerlain), de la dégradation de la consommation en Europe. Le géant mondial du luxe a vu la croissance organique de ses ventes de parfums et cosmétiques ralentir à 9% l'an dernier.

L'Oréal fait aussi nettement moins bien que l'américain Estée Lauder, dont les ventes ont grimpé de 10% au cours du dernier trimestre 2011.

Les produits grand public (L'Oréal Paris, Garnier, Maybelline), première division du groupe, ont vu eux aussi leur progression se tasser (à 4,1% au 4e trimestre après +4,6% sur neuf mois), dans un environnement très dégradé en Europe du sud, tout comme la "cosmétique active" (Vichy, La Roche Posay) qui a décéléré à 1,1% (après +3,8%).

Seuls les produits "professionnels" vendus dans les salons de coiffure ont vu leurs ventes s'accélérer en fin d'année (+3,2% contre +2,3%). La chaîne The Body Shop (+7,6% au 4e trimestre) n'a pas non plus démérité.

Mais les analystes s'inquiètent du recul des ventes en Europe de l'Ouest (-0,6% pour l'ensemble du groupe au 4e trimestre), alors que la région pèse encore pour près de la moitié dans la rentabilité de l'Oréal et dont la baisse est de mauvais augure pour l'année en cours.

"On a un retournement de tendance en Europe de l'Ouest, c'est décevant et cela va peser sur les marges", commente un analyste qui a souhaité garder l'anonymat.

Les ventes ont en revanche bien résisté aux Etats-Unis (+5,6% après +5,4%) et dans les pays émergents (+9,1% après +9,7%), mais sont restés négatives en Europe de l'Est (-3%).

HAUSSE DE LA MARGE

Malgré une croissance peu spectaculaire, le résultat opérationnel s'est amélioré de 7,7% à 3,29 milliards d'euros (consensus de 3,23 milliards) et la marge a progressé à 16,2% (contre 15,7% en 2010), grâce à une hausse de 40 point de base de la marge brute à 71,2% et à des efforts continus sur les coûts -les frais de gestion ont baissé de 20 points.

Les dépenses publicitaires sont restées stables à 30,9% du chiffre d'affaires, tandis que les dépenses de recherche et développement se sont accrues de 8,4% pour atteindre 3,5% des ventes.

La rentabilité du groupe n'a cependant pas retrouvé le record de 17% inscrit en 2007, avant la crise déclenchée par la faillite de la banque américaine Lehmann Brothers.

L'Oréal sera très attendu sur ses perspectives 2012 lors d'une conférence prévue mardi matin. Pour l'heure, il se contente d'indiquer être "bien armé (...) pour une nouvelle année de croissance du chiffre d'affaires et des résultats".

Avec un résultat net (hors exceptionnels) en progression de 8,9% à 2,58 milliards d'euros, le dividende a été relevé de 11% à 2,00 euros par action.

Le titre L'Oréal se traite sur un multiple de valorisation de 17,8 fois ses bénéfices estimés pour 2012, contre 24 fois pour Estée Lauder mais 14 fois pour Procter & Gamble (Wella, Pantène, Head & Shoulders) ou Unilever (Dove, Rexona, Axe, Signal). Il a fini en hausse de 0,3% à 81,65 euros à la Bourse de Paris lundi, grappillant 0,8% depuis le début de l'année, après un recul de 2,8% en 2011.

Edité par Gilles Guillaume

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