L'opposition thaïlandaise prône un "coup d'Etat populaire"

le
0
AFFRONTEMENTS À BANGKOK
AFFRONTEMENTS À BANGKOK

par Amy Sawitta Lefevre

BANGKOK (Reuters) - Des milliers d'opposants ont lancé dimanche "un coup d'Etat populaire" en Thaïlande afin de renverser le Premier ministre Yingluck Shinawatra, contrainte de s'enfuir au moment où des manifestants assiégeaient un bâtiment de la police dans lequel elle s'apprêtait à faire une déclaration.

Mais les protestataires, s'ils ont pris le contrôle de la chaîne de télévision publique PBS, n'ont pu forcer les barrages de sécurité autour de "Government House".

"Ils n'ont pas pris un seul lieu", a dit en fin de journée à Reuters le chef du Conseil de sécurité nationale, Paradorn Pattanathabutr.

Le gouvernement a pour sa part recommandé aux habitants de Bangkok de rester chez eux ce dimanche soir à partir de 22h00 et jusqu'à lundi 05h00.

Toute la journée, des incidents ont opposé les forces de sécurité aux manifestants antigouvernementaux dont le nombre a été estimé à 30.000 environ et qui s'étaient rassemblés dans huit endroits de Bangkok.

Aux jets de pierres et de cocktails Molotov des manifestants, les forces de police ont répliqué par des tirs de grenades lacrymogènes et assourdissantes.

Des sources médicales ont avancé un bilan de 47 blessés dans la journée de dimanche. La nuit précédente avait été plus violente, avec quatre morts et une soixantaine de blessés et des affrontements avec des armes à feu ou des armes blanches dans l'est de la capitale thaïlandaise.

LE CHEF DU GOUVERNEMENT EXFILTRÉ

Les chefs de file de la contestation contre Yingluck Shinawatra avaient déclaré ce dimanche "jour de la victoire" afin de mettre fin au règne de la chef du gouvernement et de son clan sur la Thaïlande.

Les manifestants dénoncent l'influence persistante de l'ancien Premier ministre et frère de l'actuelle chef du gouvernement, Thaksin Shinawatra, sur le pouvoir.

Ce dernier, renversé en 2006 par un coup d'Etat militaire, vit en exil afin d'échapper à la justice qui l'a condamné à deux années de prison pour abus de pouvoir.

Les leaders de la contestation ont appelé leurs partisans à s'emparer de dix édifices publics, de six stations de télévision, du QG de la police et du siège du gouvernement au cours de ce dimanche, date butoir qu'ils avaient fixée pour le départ de Yingluck Shinawatra.

Un groupe de manifestants a obligé le Premier ministre à s'enfuir du siège de la brigade des stupéfiants où elle avait prévu une série d'interviews avec la presse. Le chef du gouvernement a été conduit vers une destination inconnue.

Plusieurs centaines de personnes, vêtues de noir, ont par ailleurs pris le contrôle de la chaîne de télévision publique PBS.

APPEL À LA GRÈVE

Le directeur de la chaîne, Surachai Pannoi, a indiqué à Reuters qu'il avait accepté de partager son faisceau de diffusion avec Blue Sky, une chaîne contrôlée par le Parti démocrate dont un des dirigeants devenu porte-parole de la contestation, l'ancien vice-Premier ministre Suthep Thaugsuban, a lancé un appel à une grève générale pour ce lundi.

"Nous invitons tous les Thaïlandais à se joindre à nous et à défendre la démocratie", a-t-il dit dans un discours retransmis en direct par la quasi-totalité des chaînes.

Suthep, dont le parti a été balayé par Yingluck aux élections de 2011, a également affirmé que les contestataires s'étaient rendus maîtres d'une dizaine d'agences officielles de l'administration et qu'un million de personnes étaient descendues dans les rues de Bangkok.

La police a estimé de son côté la mobilisation à 30.000 manifestants, trois fois moins qu'une semaine plus tôt.

La crise politique oppose d'un côté les élites traditionnelles et la classe moyenne urbanisée de Bangkok et de l'autre une population rurale pauvre vivant au nord de la capitale et qui soutient massivement Thaksin Shinawatra, ancien policier qui a fait fortune dans les télécommunications avant d'entrer en politique.

Elle a véritablement éclaté quand le parti de Yingluck, le Puea Thai, a tenté de faire passer une loi d'amnistie qui aurait annulé la condamnation pour corruption de son frère.

C'est la crise la plus grave depuis les troubles d'avril-mai 2010, matés par une répression militaire qui avait fait 91 morts, principalement des proThaksin qui tentaient de renverser le gouvernement dirigé alors par le Parti démocrate.

Pour tenter de mettre fin à la crise, Yingluck Shinawatra a proposé la semaine passée l'ouverture d'un dialogue avec l'opposition mais exclut de dissoudre le Parlement et de provoquer des élections anticipées.

L'offre a été rejetée par la contestation, qui réclame la création d'un "conseil populaire" qui serait chargée de désigner des "sages" pour diriger le pays.

Avec Damir Sagolj; Eric Faye et Henri-Pierre André pour le service français

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant